"Se donner du mal pour les petites choses, c'est parvenir aux grandes, avec le temps."
Samuel Beckett, extrait de Molloy
C'est pas positif ça ?
Je dédie ce message à ceux qui condamnent les ascendant-scorpion. Na !

NOTE DE L'ÉDITEUR : Ce livre contient le récit des quatre rencontres de Charles Juliet avec Samuel Beckett, en 1968, 1973, 1975 et 1977. La parole de l'écrivain — le récit de ses doutes, l'histoire de sa longue ascèse — y est scrupuleusement recueillie mais ses gestes, ses regards y sont aussi décrits avec précision, ses attitudes, tout ce qui faisait de lui un homme hors du commun, plongé dans une recherche sans terme ni bornes, immédiatement sensible à sa lecture comme à son contact.
Ce petit livre de 72 pages est paru chez P.O.L. en 1999. Le 24 octobre prochain, nous fêterons le quarantième anniversaire de la rencontre entre Samuel Beckett et Charles Juliet. Et puis quoi ? Et bien Charles Juliet est l'auteur de Lambeaux. Petit rappel : Lambeaux marque un tournant essentiel dans l'écriture de Charles Juliet. Il le libère et le fera ensuite passer de la poésie et des journaux à la fiction. L'auteur y vide pour la première fois sa mémoire, dénoue le noeud de son malaise et l'origine de son écriture : la mort de sa mère alors qu'il n'a que quelques mois. Par des phrases lentes, granitiques, il accède aux racines tranchées, extirpe sa mère du rien en lui donnant la parole.La deuxième partie dit l'autre mère. Celle qui l'a recueilli. La "toute-donnée" qui ne se plaint pas et parle peu. Charles Juliet lui prête également ses mots. Il fouille, met à jour la pensée de cette femme, ce "chef-d'oeuvre d'humanité" qui l'a sauvé de la folie ou du suicide.
Derrière ce double portrait, Charles Juliet relate aussi la lente gestation de son être, par-delà les peurs, les blessures, les aridités. Par-delà la culpabilité. Jusqu'à cet instant où le brouillard se dissipe, où une force tranquille s'installe et lui permet à nouveau d'adhérer à la vie. --Laure Anciel --
On a du mal à imaginer la vie sans cette rencontre, tant la mère, la mémoire, le rien, le trop plein sont présents dans l'oeuvre de Beckett. Il fallait bien sûr cette rencontre et Charles Juliet nous en laisse un livre : un petit bijou où Samuel Beckett se confie au gré des conversations, décousues, comme lui tant embrouillées dès lors qu'il s'agit de parler de lui, mais toujours sincères et émouvantes. Ses passions de lecteur, d'amateur d'art, ses déceptions d'écrivain lorsqu'il évoque la mise en scène de certaines de ses pièces. Quelques petites anecdotes. Autant de petites choses qu'il convenait d'immortaliser là, dans ces 72 pages, et qu'il est nécessaire d'explorer.
Léthée - livre lu le 1er janvier 2007
Steven Petitpas pour EVENE.fr - Septembre 2008
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"J’ai remué un peu mes affaires, les séparant les unes des autres et les amenant vers moi, pour mieux les voir. Je ne me trompais pas de beaucoup en croyant bien les posséder, dans ma
tête, et pouvoir en parler, d’un moment à l’autre, sans les regarder. Mais je voulais en être certain. J’ai bien fait. Car je sais maintenant que l’image de ces objets où je me suis complu
jusqu’à présent, si elle était juste dans l’ensemble, ne l’était pas dans le détail. Or je ne tiens pas à manquer cette unique occasion où une sorte de vérité s’annonce possible et, de ce
fait, s’impose presque. Je veux qu’ici enfin tout à peu près soit banni. Je veux être en mesure, quand viendra le grand jour, d’annoncer clairement, sans rien ajouter ni omettre, tout ce
que sa longue attente m’aura apporté, et laissé, en fait de biens matériels. Ca doit être une obsession."
Malone meurt - Samuel Beckett - Les éditions de Minuit - Paris - 1951
Il vous tombe ainsi parfois dans les mains un livre mince, qu’à lecture il se révèle une énergie toute droite, sans qu’on laisse une ligne, et ensuite qui se mémorise de
façon entêtante. Dans ces Vies silencieuses de Samuel Beckett, c’est sans doute la silhouette de Beckett, qui continue de vous arpenter la tête comme dans Film (Beckett filmant Buster Keaton jusqu’à finalement,
au dernier plan, le voir en face _ voir ubuweb ou ici).
Beckett, c’est difficile pour tout le monde. C’est un caillou dans les mains. Une œuvre indispensable : on a ça dans les mains depuis 20 ans et plus, on retourne ces bouquins dans toutes les pages, on ne comprend pas pourquoi c’est si indispensable et si résistant à la fois. Si c’était seulement à cause de l’énigme ou de l’incompréhensible, ils ne tiendraient pas comme cela aussi près, pas seulement de la table de travail, mais tout simplement de notre vie. Et puis il y a l’œuvre tardive : Têtes mortes, ou Comment c’est, ou Image et bien sûr Mal vu mal ditCompagnie : là, on a l’impression que c’est comme d’avoir un œil sur une œuvre future, un fragment d’un monde qui nous échappe, où pourtant nous allons inéluctablement. Une figure du temps qui n’a pas de précédent. après
Alors on lit tout ce qu’on trouve sur Beckett, depuis Adorno. Tout ce qui nous aide à le comprendre, ou nous comprendre nous, quand nous le lisons. Ainsi, il y a deux ans, cette énorme biographie : on découvrait d’autres aspects de Beckett, forcément, les hésitations, les chemins, le long temps d’avant le début d’œuvre, même si c’était déjà écrire et écrire, et vouloir publier. Seulement, dans cette biographie, ce qui nous relie aux livres restait à l’écart : on nous parlait d’un autre, qui par hasard était Beckett.
Ajoutons que la réalisation graphique d’Allia en fait un objet impeccable et rare.
Avec ce livre, on ne résout pas l’énigme de Beckett, on la multiplie, mais en venant plus près qu’on ne l’avait été. On ne lira plus de la même façon les chaussures dans Godot, sachant les chaussures de Joyce. Ajoutons un enjeu plus large : depuis le Contre Sainte-Beuve de Proust, cet axiome comme quoi ce n’est pas dans la vie de l’écrivain qu’on doit chercher le sens de l’oeuvre, de telles approches le reprennent de l’intérieur, au nom même de l’oeuvre.
C’était la raison de ces questions posées à Nathalie Léger, dont c’est le premier livre publié, et qui par ailleurs prépare l’exposition Beckett de Beaubourg en mars 2007.
Disponible sur le net à cette adresse :
http://www.ubu.com/film/beckett.html
Dirigé par Alan Schneider, ce film de 24 minutes illustre bien le personnage Beckettien. J’y reviendrai, sans doute à la lumière d’une de mes dernières lectures : Mercier et Camier.








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