Lu dernièrement, ce très bel ouvrage de Nathalie Léger. Ayant trouvé l'article suivant assez parlant, je préfère le reporter tel quel. Plus bas, vous avez également un
lien qui permet d'aller écouter quelques extraits de l'ouvrage lus par l'auteur, ainsi qu'un extrait de
Bing lu par Bernard Pico.
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Samuel Beckett et Nathalie Léger, le travail d’une rencontre
Il vous tombe ainsi parfois dans les mains un livre mince, qu’à lecture il se révèle une énergie toute droite, sans qu’on laisse une ligne,
et ensuite qui se mémorise de façon entêtante. Dans ces Vies silencieuses de Samuel Beckett, c’est sans doute la silhouette de
Beckett, qui continue de vous arpenter la tête comme dans Film (Beckett filmant Buster Keaton jusqu’à
finalement, au dernier plan, le voir en face _ voir ubuweb ou ici).
Beckett, c’est difficile pour tout le monde. C’est un caillou dans les mains. Une œuvre indispensable : on a ça dans les mains depuis 20 ans et plus, on retourne ces bouquins dans toutes
les pages, on ne comprend pas pourquoi c’est si indispensable et si résistant à la fois. Si c’était seulement à cause de l’énigme ou de l’incompréhensible, ils ne tiendraient pas comme cela
aussi près, pas seulement de la table de travail, mais tout simplement de notre vie. Et puis il y a l’œuvre tardive : Têtes mortes, ou Comment
c’est, ou Image et bien sûr Mal vu mal dit après Compagnie : là, on a l’impression que c’est comme d’avoir un œil sur
une œuvre future, un fragment d’un monde qui nous échappe, où pourtant nous allons inéluctablement. Une figure du temps qui n’a pas de précédent.
Alors on lit tout ce qu’on trouve sur Beckett, depuis Adorno. Tout ce qui nous aide à le comprendre, ou nous comprendre nous, quand nous le lisons. Ainsi, il y a deux ans, cette énorme
biographie : on découvrait d’autres aspects de Beckett, forcément, les hésitations, les chemins, le long temps d’avant le début d’œuvre, même si c’était déjà écrire et écrire, et vouloir
publier. Seulement, dans cette biographie, ce qui nous relie aux livres restait à l’écart : on nous parlait d’un autre, qui par hasard était Beckett.
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Le livre de Nathalie Léger en est une sorte de trouée. Un livre juste. Et on ne s’en expliquera pas. C’est comme une main radiesthésiste : on approche l’écriture
d’une suite de figures de Beckett dans sa vie, ses chemins, et par instants, sur telle figure précise, résonne ce qui permet l’œuvre. Alors on développe cette figure. Ainsi l’art du plongeon,
dans les eaux froides d’Irlande, avec le père et le frère. Ainsi le voyage en Allemagne, au temps de Normale Sup et des furoncles, la cousine et le deuil, et Edward Munch face à face dans un
musée. Ainsi l’étrange architecture de son cabanon de ciment à Ussy, et ainsi de suite. L’ouverture du livre de Nathalie Léger : Beckett dans la chambre des dernières années, l’anonymat
de la maison pour personnes âgées. Mais sans jamais cesser le mouvement : c’est la cinétique de ce livre qui permet que l’objet fasse si précise image, et seulement image, en amont de
l’essai qui fausserait, par impossibilité de dépôt.
Ajoutons que la réalisation graphique d’Allia en fait un objet impeccable et rare.
Avec ce livre, on ne résout pas l’énigme de Beckett, on la multiplie, mais en venant plus près qu’on ne l’avait été. On ne lira plus de la même façon les chaussures dans Godot, sachant les
chaussures de Joyce. Ajoutons un enjeu plus large : depuis le Contre Sainte-Beuve de Proust, cet axiome comme quoi ce n’est pas dans la vie de l’écrivain qu’on doit
chercher le sens de l’oeuvre, de telles approches le reprennent de l’intérieur, au nom même de l’oeuvre.
C’était la raison de ces questions posées à Nathalie Léger, dont c’est le premier livre publié, et qui par ailleurs prépare l’exposition Beckett de Beaubourg en mars 2007.
FB