Bienvenue chez Léthée

"Oui, je sens que c'est le moment de jeter un coup d'oeil en arrière, si je peux, et de faire le point, si je veux avancer.  (...) Moi je ne suis pas de ceux qui risquent de changer de chanson. Je n'ai qu'à continuer, comme s'il y avait quelque chose à faire, quelque chose de commencé, quelque part où aller. Tout se ramène à une affaire de paroles, il ne faut pas l'oublier, je ne l'ai pas oublié."

 

L'innommable, Samuel Beckett, Editions de Minuit, Paris, 2004, p. 81.

 

 

Lundi 7 janvier 2008

Depuis quelques mois, mes lectures se font de manière silencieuse. Sans avoir cessé de lire, j’ai visiblement cessé de parler de mes choix pendant un moment, évité parfois de me lancer trop rapidement dans un résumé ou une fiche lecture tant j’avais besoin de faire mûrir un peu mes réflexions. Dans ce dernier trimestre, il y a eu quelques nouveautés et parmi elles bien entendu le dernier Nothomb, Harry Potter – lu en français pour les 30 derniers chapitres, en anglais pour les 6 premiers, admirez la bravoure ! -, et quelques romans inachevés voire à peine débutés. La faute revient de droit à l’immense talent de Siri Hustvedt, qui, indéniablement, a le don de laisser son lecteur sur un sentiment d’achèvement. Cela existe encore. Un roman complet, dense, érudit, poignant sans être pathétique, bouleversant et authentique. Parmi les lectures tentées juste après, il y eut tout d’abord Les Cerfs-volants de Kaboul, Crimes et Châtiments dont j’ai tenté à nouveau de dépasser la première partie.. pour finalement me laisser absorber complètement par Persépolis, de Marjane Satrapi, que j’ai bêtement lu en parallèle. J’ai tenté Délire d’amour, de Ian McEwan… ai dû le recommencer après Satrapi pour finalement l’adorer...

 

Je dirais donc qu’excepté mes déboires au cœur de l’œuvre de Yasminah Kadra, et mes défaites successives dûes à une excellente lecture qui restera l’une de mes 5 découvertes fondamentales cette année (parmi 49 ouvrages), je n’ai éprouvé que du plaisir, vraiment très peu de déceptions.

 

Mais je reviendrai plus tard sur l’excellentissime dernier tome de la saga Potter , sur le dernier Nothomb, et sur l’œuvre de Ian McEwan dont je projette de lire un nouvel opus.

 

Bonne année et bonnes lectures à tous !

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Mercredi 14 novembre 2007

Tout d'abord merci à Celeborn de m'avoir une nouvelle fois fait découvrir un bel ouvrage. Au premier abord, et malgré mon engoûment tout jeune pour la bande dessinée, je craignais de ne pas apprécier l'aspect « noir et blanc » du livre de Satrapi. C'était une erreur, car on se familiarise vite avec ce dessin si ingénieux dans sa simplicité. Marjane Satrapi possède un véritable don pour la peinture toute bête des expressions les plus fondamentales du visage et du corps. Dans son ouvrage, il est des bulles où peu nous importe le texte tant le regard du personnage y est expressif et poignant.

 
A la fois histoire d'un pays et expérience d'une enfant/adolescente/femme, Persepolis gagne sur tous les terrains. Une esthétique surprenante et vraiment personnelle, originale tout d'abord. Ensuite, c'est la force d'un destin qui frappe le lecteur. Ce destin n'en résonne que davantage aujourd'hui (voir le fameux papier de Nabe sur l'Iran, le 31 octobre dernier). Dans cette histoire d'une traversée d'un cityoen le long des guerres de son pays en sang, en deuil, en perdition, on se surprend à réaliser que la distance ne doit pas nous faire oublier cette étrange familiarité avec des êtres en proie à une perte inéluctable : celle de leur propre destin, celle de la paix.

 

[D'après Amazon]

 

 

Toute petite, Marjane voulait être prophète. Elle se disait qu'elle pourrait ainsi soigner le mal de genoux de sa grand-mère. En 1979, l'année de ses dix ans et de la révolution iranienne, elle a un peu oublié Dieu. Elle s'est mise à manifester dans le jardin de ses parents en criant "à bas le roi !". Là, elle s'imaginait plutôt en Che Guevara. Il faut dire qu'à l'époque, son livre préféré s'appelait Le Matérialisme dialectique. Marjane trouvait d'ailleurs que Marx et Dieu se ressemblaient. Marx était juste un peu plus frisé, voilà tout. Après, la vie a continué, mais en beaucoup moins drôle. La révolution s'est un peu emballée. Et la guerre contre l'Irak est arrivée…
Dans Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance sur fond d'histoire de son pays, l'Iran. 
 « C'est un récit drôle et triste à la fois, parfois cocasse, souvent touchant. Mais toujours passionnant. C'est aussi un petit événement : il s'agit de la toute première bande dessinée iranienne de l'Histoire… » --Gilbert Jacques

 

 

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Vendredi 5 octobre 2007

[Présentation de l’éditeur : Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d'artistes ont partagé les rêves de liberté de l'époque. De l'art et de la création, ils ont fait le ciment d'une amitié qu'ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n'a pu les préparer aux coups dont le destin va les frapper et qui vont infléchir radicalement le cours de leurs vies... Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l'âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j'aimais est le roman d'une génération coupable d'innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.]

