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Littérature de l'Est

Par Léthée
Jeudi 29 janvier 2009

A propos de
La pornographie,
de Witold Gombrowicz


Witold Gombrowicz fait partie de ces auteurs Galonnés que la plupart d’entre nous connaît de nom sans avoir véritablement approché sa littérature. Avec Faulkner, Dostoïevski, Cioran, Musil, il fait partie de ces monuments de la littérature qui font référence mais que nous hésitons à lire parce que justement, la référence fait peur. Il y a une connotation « Classique », un à priori lié certainement parfois au manque de confiance qui nous habite, mais aussi un aspect « sacré » dont nous avons beaucoup de mal à nous emparer.

Witold Gombrowicz a inspiré bon nombre d’auteurs bien connus, et parmi eux, Milan Kundera. Ce dernier citait bien volontiers et pêle-mêle Tandis que j’agonise, de Faulkner, Ferdydurke de Gombrowicz et L’homme sans qualités de Musil comme ses trois ouvrages fondateurs. Tout un programme à priori apparenté à l’Ulysse de Joyce, La recherche de Proust… J’ai pour ma part tenté un jour de lire celui de Joyce, j’ai cru que j’allais m’évanouir tellement mon cerveau avait de mal à établir des connections entre ce que je lisais et ce que cela signifiait. Hum. Je n’étais peut-être pas dans de bonnes conditions. Proust, pour le moment, je n’ai lu que le premier tome. Les autres m’attendent… mais ils ne sont pas perdus, ils ne sont jamais loin de moi. Lol.

Revenons à ce cher Witold. Je viens d’achever la lecture de La pornographie. Un collègue assez porté sur les allusions sexuelles me faisait remarquer, en lisant le titre de l’ouvrage, que je n’avais pas une tête à lire des cochonneries. Pfff… Mais il ne s’agit pas d’un ouvrage pornographique !!! ou…. Ou alors il s’agit d’une pornographie autrement plus intellectuelle que ces vilains jeux de quilles que nous téléchargeons par erreur lorsque nous recherchons le bon vieux Blanche neige de Walt Disney.

Witold Gombrowicz est né en 1904 en Pologne. Il était donc Polonais, mais aimait bien notre pays, où il est mort (à Nice) en 1969. Hum. Il publie en France Mémoires du temps de l’immaturité et Ferdydurke. La pornographie est publié en 1960. Gombrowicz s’intéresse à la Philosophie (L’existentialisme), les rapports entre les personnes (qu’il développe et étudie dans ses œuvres) et cultive l’anti-nationalisme. Hum. Mais parlons du roman :

Witold, le personnage (l’auteur joue ici son rôle) fait la connaissance de Frédéric. Ensemble, ils vont faire la connaissance de deux jeunes gens : la fille d’un ami, Hénia, qui est déjà promise à un avocat mature, Albert. Puis il y a l’aide du père d’Hénia, Karol. Ces deux jeunes gens sont environ du même âge, et dès que Frédéric et Witold les rencontrent (précisons que Witold et Frédéric, deux hommes d’âge mûr, ne se connaissent pas plus que ça), ils éveillent chez leurs ainés un curieux désir : celui de les voir s’accoupler. Bon. Expliquons.

Nous avons deux nuques aussi juvéniles et lisses l’une que l’autre. Deux jeunes gens, auxquelles elles appartiennent, qui sont aussi espiègles l’un que l’autre. Et à côté, nous avons deux pervers intellectuels qui s’ennuient visiblement et sont habités par la même obsession. Les deux jeunes gens finissent par se rendre compte de l’excitation des deux matures (le sont-ils vraiment, matures, ces deux-la ?) et entrent dans le jeu : ainsi, ils flirtent volontiers avec eux en se prêtant à des mises en scène somme toute très chastes (écraser un ver de terre unique en même temps, avec leurs deux pieds réunis sur le ver de terre…, se vautrer dans l’herbe, sans se toucher, mais en prenant soin de dénuder chacun une jambe…), des mises en scène donc auxquelles les deux hommes assistent mi-voyeurs, mi-falsificateurs.

