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"Et après ? Une autre besogne... pourquoi ? Dans quel but ? Sans raison, il n'y a pas de but. Et à la fin de la journée qu'arrivera-t-il ? Rien. Et demain ? La même chose qu'aujourd'hui. (...) Non... elle ne pourra jamais. Attendre plutôt. Attendre que quelque chose  arrive... Ce soir ?." La femme de gilles, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.

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Samuel Beckett

Par Léthée
Jeudi 4 décembre 2008
... en attendant que je trouve le temps d'écrire sur mes lectures.

"Se donner du mal pour les petites choses, c'est parvenir aux grandes, avec le temps."

Samuel Beckett, extrait de Molloy

C'est pas positif ça ?

Je dédie ce message à ceux qui condamnent les ascendant-scorpion. Na !
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Par Léthée
Samedi 1 novembre 2008
TÊTES-MORTES
d'un ouvrage abandonné – assez –
imagination morte imaginez – bing – sans


de Samuel Beckett




Têtes-mortes
Avec ce titre, le ton est donné. Il ne s'agit pas de têtes mortes, mais bien de têtes-mortes, comme d'un porte-clé, un porte-manteau, un porte-bagage. Ci-gisent donc têtes-mortes, mot composé plutôt que sujet épithète. La mort est accolée, plus proche encore.
Ce recueil ainsi nommé commence par un petit texte (le plus long de tous ici, 20 pages en tout) appelé d'un ouvrage abandonné, sans majuscule ni point : sans commencement ni fin. Et c'est bien la fin pourtant qui est recherchée dans tout le recueil : souvenons-nous de Fin de partie, de Mercier et Camier, de En attendant Godot, de Malone meurt, Pour en finir encore, et Soubresauts : ce dernier s'achevait sur ces mots : « Oh tout finir. ». Le premier donc.

d'un ouvrage abandonné
C'est un texte fort, dans lequel l'auteur raconte une journée qu'il n'en finit pas de raconter. Il y évoque sa mère, ainsi, dès le début : « et dehors, ma mère pendue à la fenêtre en chemise de nuit pleurant et gesticulant. » De la mère, il ne montre ici qu'un tronc, à la fenêtre, et comme dans Mercier et Camier et Malone meurt, la mère « gesticule ». Elle apparaît alors au lecteur comme un monstre à tentacules qui « s'agite ». Vêtue de blanc, « sur un fond sombre » de ce blanc qui a toujours fait une « grosse impression » au narrateur, la mère semble sortie de nulle part, d'un vide, d'un néant plutôt que d'un appartement. Apparition fantomatique trop présente, trop envahissante encore pour le narrateur qui est gêné par l'agitation qui l'anime, ce « pauvre amour impuissant » qui fait qu'elle gesticule pour qu'il revienne ou s'en aille, il ne sait pas. C'est donc l'idée qui pourrait faire écho à cette errance tant de fois vue chez Beckett : une mère qui n'en finit plus de l'appeler, de le renvoyer. Alors Beckett invente des pauses à ses personnages. Tous les prétextes sont bons : Malone immobilisé, Molloy itou, Hamm prisonnier de sa chaise, deux clochards attendant Godot, deux cent personnes prisonnières d'un cylindre (Le dépeupleur), Mercier et Camier obligés par la pluie, la faim ou l'ennui de revenir se « poser » à la taverne. «Trêve de ma mère pour l'instant » dit le narrateur. Pouce ! « Tout en n'ayant été de ma vie en route pour quelque part, mais tout simplement en route » dit-il encore : pas encore né, jamais né, toujours à naître et encore trop vivant. Qu'ils sont durs les yeux de la mère qui ne sait pas l'être ! Comme dans Malone meurt, dans une scène similaire, il exprime à quel point c'est dur de ne pas voir sa naissance ratifiée par la mère. Qu'elle ne joue pas son rôle, ou le joue mal. Alors il erre, et il attend, lassé, que tout finisse : « Non, je ne regrette rien, tout ce que je regrette c'est d'avoir vu le jour, c'est si long, mourir, je l'ai toujours dit, si lassant, à la longue. ». Pour le narrateur, visiblement, finir n'est pas tout à fait mourir. C'est « d'être comme avant d'être », c'est à dire retourner. Retourner en dedans.
Dans ce texte, j'ai vu absolument tout ce que je voyais dans le reste de l'oeuvre de Beckett, en condensé : la nécessité de la pause dans l'errance, la fin comme retournement.

