Par Léthée
Vendredi 14 août 2009
C'est ainsi, les nuages sont identiques de New-York à Paris. Quels que soient les symboles qu'ils emportent, ce sont toujours les mêmes, et le lieu ne change
rien au tout grandissant qui nous entoure.Josée et Alan sont mariés depuis dix-huit mois et entre eux s'insinue une jalousie maladive, étouffante.
Alan redoute tout autant qu'il convoite les aventures éventuelles de Josée. Par défi, Josée se laisse alors tenter, mais n'aspire au fond qu'à la rupture qu'elle n'est pourtant pas prête à assumer, car elle déteste (se) faire souffrir (?).
Dans Les merveilleux nuages Sagan offre comme souvent un décor mondain, fait de cocktails et de duperies, où l'amusement est facile et la déprime omniprésente et dénuée de fondement, tant le luxe environnant rend la vie confortable, presque trop.
Cependant, il y a comme presque toujours dans son écriture des vérités lyriques, universelles, de ces phrases qu'on voudrait noter dans un cahier précieux et ne plus jamais les oublier. Voici quelques perles qui feront de ce livre un des joyaux de ma bibliothèque.
"L'amour on le cherche. On se met à deux pour le chercher. Il se trouve que l'un des deux le possède. Dans ce cas c'était moi. Ma femme était ravie . Elle venait comme une biche manger dans ma main ce fruit tendre et inépuisable. C'était la seule biche que je supportasse de nourrir. (...) ma femme s'est gavée, ma femme a envie d'autre chose et ne supporte pas que je la nourrisse de force. Et pourtant j'ai toujours ce fruit qui me pèse dans la paume, et que je veux lui donner. Que faire ?" Propos d'Alan, page 62.
"Oui, c'était bien là le pire : la disparition de quelqu'un qui ait entière confiance en vous, qui vous ait remis sa vie." Page 68
"... quand tu es près de moi, la nuit, que nous avons chaud ensemble, alors je m'en fiche de mourir ; je n'ai qu'une peur, c'est que toi, tu meures. Bien plus important que n'importe quoi, que n'importe quelle idée, ton souffle sur moi. Comme un animal, je veille. Dès que tu te réveilles, je m'enfouis dans toi, dans ta conscience. Je me jette sur toi. Je vis de toi." Propos d'Alan, page 85
"De toute façon, ne prends pas l'air si féroce. Tu as l'air de... d'un enfant. En fait d'ailleurs, tu n'as jamais quitté ton enrance, elle marche près de toi, tranquille, pudique, lointaine, comme une double vie. Tes essais pour te rapprocher de la vraie vie sont bien infructueux..." Alan, page 88
"C'est comme si tu menais une vie double, dit-il, une autre vie qui te suit partout si proche de l'enfance que tu ne peux t'y arracher, une vie où tu es irresponsable et punie à la fois, toujours liée à des gens qui te jugent et auxquels tu donnes le droit de te juger, uniquement parce que tu peux les faire souffrir". Alan, page 95.
Sous n'importe quel nuage, aussi merveilleux soit-il, on ne change pas. Les nuages sont tous identiques.
Les merveilleux nuages, Françoise Sagan, Pocket, 153 pages, 5,50 euros.









Présentation de l'éditeur
Je suis
toujours très contente lorsque cela arrive, et donc, ça mérite grandement d'être signalé :
La mère dort : alors la fille veille. Et si
bien, au fond, qu'elle voit ce qui n'est pas, comme la plus salutaire des apparitions. Voici encore un ouvrage bien singulier de Nathalie Kuperman, qui offre à son personnage la possibilité d'une
présence fiable au sein même de son imagination.
J'ai eu la chance, il y a quelque temps, de lire cet ouvrage dans son édition originale. On m'a offert ce livre de chez Julliard, paru en 1965, pour noël. Il se trouve
que c'était une pure coïncidence : lors de l'achat, la personne n'avait pas demandé particulièrement la première édition mais au contraire, pour quelques euros de moins, une édition d'occasion.
On sait que J'AIME les livres d'occasion, car ayant été manipulés, ils sont plus souples.
« Maman, maman ? Dis-moi qui t’inspire le plus souffrance et peur ?
»
Sandra engage une femme de ménage, comme tout le monde, pour gagner du temps. Elle vit avec son mari, les deux fils de son mari, et Marta, sa fille. Sa
grand-mère aussi s'appellait Marta. C'est drôle, la femme de ménage aussi.