Mais ces quatre personnages ne sont pas seuls, et bientôt, ils vont se retrouver dans un théâtre plus… sanglant, bien malgré eux au départ. Cependant, Frédéric est là pour veiller à la maîtrise de l’œuvre !

L’écriture de Gombrowicz rappelle le burlesque de Diderot, dans Jacques le Fataliste, l’absurde de Kafka, et la précision des auteurs du XIXème siècle.  Witold (le narrateur) semble aussi perdu que K dans Le procès. Frédéric est aussi hilarant que le Jacques de Diderot. Certaines scènes familiales sont dignes d’un Balzac.

Enfin, si vous vous attendez à lire un livre ennuyeux, trop intello, difficile à lire : vous vous trompez. Il se lit remarquablement vite et bien. L’auteur offre une aisance de lecture parfaite étant donné les relations plutôt… complexes qui sont établies entre les personnages. Ma scène préférée ?....

… celle du ver de terre bien sûr !

(Là c'est sûr, avec "pornographie" pour nommer mon image, et inclus dans mon article, je vais avoir plein de visiteurs ! )

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Par Léthée
Jeudi 15 janvier 2009
Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa sœur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu'elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge. Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L'amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ?. Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ?. Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.

Le dernier ouvrage de Bernhard Schlink marque un peu une rupture avec Le liseur, et Le retour. Il ne s'agit plus d'un parcours initiatique qu'on offre au lecteur. Il s'agit plutôt de revenir sur un passé, sur ses conséquences, à la lumière d'un retour à la liberté. Jörg, à sa sortie de prison, se sent une nouvelle fois jugé par ses amis. Il estime qu'il a payé pour ses fautes, tout en considérant, tout d'abord qu'elles n'en étaient pas, que ses actes étaient justifiés, jusqu'aux crimes.
Plusieurs questions sont soulevées par ce roman, d'une grande qualité : la violence est-elle la seule réponse possible à la violence ? Se battre pour le bien en faisant des victimes est-il légitime précisément parce que le mal fait des victimes aussi ? Le bien ne devient-il pas alors un mauvais combat ?
Et encore, sachant que les extrêmes répondrent aux extrêmes, qui engendrent à leur tour d'autres extrêmes encore, n'est-il pas normal que d'une génération à l'autre les torts se répercutent et se contredisent ?
Les personnages se retrouvent donc autour de cet homme à nouveau libre physiquement, mais perdu dans ses incapacités, car l'emprisonnement ne guérit pas forcément l'âme. C'est alors une sorte de débat organisé qui s'étoffe à mesure que les repas, les apéros s'enchaînent. On parle des rêves, des remords, des doutes. Finalement, les trois ne sont peut-être qu'une seule et même chose. On ne se retrouve que pour mieux constater que les dégâts du temps, ce fossé qui sépare les gens les uns des autres, parfois d'eux-même.
Bernhard Schlink s'applique particulièrement à peindre ses personnages. Certains plus que d'autres. Son expérience de juge le place au-dessus d'eux, à la distance qui nous permet d'apprécier chacune de leurs pensées, à mesure qu'ils les dévoilent.
Henner et Margaret forment un couple attachant, un peu à la manière du roman Le liseur, un couple qui ne s'explique pas, qui s'entend simplement et s'apprécie sans avoir besoin de mots. Ilse tisse sa propre version des faits sur le papier, se découvrant tout à coup une passion pour l'écriture.
Ce livre est évidemment aussi bon que les précédents. Ceux qui ont aimé Schlink l'aimeront encore avec ce dernier opus. Il se dévore vite, fait réfléchir, et donne envie d'être relu, car si c'est un bilan, il ne règle rien, bien au contraire. A lire sans modération !
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Par lethee
Lundi 4 août 2008
Dernièrement, j'ai lu Le retour, de Bernhard Schlink (voir magazine des livres n°11). On m'a dit, en me l'offrant, qu'il était la suite d'un autre livre : Le liseur. Un peu confuse, j'avouai ne pas l'avoir lu. Ceux de mon entourage qui eux, l'avaient lu avec passion, m'assurèrent qu'il s'agissait d'un superbe roman. Dans la foulée on m'espérait trouver le même plaisir à lire Le retour. A lire ce dernier, j'ai effectivement pris beaucoup de plaisir. Ouvrage plus dense que le premier, il est pourtant de la même veine, avec les mêmes préoccupations, et les mêmes passions, semble-t-il, que le précédent. Mais je ne m'étends pas davantage sur un livre dont j'ai déjà parlé. 
Comme l'indique un bref paragraphe, en prélude, « Bernhard Schlink est né en 1944. Il exerce la profession de juge. Il est l'auteur de plusieurs romans policiers couronnés de grands prix. »
A vrai dire, nul besoin de définir davantage le personnage, car ses romans nous apprennent davantage à son sujet que n'importe quelle biographie. 
Voici la présentation de l'éditeur, pour Le liseur : « A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. »

