Les piliers de la terre, de Ken Follett

Publié le par lethee

 

Ken Follett, roi du suspens, de l’intrigue, du roman noir. Ken Follett, écrivain britannique de 59 ans, a fait ses preuves avec de très bons romans d’espionnage, tels que Le réseau Corneille ou Le vol du frelon. Il s’est démarqué avec d’excellents romans policiers – Peur blanche. On le classerait volontiers, en voyant son palmarès, ses Best-sellers, ses genres de prédilection. Ce serait négliger non seulement la plus remarquable, la plus époustouflante, mais également la meilleure part de son œuvre : Les piliers de la terre. Ken Follett écrit aussi des romans historiques et parmi eux également Le pays de la liberté (1), La marque de Windfield (2). (prochains à installer sur la pile après mes listes de lecture).

 

L’histoire

L’histoire des Piliers de la terre se situe en Angleterre, au Moyen-âge. Bien loin des virus et autres problèmes génétiques de notre ère et des suivantes, Ken Follett installe au contraire son intrigue au cœur d’un temps qui nous est à priori, à moins d’avoir étudié la période, plutôt lointain et parfaitement inconnus.  Les personnages sont donc bien ancrés dans leur temps : moines, évêques, rois, comtes, paysans, serfs.. ici pas un seul policier, chirurgien, plasticien ou pompier. Philip (le moine), Waleran (l’évêque), la famille Hamleight, Tom le bâtisseur, Aliena et Ellen se rencontrent, s’affrontent, s’aiment puis se déchirent au même rythme que leurs classes. C’est l’histoire donc de deux générations qui évoluent autour de la construction d’une cathédrale, celle de Kingsbridge. Celle-ci est la cause et la conséquence de bien des tourments : toute l’intrigue repose sur ses pierres, l’enjeu de la construction, tant économique que politique et religieux. Cette construction, on le constate, peut faire vivre tout aussi bien que périr ceux qui l’approchent.

L’architecture

Cet ouvrage est un travail de dix années au cours desquelles l’auteur a pris soin de se documenter intensément sur l’architecture du moyen-âge, et sur cette période plus particulière rattachée aux bâtisseurs des cathédrales. La religion catholique, alors en plein essor, comprend que pour attirer les âmes, elle doit impressionner, donner également un sentiment de sécurité, de grandeur, et de beauté. C’est plus particulièrement au cours de la période allant du Xème au XIVème siècles que l’on va construire de plus en plus d’édifices religieux, en France mais aussi dans le reste de l’Europe. On connaît les églises romanes bien entendu, mais on remarque surtout les églises, et davantage encore les cathédrales. Celles-ci, plus robustes, en pierre de taille (contrairement aux églises romanes), plus hautes, plus grandes, ont commencé à être construites de plus en plus vastes au nord de la France (Reims, Saint-Denis, Strasbourg..). Ken Follett restitue à merveille l’ampleur et la complexité de ce phénomène qui a poussé les hommes à construire de plus en plus, de plus en plus haut « pour atteindre le ciel », en développant de plus en plus de techniques permettant d’ériger des monstres de pierre à la fois gigantesques et lumineux. Ce phénomène a contribué à développer la foi, mais aussi.. l’économie. Les piliers de la terre montre avec brio ce profond changement dans l’architecture religieuse : de l’église romane à l’architecture gothique, puis gothique flamboyant. D’où.. le titre du roman. C’est un roman historique donc, très axé sur l’aspect architectural, mais peignant également la chevalerie dans ce qu’elle a de plus « brut », les relations de hiérarchie et de convoitise tissées entre l’église et la monarchie, au sein des différents niveaux de l’église, et entre les paysans et la monarchie..

Les personnages

Chaque individu possède son caractère, sa psychologie. Non content de parfaire l’intrigue, le contexte, et le caractère architectural de son œuvre, Ken Follett crée en plus des personnages attachants, plus criants de vérité les uns que les autres. Dans sa façon de les attacher à leur époque, comme dans son art de les mêler, faire se battre, s’aimer, se posséder et se perdre l’auteur montre un art rarement égalé de la romance. Tout est compliqué et pourtant si limpide, si plausible, et si juste aussi : il semble en effet qu’il ne se soit permis aucun écart superflu ou décalé par rapport aux modes de vie du moyen-âge. Dans leur manière de se nourrir, d’échanger (l’économie agraire est bien ressentie, paraît à la fois salutaire et parfois dramatique tant elle dépend des intempéries, de la volonté..), de mourir, de croire et d’espérer, tous sont vraiment fabuleusement peints.

Mille quarante-neuf pages de beauté, de férocité, d’amour et de haine, d’argent et de famine, de quêtes et de conquêtes, de perditions et de victoires, de retournements, d’effondrements, de reconstruction.. de solidarité enfin, et d’espoir d’un bout à l’autre. Ken Follett a ce pouvoir incroyable de nous téléporter ailleurs, dans un temps passé et révolu, et de faire briller en nous cette étincelle de désir qui nous fait dire, une fois le livre achevé : oh non.. il n’y en a plus. Mais peut-être nous est-il permis une fois encore d’espérer, car.. la suite est sortie en anglais, et paraîtra en français au mois d’octobre, aux éditions Robert Lafond. Le titre ? Un monde sans fin…. Chic alors !

Publié dans Archives Littéraires

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