 

 

Achevé il y a maintenant plus d’un mois, cet ouvrage a fini de me faire oublier Les hirondelles de Kaboul, petit ouvrage inachevé(1) et désormais inachevable. Vous ne connaissez pas cet auteure ? Tâchez de retenir son nom. Bientôt, il ne sera plus question de l’appeler « la femme de Paul Auster ».

 

Tout ce que j’aimais est un vrai roman. Tout tissé de fiction, ficelé comme une vraie vie, il est la conséquence directe d’un talent caché qui se dévoile après avoir grandi dans l’ombre. Le narrateur y expose ni plus ni moins que sa vie, avec ses désirs, ses souvenirs bien sûr, ses doutes. Posant sur la table d’écriture tout ce qui l’a conduit à sa vieillesse, il se confit comme un ami qu’on écoutera avec compassion et bienveillance. C’est l’ami qu’on imagine avoir lorsqu’on croise le regard d’un complice de tous les jours. C’est l’histoire d’une amitié d’artistes, de vies mêlées, imbriquées, chiffonnées et malmenées. C’est l’histoire d’un gain inoubliable, de pertes irremplaçables. C’est aussi des destins qui marqueront à jamais la vie d’ lecteur, si exigent soit-il. Rares sont les ouvrages nous laissant des souvenirs aussi vivants, si vivants qu’on croirait découvrir le visage d’un des personnages derrière la porte ou assis à la table de la cuisine, analysant encore et encore sa conscience et ses désirs, le regard perdu dans un tableau accroché au mur d’en face. Une lecture garantie sans interruption, et de plus en plus intense à mesure qu’on approche de sa fin, si regrettée.
(1) Les hirondelles de Kaboul, livre oublié sur mon lieu de travail, regretté pendant toutes mes vacances, et désormais rendu illisible par la lecture de Tout ce que j'aimais.
par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Mardi 14 août 2007

Achevé le 8 août 2007 dans une chaleur de sable atténuée légèrement par quelques brasses dans une mer transparente, cet ouvrage est à la fois d'une complexité psychologique étonnante et d'une lecture très accessible. Bien que Sonoko, la narratrice rapportant cette histoire à un grand écrivain, nous laisse dès le début supposer le dénouement tragique vers lequel nous allons, nous n'imaginons pas sa complexité, et il est impossible de se résoudre à tant d'immaturité, tant de passion dévorante et inutile. Le japon des années 30 souffrait-il vraiment ainsi ? Il est impensable de délocaliser cette tragédie, ni même de changer sa temporalité. Cela dit, avant de lire un tel déchaînement de passions dévastatrices tout autant qu'incompréhensibles, il était impensable d'imaginer une telle histoire. A l'image de ses Confessions impudiques, Tanizaki offre ici tout un univers où les femmes, une fois encore, se montrent capables du pire pour assouvir leurs passions, leurs exigences. Trahison, mensonge, complot : entrez à votre tour dans un labyrinthe de sentiments dévorants.

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Lundi 13 août 2007

Concernant mes lectures, j'ai tenu quelques promesses, remplacé quelques livres par d'autres, oublié les derniers chez moi, évité d'emporter La recherche, trop volumineux pour ma voiture... voici une de ces lectures, encore :

 

 

Il semble que les analyses de tableau soient un sujet en vogue. En effet, la lecture d'images touche énormément la littérature contemporaine. De Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt que je suis en train de lire au Da Vinci Code de Dan Brown en passant par La tempête de Juan Manuel de Prada, nous assistons à l'émergence d'une catégorie d'auteurs qui se revendiquent comme des artistes complets capables d'écrire de la littérature incluant tous leurs talents d'érudits. Si ce dernier roman peut rappeler, dans ses premières pages, le Best-Seller qui fit de Marie-Madeleine et De Vinci le centre d'une intrigue, il faut se garder de ne pas confondre les deux ouvrages. L'intrigue de l'un est compliquée, orchestralement savante, grossièrement racoleuse. Celle de l'autre est plus simple mais à la fois plus tangible, plus poétique, plus personnelle. On l'aura deviné, mon suffrage va vers La tempête. L'auteur nous sert une intrigue qui n'est peut-être que le prétexte à l'évocation du tableau de Giorgione, nous explique que l'étude du tableau, au chapitre 7, a été faite par son père, et qu'elle n'a rien à envier aux professinnels. On sent l'auteur dans chaque page, dans sa manière de préférer les femmes à la cellulite abondante, dans sa façon de nous rappeler sans cesse lorsqu'il approche une femme qu'il est un célibataire endurci, proche du Sacerdoce. On reprend encore plusieurs fois de ces phrases répétitives qui, m'a dit mon petit nez, perdent sans doute de leur éclat à leur passage dans la langue française. C'est avant tout cette poésie, cette insistance à nous peindre Venise, aussi, comme une future Pompéï qu'il sera impossible de sauver des eaux, nauséabonde et mauribonde tout autant que jalouse de ses nombreux secrets, c'est tout cela qui prouve que l'auteur a fait un ouvrage plus personnel, et par conséquent, plus remarquable. Saluons au passage le petit logiciel de recoupement des ouvrages « analogues » mis en place sur le site d'Amazon. La tempête est conseillé par Amazon si vous avez aimé L'ombre du Vent de Carlos ruiz Zafon. Si vous n'avez encore lu aucun de ces deux ouvrages, vous avez alors manqué de très beaux moments de lecture contemporaine.

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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