Le thème du parcours initiatique était donc déjà investi par l'auteur dans Le liseur. Déjà, il optait pour un récit s'inscrivant dans la durée, et dans la vie entière d'un jeune garçon devenant adulte, et qui se construit au fil de ses expériences. Dans ce roman, il s'agit davantage d'une initiation par l'amour, et par la découverte du plaisir et des secrets, des mystères qui l'entourent. Ce mystère de l'amour est rendu plus frappant encore grâce au personnage d'Hanna, portant un terrible fardeau. On ne peut s'empêcher de se questionner avec Michaël sur ce qui peut provoquer les réactions de son amoureuse, plus âgée ; cependant, on se dit que le regard de Michaël est celui d'un enfant de 15 ans, par qui l'on ne saurait tout comprendre et tout déchiffrer. Aussi, le mystère reste entier.
D'autant plus entier qu'il est à ce point grave, sans qu'on s'en soit douté. Là encore, Bernhard Schlink semble attacher beaucoup d'importance, et mêler peut-être une curiosité passionnée à la barrière si fragile qui sépare le bien du mal. Ainsi, ce roman est également l'occasion de réfléchir sur la possibilité d'être entraîné dans la spirale du mal, et de la mort, sans vouloir ses plus viles conséquences, simplement par « fuite » pour échapper à quelque chose qu'on croyait, subjectivement, insurmontable : la honte. L'auteur invite à une réflexion sur le choix d'un être qui ne peut prévoir ce qui se passera, ni quelles seront les conséquences du chemin qu'il aura choisi. Que ce soit dans le terrible choix d'Hanna, ou dans les simples réactions de l'adolescent face aux bizarreries de son amoureuse, le choix est toujours aussi difficile, quel que soit l'âge, quel que soit la gravité qu'il renferme et pourtant : il préoccupera davantage un enfant, un adolescent qui observe, qu'un adulte qui ne sait pas voir. 
Bernhard Schlink évoque par ailleurs avec une grande clairevoyance les désastres de l'Allemagne nazie, de la guerre, et de la manière dont le mal surgit, sans prévenir. De ce constat, on peut donc déduire que Le retour en est la digne suite, ou bien, une réflexion plus approfondie encore. Cependant, ce qui doit attirer l'attention dans le style de l'auteur, c'est cette capacité à créer des personnages bien réels, très proches, et psychologiquement des plus intéressants. Décortiquant leurs réflexions, leurs préoccupations, il nous montre ce qu'il est possible de percevoir de problèmes universels, en nous invitant à explorer la souffrance, la douleur, la joie, et plus que tout l'apprentissage, en nous plongeant au coeur du phénomène. C'est dans ce va et viens entre le particulier et le général que le lecteur s'accomplit du destin des protagonistes. Voilà une belle procuration pour de bien grandes expériences. 
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