Suzanne, après des années de bons et loyaux services au sein de son entreprise, est licenciée durement pour avoir seulement égaré un dossier. Au lieu de rentrer chez elle, elle
s'assoit alors sur un banc. Des mois plus tard, elle est toujours sur ce même banc, où son mari lui rend parfois visite, avec un sandwich, ou bien avec une bassine pour laver son petit linge. Et
les gens observent. Comme elle le dit si bien "Je regarde les oiseaux. Tout le monde peut me voir.". Car les gens sont dérangés de voir que quelqu'un qui possède une maison ne va pas y dormir,
mais préfère, puisqu'on l'a mise dehors, rester sur un banc. Ce banc est pourtant public... et ce n'est pas la misère de cette femme licenciée que l'on condamne en créant un collectif, en signant
des pétitions. C'est bien évidemment la présence de cette femme, et de sa survie par tous les temps, à toute heure de la journée.
Marie est
un jeune garçon qui vit seul avec sa mère. Celle-ci cherche l’amour à tout prix, la sécurité, le double dans lequel elle pourra se réfugier avec ses décisions, qu’elle pourra par là même se
dispenser d’émettre. Ce « petit gars » (il s’appelle Marie Shortfellow) suit sa mère au fil de ses pérégrinations amoureuses, d’un homme à l’autre, déménageant au gré des déceptions de
celle-ci. Tels deux oiseaux, ils volent de ville en ville jusqu’au jour où ils rencontrent le révérend Splutter et ses deux enfants. Au lieu d’être un foyer secourable à cette petite famille
errante, les trois Splutter seront précisément ce « crépitement », qui marquera le début du combat et la fin de cette camaraderie fusionnelle entre Lula, la mère, et son fils Marie.
Crime de l’âme et crime du corps se joueront en duo, autour de Heather (1), qui telle la vénus Erycine, régit les passions amoureuses : mais des deux crimes c’est le premier qu’on
punira au nom du second. Quelle ironie quand le héros avoue volontiers ceci « incapable de simuler j’apprenais l’hypocrisie » : incapable de faire semblant par le corps, on ment
avec des mots.
te déteste. La faim donne des idées lubriques, mais
la nudité donne faim… combat incessant durant lequel rien n’est jamais comblé, le manque toujours présent, qui fait poursuivre encore et encore la quête d’un assouvissement inaccessible.
N’existe-t-il donc rien au monde qui puisse apaiser tout à la fois ? Seule la soif est inhumaine contrairement à la faim, qu’il tente de fuir alors qu’elle fait partie de lui. Lorsqu’il voit
la faim d’April, il reconnaît la sienne. Marie a trouvé sa « sœur affamée », mais une sœur ne suffit pas.
C'est en 1954 que Bonjour tristesse est publié pour la première fois chez Julliard. Neuf années seulement séparent la France de la guerre. C'est une France qui se reconstruit encore. Alors,
au même moment, une petite Françoise se plaît à peindre nonchalamment de longues heures de détente et d'ennui au bord de la plage, une petite jeunesse solitaire rechignant à travailler, quand ce
verbe flambe sur toutes les lèvres.
Présentation de l'éditeur : Un jour, il est parti. Lui qui l'avait vue naître et accompagnée depuis toujours, il s'est retiré dans sa solitude.
J'ai achevé Derrière l'épaule le 16 octobre. Chaque fois qu'on me demande par quoi commencer lorsqu'on veut lire Sagan, je me trouve impuissante car je n'ai lu d'elle que
trois ouvrages : Bonjour tristesse, Des bleus à l'âme, et Derrière l'épaule. Aussi, je renvoie presque toujours mes interrogateurs vers la spécialiste, qui se trouve
La
chamade. Lucile est entretenue par son amant, Charles, plus âgé qu'elle et fortuné. Elle rencontre Antoine, un jeune homme désargenté dont elle s'éprend. Parviendra-t-elle à renoncer
au confort d une vie aisée pour connaître enfin le véritable amour ?
Un orage immobile. L'auteur s'impose la rigueur de l'écriture du XIXe, et l'intrigue se déroule en 1830.
Le sang d'aquarelle. Sagan s'efforce d'écrire un livre où personne ne puisse s'identifier. Elle invente alors un personnage qui trompe, se trompe, et perd ce qu'il aime le plus,
« en toute bonne foi ».
Un chagrin de passage. Rien de mieux que la présentation faite par Sagan elle-même : « Ce chagrin de passage est très bien, sérieux et drôle, amer et juste, sensible et
sain. C'est d'ailleurs curieux à quel point ma littérature (...) peut être irrégulière, certes, mais saine.








Derniers Commentaires