assez
Quoi de mieux pour illustrer les propos précédents qu'un extrait du texte suivant :
« Communication continue immédiate avec redépart immédiat. Même chose avec redépart retardé. Communication continue retardée avec redépart immédiat. »
Ici la narration est interrompue par des petits paragraphes de ce genre, des pauses évoquant un flot continu qui se retourne, retourne.

imagination morte imaginez

 Plus fort encore, inespéré pour moi tant j'y vois la confirmation de ce que je pressentais ailleurs : « peuvent intervenir, l'expérience le montre, entre la fin de la chute et le début de la montée des durées très diverses, allant d'une fraction de seconde jusqu'à ce qui aurait pu, en d'autres temps et lieux, paraître une éternité. Même remarque pour l'autre pause, entre la fin de la montée et le début de la chute. » Or, chacun sait s'il essaie d'illustrer l'ascension puis la chute d'un objet, qu'il n'y a pas de pause entre les deux. Beckett la crée.
Cet autre texte très court (6 pages) offre un panorama réduit où le temps n'est pas celui que nous connaissons, où l'espace permet des positions qui nous sont inconnues, la lumière et la nuit s'alternent par paliers de 20 secondes... Le blanc y occupe une place très importante autour de deux corps immobiles. Il s'agit d'un « monde à l'épreuve encore de la convulsion sans trêve ».

bing
Directement à la suite du précédent, bing explore semble-t-il un univers assez similaire. Le blanc est très présent encore, symbole de l'innocence et de la pureté. Le corps est blanc et nu.

sans
Ce dernier texte ne s'écarte pas des précédents. Il s'agit d'un panorama où les ruines sont sans relief, « répandues » ce qui n'est pas habituel. En effet, d'ordinaire les ruines sont le témoin d'un passé. Ici il n'y a pas de mémoire, ni de témoignage. Le sable semble envahir l'horizon, qui, à perte de vue, se confond avec le ciel : dès lors la fin est hors de portée du regard. Là où d'ordinaire Beckett enferme ses personnages dans des espaces confinés, ou sur des « buttes », ici le « petit corps gris lisse » semble perdu dans l'immensité. Un paysage qui ne finit pas, qui n'a pas de limites, où la frontière des matières autant que l'horizon sont des objets « lointains », « lointains sans fin ». Seules les ruines ont atteint leur fin puisqu'elles s'affaissent. Les murs tombent, et tout devient poussière. Le petit corps attend la fin et le refuge dans la solitude et l'immensité, coeur battant, terrorisé.


On comprend pourquoi tous ces textes, très courts, ont été réunis en un seul volume. Certains diront qu'il s'agit encore d'une prose absurde d'un Beckett qu'on aura tôt fait d'accuser de falsificateur. On ne peut pas qualifier ces textes d'exercices préalables aux romans (voir la trilogie) de l'auteur. En effet, ces petits textes ont été écrits après. Curieusement, ils sont comme un écho au reste de l'oeuvre, une sorte de cap au pire fulgurant, condensé. Une quête de la fin par le plus court chemin.

Pour les amateurs.   

Je dédie cet article à Pûne, qui m'a gentiment offert cet ouvrage.
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Par Léthée
Samedi 18 octobre 2008
NOTE DE L'ÉDITEUR : Ce livre contient le récit des quatre rencontres de Charles Juliet avec Samuel Beckett, en 1968, 1973, 1975 et 1977. La parole de l'écrivain — le récit de ses doutes, l'histoire de sa longue ascèse — y est scrupuleusement recueillie mais ses gestes, ses regards y sont aussi décrits avec précision, ses attitudes, tout ce qui faisait de lui un homme hors du commun, plongé dans une recherche sans terme ni bornes, immédiatement sensible à sa lecture comme à son contact.

Ce petit livre de 72 pages est paru chez P.O.L.  en 1999. Le 24 octobre prochain, nous fêterons le quarantième anniversaire de la rencontre entre Samuel Beckett et Charles Juliet. Et puis quoi ?  Et bien Charles Juliet est l'auteur de Lambeaux. Petit rappel :
Lambeaux marque un tournant essentiel dans l'écriture de Charles Juliet. Il le libère et le fera ensuite passer de la poésie et des journaux à la fiction. L'auteur y vide pour la première fois sa mémoire, dénoue le noeud de son malaise et l'origine de son écriture : la mort de sa mère alors qu'il n'a que quelques mois. Par des phrases lentes, granitiques, il accède aux racines tranchées, extirpe sa mère du rien en lui donnant la parole. 

