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"Et après ? Une autre besogne... pourquoi ? Dans quel but ? Sans raison, il n'y a pas de but. Et à la fin de la journée qu'arrivera-t-il ? Rien. Et demain ? La même chose qu'aujourd'hui. (...) Non... elle ne pourra jamais. Attendre plutôt. Attendre que quelque chose  arrive... Ce soir ?." La femme de gilles, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.

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Les grands messieurs

Par Léthée
Mercredi 28 janvier 2009
Je ne vois pas comment présenter cet ouvrage autrement qu'en reprenant les mots de l'auteur :
"Le temps mort n'est pas une biographie romancée, Clémence est née de moi, je l'ai conduite dans son radieux malheur comme un enfant que l'on mène par la main. J'ai été chacun de ses bourreaux, l'une et l'autre de ses compagnes, son invisible amour, sa force et sa faiblesse, sa fierté, sa douceur."

Quatrième de couverture de ce roman très bref, que l'on pourrait sans doute lire, pourtant, comme le témoignage de toutes les femmes emprisonnées et déportées pendant la seconde guerre :
En 1943, alors que la France entière est occupée, Claude Aveline (101-1992) entre en clandestinité sous le nom de Louis-Marie Martin. En 1944, il publie Le temps mort, sous le pseudonyme de Minervois, aux Editions de Minuit, fondées par son ami le dessinateur Jean Bruller qui deviendra Vercors, l'auteur du Silence de la mer.
Prison, interrogatoires, brimades et humiliations : Aveline peint la vie suspendue d'une jeune Résistante française, Clémence, de l'instant où les Allemands l'arrêtent jusqu'à celui où elle arrive dans un camp de concentration.

Si ce récit paraît plus vrai que nature, l'auteur s'en explique : il a interrogé lui-même plusieurs de ses amies. Ainsi, dans le récit d'une femme, ce sont les récits de toutes les résistantes qui se rencontrent et ne font plus qu'un. De quoi faire réfléchir sur les talents et la nécessité de la littérature...
A lire absolument. Au delà du texte, on ressent la véritable nécessité d'une solidarité.
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Par Léthée Hurtebise
Jeudi 7 juin 2007

« L'âme se manifesta vers minuit. Elle marcha le long du rivage, écarta un buisson et descendit sur la grève. Elle m'y apparut, comme une petite blancheur. Cette blancheur erra un moment, puis s'approcha de l'eau. C'est alors que je perdis la tête. Je détachai la barque du mouillage, et tout doucement, à la perche, je la poussai. Elle m'obéit et se mit à glisser sur l'eau noire. »

 

Les aventures de Pascalet, lorsqu’il rencontre la rivière, ont le goût de la tentation. Récit d’enfance, récit d’initiation, ce petit bijou de langue divine a de quoi plaire autant aux adultes qu’aux petits. Pascalet découvre tout à la fois la peur, la solitude, le danger réel comme celui qu’on aime s’inventer parce que cette peur-la « est délicieuse », l’amitié, la culpabilité, la fierté et le courage. Henri Bosco décrit à merveille ces sentiments lorsqu’ils sont éprouvés par un enfant, une âme neuve et vierge. A lire pour le plaisir quand on est adulte, et pour pleins d’autres raisons secrètes lorsqu’on est enfant.

 

 

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Par Léthée
Lundi 5 mars 2007

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Par Léthée Hurtebise
Jeudi 22 février 2007

Gide. C’est toute une œuvre, tout un monde, tout un univers à connaître, à apprécier et à transmettre. C’est l’écriture de la femme effacée incarnant la raison, l’écriture de la recherche, l’écriture exigeante et contrainte, l’écriture poétique et provocante, innovante aussi. C’est enfin l’Arche que nous ne sommes pas près de retrouver sur les terres de la Grande Littérature. Pour autant de thèmes, de pensées, de mythes, de craintes abordés, il fallait au moins autant d’écrits, fussent-ils roman, journaux, correspondance, poésie, soties…

 
 Les femmes : jouées ou déjouées ?

 
 
Chez Gide, les femmes aimées succombent, et la quête véritable est éternellement ailleurs, et jamais nommée. Incontestablement, chez André Gide, la part fragile et sensible de l’écrivain passe par ces femmes maladives, maternelles, de passage, et pourtant essentielles. A toutes il donne le mal de respirer, le pouvoir de dire, puis les étouffe. De L’Immoraliste à la Symphonie Pastorale en passant par les Faux-monnayeurs et La porte étroite, elles succombent à sa plume, ardente et masculine. Il a le mérite d’avoir donné sa plus belle mort à Galatée, dans La symphonie Pastorale. Car c’était bien elle, dans cette sotie imprégnée de mythe. Elle qui renaissant au monde des mains de son Pygmalion en recouvrant la vue, n’en supportera pas le cruel amour. Retrouver la foi c’est aussi perdre quelque chose, et se perdre au profit de ce à quoi on se donne entièrement.

