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"Et après ? Une autre besogne... pourquoi ? Dans quel but ? Sans raison, il n'y a pas de but. Et à la fin de la journée qu'arrivera-t-il ? Rien. Et demain ? La même chose qu'aujourd'hui. (...) Non... elle ne pourra jamais. Attendre plutôt. Attendre que quelque chose  arrive... Ce soir ?." La femme de gilles, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.

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Les Slaves

Par Léthée
Samedi 23 mai 2009
Présentation de l'éditeur : Née à Saint-Pétersbourg, l'ambitieuse et sensuelle Tania fuit au Japon la révolution d'Octobre. Alors que son monde s'écroule, elle décide de séduire et d'épouser le fiancé de sa sœur. Ensemble, ils s'installent à Paris où la jeune femme s'imagine enfin accéder au bonheur. Mais, très vite veuve, elle passe de protecteurs en protecteurs et sombre peu à peu dans la misère et la folie.

Voilà un roman russe, une nouvelle fois, dont je me souviendrai pour avoir été imprégnée de son ambiance sombre et déroutante. Tania, l'héroïne déchue de ce court roman, ne réussit qu'une seule chose : c'est de vivre ce qu'elle voulait elle-même infliger à celui qui aurait pu être son premier, son dernier, son véritable bonheur. C'est en quelques pages la synthèse  d'une noirceur absurde, dramatique, et ici, presque tragique. On se souviendra de Tania comme d'une femme qui ne connait qu'une seule priorité : son plaisir. Tout le reste, et donc la vie-même, est une entité qui appelle éternellement une question demeurant sans réponse : pourquoi tout cela, pourquoi vivre, pourquoi continuer ?
Si Tania était à rapprocher des personnages de Sagan, qui volent eux aussi de protecteurs en protecteurs, ce serait sans le bonheur et le plaisir. Tania, c'est la femme libre poursuivie par l'angoisse du lendemain. Et c'est aussi la femme pour qui, lorsqu'elle s'en libère, tout devient possible.
Mais c'est aussi une femme libre par nécessité : car après quoi courir, sinon la liberté, lorsqu'on doit fuir sa patrie, s'exiler ? La liberté ne devient-elle pas le but de tous les voyages après l'exil ?

C'est un très beau texte qu'il faut sans doute relire une seconde fois pour s'imprégner tout à fait de ses subtilités. On retient toutefois, dès la première lecture, une noirceur, une cruauté, un sentiment d'angoisse dont il n'est pas facile de se séparer pendant plusieurs jours.
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Par Léthée Hurtebise
Jeudi 22 février 2007

Vingt ans après son essai sur L’art du roman, Milan Kundera fait paraître un autre essai en 7 parties (Conscience de la continuité - Die weltliteratur (La littérature mondiale) - Aller dans l'âme des choses - Qu'est-ce qu'un romancier ? - L'esthétique et l'existence - Le rideau déchiré - Le roman, la mémoire, l'oubli), constituées chacune de courts chapitres toujours étayés d’exemples concrets et argumentés de façon pédagogique, sur le roman de ses débuts à nos jours.

  Kundera, né en 1929, dévoile ses réflexions de lecteur et d’écrivain, à travers la littérature qui l’a constitué, celle de Cervantès, de Musil, de Gombrovitz, de Kafka, de Fielding, de Tolstoï, de Rabelais, de Proust (quelle importance qu'Albertine lui fut inspirée par une femme ou par un homme ? que la Joconde fut un modèle masculin ou féminin ?), de Flaubert, de Diderot. Ce dernier, qui avait déjà fait l’objet d’un hommage remarquable, à travers une pièce intitulée Jacques et son maître, n’est que très brièvement évoqué, tout comme ses œuvres, dont il ne parle que très occasionnellement.
Dans L’homme sans qualités, de Musil, tout est dit. Dans l’œuvre de Kafka, il faut voir l’ouvrage d’un visionnaire, qui a su dès le début du siècle, ce que deviendrait l’administration de nos jours. Kundera analyse certains passage de Madame BOVARY(dans lequel "L'une des plus fameuses scènes érotiques a été déclenchée par une banalité totale : un inoffensif emmerdeur et l'obstination de son bavardage"), d’Anna KARENINE, et insuffle à son lecteur l’envie de lire ce qui l’a ému, ce qui l’a forgé, et continue de le transporter grâce à son inégalable talent, celui d'expliquer ce à côté de quoi on était susceptible de passer, et sur quoi il fallait justement s'arrêter : ce qui est paradoxale, surprenant sans qu'on sâche pourquoi. C’est de son expérience de lecteur, plus que de son talent d’écrivain que Kundera nous parle. Jamais mis en avant dans ses propos, son talent est passé de l’autre côté du rideau, transformé en spectateur narrateur. Ravis d’être aveugles et de pouvoir l’écouter, il nous raconte alors, toujours en s’appuyant sur ses expériences, ses lectures, l’histoire du roman de l’est, du roman de l’Europe centrale telle qu’il l’a connue, subie parfois.

J'ai retenu particulièrement quelques citations éloquentes, telle que celle-ci à propos des "multiples significations du mot histoire" : "Dans la conscience collective, l'histoire du roman, sur toute sa durée qui s'étend de Rabelais jusqu'à nos jours, se trouve ainsi dans une perpétuelle transformation à laquelle participent la compétence et l'incompétence, l'intelligence et la bêtise et, au-dessus de tout, l'oubli qui ne cesse d'élargir son immense cimetière où, à côté des non-valeurs, gisent des valeurs sous-estimées, méconnues ou oubliées".
Tout au long de cet ouvrage, Kundera nous donne envie de lire, ou de relire les œuvres dont il nous parle. Ce grand admirateur du roman signe une nouvelle fois un essai à la fois rigoureux et simple, riche en enseignement et en émotion à la fois.

 

 

 © Léthée Hurtebise – 09 mai 2005

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