La deuxième partie dit l'autre mère. Celle qui l'a recueilli. La "toute-donnée" qui ne se plaint pas et parle peu. Charles Juliet lui prête également ses mots. Il fouille, met à jour la pensée de cette femme, ce "chef-d'oeuvre d'humanité" qui l'a sauvé de la folie ou du suicide.

Derrière ce double portrait, Charles Juliet relate aussi la lente gestation de son être, par-delà les peurs, les blessures, les aridités. Par-delà la culpabilité. Jusqu'à cet instant où le brouillard se dissipe, où une force tranquille s'installe et lui permet à nouveau d'adhérer à la vie. --Laure Anciel --

On a du mal à imaginer la vie sans cette rencontre, tant la mère, la mémoire, le rien, le trop plein sont présents dans l'oeuvre de Beckett. Il fallait bien sûr cette rencontre et Charles Juliet nous en laisse un livre : un petit bijou où Samuel Beckett se confie au gré des conversations, décousues, comme lui tant embrouillées dès lors qu'il s'agit de parler de lui, mais toujours sincères et émouvantes. Ses passions de lecteur, d'amateur d'art, ses déceptions d'écrivain lorsqu'il évoque la mise en scène de certaines de ses pièces. Quelques petites anecdotes. Autant de petites choses qu'il convenait d'immortaliser là, dans ces 72 pages, et qu'il est nécessaire d'explorer.

Léthée - livre lu le 1er janvier 2007
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Par Léthée
Jeudi 9 octobre 2008

Une immense consolation

LA 'FIN DE PARTIE' DE CHARLES BERLING

Steven Petitpas pour EVENE.fr - Septembre 2008

 

Après Bernard Lévy à Toulouse, c'est au tour de Charles Berling de monter 'Fin de partie', au théâtre de l'Atelier de Paris. Révéler l'humour et la grande lucidité d'un texte qui tient la mort en échec : tel est l'objectif de l'acteur-metteur en scène. Un regard enthousiaste qui pare cette oeuvre-phare du XXe siècle de couleurs inattendues.

En 1957, lorsque 'Fin de partie' est jouée pour la première fois au Royal Court Theatre de Londres, la pièce ne ressemble à rien de connu. En rupture avec un théâtre traditionnel qui faisait de l'intrigue, des personnages et de la cohérence du langage les assises de sa dramaturgie, Samuel Beckett propose des situations d'attente, au bord du vide, habitées par des fantoches réduits à une parole décousue. La configuration est simple : Hamm, aveugle et paralytique, tyrannise Clov, homme à tout faire boiteux, et ses parents, Nagg et Nell, deux vieillards enfermés dans des poubelles. Le champ d'action est le langage : on raconte, on exige, on fantasme, on s'insulte. Au-delà de la parole, il ne se passe rien. Tout au plus a-t-on l'impression, dans l'apathie générale, que "quelque chose suit son cours"...

Découvrez le spectacle 'Fin de partie'


Zoom
Cette proposition minimaliste, délestée du drame (1), est une révolution. Avec ces errances de marionnettes meurtries, ces paroles verbeuses et ces gestes inconséquents, c'est une scène nouvelle qui s'ouvre, déroutante, intrigante. Et parce qu'elle ne se livre pas clairement, la pièce de Beckett est souvent appauvrie, interprétée selon des concepts préétablis et discutables - cynisme, absurde, cruauté, agression etc. Aux metteurs en scène, donc, d'apporter les éclairages nécessaires, de savoir faire parler le texte sans le dénaturer. Un rôle de premier ordre, que Charles Berling envisage avec une belle décontraction : ''mettre en scène 'Fin de partie', c'est comme faire une promenade dans le Mont Blanc, aux côtés d'un ami super intelligent''. Une excursion détendue vers des hauteurs lumineuses : un horizon très rarement associé à Beckett et à sa 'Fin de partie'...