 
 Le dit par le silence

  Une étrange vérité s’est réfugiée dans les pages de Gide. Quelque chose d’indicible. C’est en effet ce qui n’est jamais dit ni expliqué qui émeut le plus, qui a cet attrait profond que l’âme tout entière du lecteur veut dévorer. C’est dans la pureté de son langage, dans la poésie de ses mots, précis, que le lecteur amoureux de belles lettres pourra se réfugier. De la pureté bouleversante de la langue dans La porte étroite, à la maîtrise des mots, et l’admirable travail de romancier dans Les Faux-Monnayeurs, Gide dit et montre ce qui est indicible. En ce début de siècle, combien ont été atteints par ces œuvres.. et pourtant : aujourd’hui plus rien ne pourrait plus choquer dans ses pages.

 
 La recherche d’un soi non éprouvé encore, à travers l’exigence d’une vraie littérature

 

L es Faux-monnayeurs, sans être un « roman à clés » - et chercher les clés dans cet ouvrage reviendrait à s’y perdre pour toujours, est pourtant l’œuvre qui contient le plus de la personnalité de l’auteur. Gide le concède lui-même dans un entretien radio accordé à Jean Amrouche sur la composition de l’œuvre (Entretiens « Les années de maturité »). Ce n’est cependant pas en Edouard qu’il faut chercher Gide -personnage symbole de l’écrivain raté dont l’auteur a toujours voulu s’écarter, mais bien à travers tous les personnages qu’il faut savoir reconnaître une part de lui, et plus encore la part de tous ses possibles. Jean Amrouche de préciser alors : « Il semble que vous soyez présent dans chacun des personnages du roman, sans qu’on ne puisse vous y rassembler dans un seul ». Aussi, Gide intègre cette citation de Thibaudet dans le précieux Journal des Faux-monnayeurs : « Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible […] Le génie du roman fait vivre le possible ; il ne fait pas revivre le réel. » Et l’auteur d’ajouter : « Cela me paraît si vrai (…) ». L’écrivain, à le lire, procède à une mise en abyme humaine, exclusive et envoûtante, dissertant dans ces pages de l’écriture de son roman, s’interrogeant sur l’écriture d’Edouard, son personnage, et de son journal. C’est une véritable écriture en recherche perpétuelle. Ce n’est pas pour rien que le seul roman de Gide est probablement le meilleur de cette première moitié de siècle. Le 3 janvier 1924, sur le point d’achever le livre, André Gide écrit ceci : « La difficulté vient de ceci que, pour chaque chapitre, je dois repartir à neuf. Ne jamais profiter de l’élan acquis - telle est la règle de mon jeu ». Ainsi, à chaque nouveau chapitre, c’est un nouvel effort qu’il faut fournir, un travail supplémentaire, une ardeur chaque fois renouvelée pour le bien de l’écriture. Aussi écrira-t-il plus tard, le 10 avril de la même année : « chaque nouveau chapitre doit poser un nouveau problème ». Combien d’auteurs aujourd’hui, peuvent-ils encore prétendre écrire de la sorte ? « Les jeunes gens ne savent plus ce que c’est que de porter longtemps une œuvre en soi.. » Gide, c’est celui qui a su s’imposer les contraintes destinées à un novice, et ce, jusqu’à sa dernière page.

 
 Dans L’immoraliste, Michel se cherche lui aussi. Il fuit, tel Emma Bovary, vers ce qui l’attire de plus en plus : ce qu’il ne possède pas et ne pourra jamais posséder sans perdre ceux qui l’aiment, c’est à dire la dépossession totale. Attiré par l’inconnu, mu par un désir animal de sensualité interdite, il perdra celle par qui la vie fut donnée. Car bizarrement, chez Gide, l’arrivée de la femme maternelle et raisonnable renvoie l’homme à la rupture de tout lien, amoureux ou religieux. Gide n’aura cessé de voyager dans l’insondable, et plus encore, il aurait fait ce beau cadeau à chacun de ses personnages : celui de leur donner à tous une vie imprégnée de ses possibilités ainsi retrouvées. Il fallait un Gide à notre littérature. Il lui fut nécessaire comme l’écriture l’est à l’écrivain.

 

 Léthée Hurtebise - le 5 août 2005 - La presse littéraire n°1

 

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