La vie d'un écrivain est décidément bien remplie

Publié le par Léthée

Alors voilà. Comme j'ai du mal à sortir de mon lit ce matin (le froid, la perspective d'une journée chargée, les collègues, la triste mine des passants...), me voici devant le sommaire du Magazine littéraire sur internet. Le numéro en kyosques a l'air pas mal du tout. Je constate qu'ils parlent encore de Ian McEwan, qui n'a plus besoin qu'on parle de lui mais décidément délie les langues. 
La rentrée littéraire est passée. Hop ! Que ceux qui ont réussi à lire les quelques 675 livres parus se dénoncent : qu'ils osent dire que ce sont de grands malades qui disposent en plus de tout leur temps. Hum.
La remise des prix - Goncourt attribué à Atiq RAHIMI pour son roman Syngué Sabour. Pierre de Patience, paru chez POL ; Goncourt lycéen attribué à Catherine Cusset pour son Brillant avenir paru chez Gallimard (je dois déjà lire sa Haine de la famille parue en poche chez Folio Gallimard il y a un bon bout de temps, temps que je n'ai pas vu passer) ; Femina attribué à Jean-Louis fournier pour son Où on va papa ? paru chez le sombre Stock ; Femina essai pour Voix Off à Denis Podalydès (ma foi ça doit être pas mal, on connaît l'acteur et c'est une valeur sûre d'intelligence et de bon goût) ; Médicis pour Jean Marie Blas de Roblès pour son Là où les tigres sont chez eux, paru chez Zulma -, la remise des prix a donc eu lieu elle aussi. Hop ! 
Le salon du livre de Brive la gaillarde a eu lieu également, entre foie gras et pétillant pour certains, et magrets et vin du sud pour les autres.  
Maintenant se préparent d'autres salons, plus importants, eux. Ils sont nombreux à venir présenter leur livre, proposer leur petite dédicace, espérer qu'on les remarquera parmi, justement, tous ces "primés" 2008 qui prennent toute la place en tête de gondole ou sur les étalages des librairies de plus en plus estampillées "France Loisirs" ou "Chapitre". Car c'est ça le vrai métier : pendant que nous, lecteurs, faisons les difficiles dans les rayons de supermarchés du livre en cinq minutes, un sandwich à la main, les auteurs eux, prient pour qu'on s'arrête et pose la main sur un exemplaire qui leur appartient, et qu'ils ont mis des mois voire des années à construire, puis à faire accepter par un éditeur, attendant ensuite dans la douleur que la délivrance arrive... quelques mois plus tard la couverture est prête, les corrections sont faites, tout est soigneusement préparé pour l'arrivée du bébé mais il faut encore attendre... l'heure. 
Et pendant que l'auteur attend l'heure il court il court cet auteur ! De dédicaces en conférences, de librairies en salles des fêtes. Certains prennent une pause d'écriture, d'ailleurs. Ils sont monotâches et ne peuvent à la fois s'occuper d'un nouveau né et en mettre un autre en route. Et puis il y a les fervents. Ceux qui ne peuvent "pas s'en empêcher de toute façon". Toujours un calepin en poche, ils sillonnent les rues de France, les routes d'Europe, et finalement les routes du ciel avec un crayon à la main, et dans l'autre un téléphone portable.
Le métier d'écrivain n'est pas celui que beaucoup imaginent. Il ne suffit pas de "pondre" un livre, et d'attendre que la lumière du projecteur vienne chauffer votre peau. Souvent d'ailleurs, cette lumière ne vient pas. Elle s'arrête sur le visage du voisin, maquillé pomponné, déjà au courant avant l'heure de vérité, comme tout le monde d'ailleurs. Ebloui, sous le regard de son voisin jamais choisi, qui lui, n'a pas encore compris que les choix se font selon une drôle de loi.
Chers lecteurs, un livre ne se pond pas, et lorsqu'il est publié, le métier d'écrivain ne consiste pas à fumer un cigare à l'ombre d'une cuisine d'été, un thé sur le guéridon, un chat sur le canapé, un feu de cheminée crépitant magiquement sans qu'on ne l'alimente.
Etre écrivain, ce n'est pas avoir le talent de Virginia Woolf, le succès de Jonathan Littell, l'allure de Simone de Beauvoir, et l'attitude de Begbeider en même temps. Certains préfèreraient d'ailleurs peut-être l'allure de Virginia Woolf, faisant fi de son talent, le talent de Simone de Beauvoir, faisant fi de son allure (celles-ci possèdent les deux à la fois). Le succès de Jonathan Littell, lui, ne vient que seul. Quant à Begbeider... il se donne l'attitude de l'écrivain à succès et de talent mais...
Etre écrivain, je crois que c'est aussi savoir courir, avoir peur, être patient, et se prendre des claques dans la figure.

Le mois dernier à Clermont-Ferrand, nous avons perdu l'un des meilleurs libraires du monde. Jean Rome est décédé, laissant sa librairie de la rue des gras telle un tombeau, un sanctuaire, que les habitués enrichissent désormais de petits mots et de pensées.

M'est avis que ce décès n'arrangera pas l'affaire des écrivains qui méritent qu'on attire l'attention sur eux, pour leur talent, leur attitude, et leur travail.  

Publié dans Archives Littéraires

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malb 18/11/2008 15:30

Merci pour les tribulations des auteurs... qui rament... auteurs anonymes, oubliés.... Merci de montrer que écrire demande autre chose... écrire c'est une gestation jusqu'à l'accouchement d'une oeuvre, qui survivra peut être, qui connaîtra peut être une crise.Ecrire c'est donner la vie...et ne pas connaître l'avenir de son "enfant"... l'accompagner au mieux, se débattre, se battre pour que sa vie soit au mieux...Les librairies comme celles de Clermont Ferrand disparaissent peu à peu...antre aux  odeurs de papiers et d'encres, refuge des amoureux de la lecture, des libraires qui connaissait les oeuvres qu'ils vendaient, qui savait deviner ce qui nous ferait voyager...Que de moments nostalgiques tu éveilles en moi... d'un libraire qui a fermé... et n'a point été remplacé, si, par une pizzeria...Bonne journée Lethée..Merci.

Léthée 08/12/2008 16:45


En fait, je crois qu'en disant tout cela, je suis encore bien loin du compte de leurs soucis. On imagine qu'un écrivain ne fait rien, alors que ses journées sont vraiment bien remplies.


Nadège 18/11/2008 10:03

Bonjour Lethee. Réveil difficile ce matin.Courage !J'attends de lire ce que tu as pensé du livre en cours L'Enfant des ténèbres.Bonne journée. Le temps ne donne envie envie de rien.Bisous.

Léthée 08/12/2008 16:52


Ma pauvre. Cette lecture, qui me donne beaucoup de plaisir, est sans cesse prolongée. J'avais mis 10 jours à lire le premier tome, et là.. ça fait plus d'un mois que j'ai commencé celui-ci. Mais
j'ai plein d'impératifs ailleurs et malheureusement je le lis par petits bouts dès que j'ai 20 minutes de battement.
J'ai vraiment beaucoup de choses à faire, et la semaine, ainsi que le week-end, s'annoncent ultra-chargés !