Aux origines de la Fin

Zoom
Quand Charles Berling évoque Beckett, il le fait avec passion. A l'entendre, cette rencontre théâtrale était inévitable. ''C'est un auteur complet : il réfléchit à l'écriture, à ce qu'est un écrivain, et à comment représenter le chaos du monde. Il a un regard de poète absolu, une incroyable lucidité. Je savais qu'à un moment ou un autre j'allais devoir aborder Beckett.''. A la suite de son travail sur 'Caligula', Laura Pels, directrice du théâtre de l'Atelier, lui parle de 'Fin de partie'. La réponse de l'acteur-metteur en scène ne se fait pas attendre. ''C'est tout l'intérêt des producteurs : proposer des choses. Le projet de Laura Pels rencontrait, à ce moment précis, l'une des mes aspirations. C'était pour moi une occasion fantastique.'' Mais pour Charles Berling, mettre en scène cette pièce près de cinquante ans après sa première représentation ne tient pas seulement du coup de coeur ; sa démarche vise une redécouverte, qui écarterait les poncifs et les malentendus. ''Je pense qu'on est plus à même de comprendre Beckett aujourd'hui. Contrairement à ce qu'on dit souvent, ce n'est pas un auteur du langage pour le langage. La question pour moi était de savoir comment le donner à entendre et à voir, de façon sensible, pour que la pièce résonne et raconte ce qu'elle a à raconter''.


"Rien n'est plus drôle que le malheur"

Zoom
Les points de vue superficiels l'agacent. Non, pour Charles Berling, Samuel Beckett n'est pas un dramaturge dépressif, sombre, obsédé par la mort. Pour comprendre cet auteur, pour comprendre son oeuvre, il faut, selon lui, être à l'écoute de ses aspects les plus exaltants, les plus euphoriques. "On dit de lui qu'il fait peur, parce qu'il dépeindrait un monde sans issue... Certes, au fond, il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mais il le dit avec beaucoup d'humour. Donc, pour moi, il n'a rien d'un sinistre". Ce point de vue avancé, le choix spécifique de 'Fin de partie' fait sens : truffé de jeux de mots, de blagues, de paroles contradictoires et de gestes curieux, le texte recèle un potentiel comique immense. Dans cette pièce, l'humour porte le tragique, et le tragique nourrit l'humour ; comme le dit le personnage de Nell, au détour d'une réplique, "rien n'est plus drôle que le malheur". Exalté, porté par sa vision positive, Charles Berling rend grâce à la duplicité du texte : "C'est le contraire d'un intellectualisme froid. Cette oeuvre transforme la souffrance, le malheur, l'absurdité du destin humain, en quelque chose de rayonnant. C'est comme une immense consolation."   Lire la suite »

(1) Le mot ''drame'' venant du grec drama qui signifie action.
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Par Léthée
Samedi 13 septembre 2008

"J’ai remué un peu mes affaires, les séparant les unes des autres et les amenant vers moi, pour mieux les voir. Je ne me trompais pas de beaucoup en croyant bien les posséder, dans ma tête, et pouvoir en parler, d’un moment à l’autre, sans les regarder. Mais je voulais en être certain. J’ai bien fait. Car je sais maintenant que l’image de ces objets où je me suis complu jusqu’à présent, si elle était juste dans l’ensemble, ne l’était pas dans le détail. Or je ne tiens pas à manquer cette unique occasion où une sorte de vérité s’annonce possible et, de ce fait, s’impose presque. Je veux qu’ici enfin tout à peu près soit banni. Je veux être en mesure, quand viendra le grand jour, d’annoncer clairement, sans rien ajouter ni omettre, tout ce que sa longue attente m’aura apporté, et laissé, en fait de biens matériels. Ca doit être une obsession."

 

 

Malone meurt - Samuel Beckett - Les éditions de Minuit - Paris - 1951

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Par lethee
Vendredi 16 mai 2008
"Un moment de fraternité.

(...)
Il est des infractions qui déchaînent contre le fautif une fureur collective surprenante chez des êtres si paisibles dans l'ensemble et si peu attentifs les uns aux autres en dehors de la grande affaire."

S. Beckett, Le dépeupleur.
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Par lethee
Jeudi 15 mai 2008
"Les femmes accouchent à califourchon sur la tombe."

S. Beckett
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Par Léthée
Vendredi 24 août 2007
Lu dernièrement, ce très bel ouvrage de Nathalie Léger. Ayant trouvé l'article suivant assez parlant, je préfère le reporter tel quel. Plus bas, vous avez également un lien qui permet d'aller écouter quelques extraits de l'ouvrage lus par l'auteur, ainsi qu'un extrait de Bing lu par Bernard Pico.
 
_______________________________________________________
 
Samuel Beckett et Nathalie Léger, le travail d’une rencontre

Il vous tombe ainsi parfois dans les mains un livre mince, qu’à lecture il se révèle une énergie toute droite, sans qu’on laisse une ligne, et ensuite qui se mémorise de façon entêtante. Dans ces Vies silencieuses de Samuel Beckett, c’est sans doute la silhouette de Beckett, qui continue de vous arpenter la tête comme dans Film (Beckett filmant Buster Keaton jusqu’à finalement, au dernier plan, le voir en face _ voir ubuweb ou ici).

 

Beckett, c’est difficile pour tout le monde. C’est un caillou dans les mains. Une œuvre indispensable : on a ça dans les mains depuis 20 ans et plus, on retourne ces bouquins dans toutes les pages, on ne comprend pas pourquoi c’est si indispensable et si résistant à la fois. Si c’était seulement à cause de l’énigme ou de l’incompréhensible, ils ne tiendraient pas comme cela aussi près, pas seulement de la table de travail, mais tout simplement de notre vie. Et puis il y a l’œuvre tardive : Têtes mortes, ou Comment c’est, ou Image et bien sûr Mal vu mal ditCompagnie : là, on a l’impression que c’est comme d’avoir un œil sur une œuvre future, un fragment d’un monde qui nous échappe, où pourtant nous allons inéluctablement. Une figure du temps qui n’a pas de précédent. après

Alors on lit tout ce qu’on trouve sur Beckett, depuis Adorno. Tout ce qui nous aide à le comprendre, ou nous comprendre nous, quand nous le lisons. Ainsi, il y a deux ans, cette énorme biographie : on découvrait d’autres aspects de Beckett, forcément, les hésitations, les chemins, le long temps d’avant le début d’œuvre, même si c’était déjà écrire et écrire, et vouloir publier. Seulement, dans cette biographie, ce qui nous relie aux livres restait à l’écart : on nous parlait d’un autre, qui par hasard était Beckett.

Le livre de Nathalie Léger en est une sorte de trouée. Un livre juste. Et on ne s’en expliquera pas. C’est comme une main radiesthésiste : on approche l’écriture d’une suite de figures de Beckett dans sa vie, ses chemins, et par instants, sur telle figure précise, résonne ce qui permet l’œuvre. Alors on développe cette figure. Ainsi l’art du plongeon, dans les eaux froides d’Irlande, avec le père et le frère. Ainsi le voyage en Allemagne, au temps de Normale Sup et des furoncles, la cousine et le deuil, et Edward Munch face à face dans un musée. Ainsi l’étrange architecture de son cabanon de ciment à Ussy, et ainsi de suite. L’ouverture du livre de Nathalie Léger : Beckett dans la chambre des dernières années, l’anonymat de la maison pour personnes âgées. Mais sans jamais cesser le mouvement : c’est la cinétique de ce livre qui permet que l’objet fasse si précise image, et seulement image, en amont de l’essai qui fausserait, par impossibilité de dépôt.

Ajoutons que la réalisation graphique d’Allia en fait un objet impeccable et rare.

Avec ce livre, on ne résout pas l’énigme de Beckett, on la multiplie, mais en venant plus près qu’on ne l’avait été. On ne lira plus de la même façon les chaussures dans Godot, sachant les chaussures de Joyce. Ajoutons un enjeu plus large : depuis le Contre Sainte-Beuve de Proust, cet axiome comme quoi ce n’est pas dans la vie de l’écrivain qu’on doit chercher le sens de l’oeuvre, de telles approches le reprennent de l’intérieur, au nom même de l’oeuvre.

C’était la raison de ces questions posées à Nathalie Léger, dont c’est le premier livre publié, et qui par ailleurs prépare l’exposition Beckett de Beaubourg en mars 2007.

FB

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Par Léthée
Mercredi 22 août 2007

Disponible sur le net à cette adresse :

 

 

http://www.ubu.com/film/beckett.html

 

 

Dirigé par Alan Schneider, ce film de 24 minutes illustre bien le personnage Beckettien. J’y reviendrai, sans doute à la lumière d’une de mes dernières lectures : Mercier et Camier.

 

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