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"Et après ? Une autre besogne... pourquoi ? Dans quel but ? Sans raison, il n'y a pas de but. Et à la fin de la journée qu'arrivera-t-il ? Rien. Et demain ? La même chose qu'aujourd'hui. (...) Non... elle ne pourra jamais. Attendre plutôt. Attendre que quelque chose  arrive... Ce soir ?." La femme de gilles, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.

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Par Léthée
Lundi 24 novembre 2008
    Presque un an après les élections présidentielles, Pierrette Fleutiaux publie un essai, sous forme de petits récits, consacré à la manière dont elle a vécu l'événement, de la campagne à l'après élections.
    Cette épisode de sa vie, elle le nomme joliment « La saison de mon contentement ». Car ce n'est pas une simple période, un banal passage. On devine rapidement que le point de départ de cet état, puis des réflexions qui vont suivre, c'est la présence d'une femme dans la compétition pour le plus haut poste de l'Etat. Or tout ce que fait cette femme est discrédité aux yeux de certains, voir disqualifié d'avance aux dires de certaines : ses tailleurs sont trop ceci ou trop cela, sa voix chevrotante, son maquillage, ses jambes (trop belles pour celles qui la détestent). Au fond, a-t-on pensé à critiquer la chemise de Sarkozy ? Les chaussures de Besancenot ? La cravate de Le Pen ? Sans doute les aurait-on trouvées normales, car tellement appropriées à l'idée du costume que l'on imagine pour un personnage politique de haute stature. Et pour cause : Ségolène Royal est une femme, elle !
    Pierrette Fleutiaux part donc de ce symbole qu'elle représente : la possibilité d'une femme présidente de la république. L'important n'est pas qu'il s'agisse de Ségolène ou Georgette, ce n'est pas tant la candidate, ou ce qu'elle représente en tant que politicienne, mais qu'elle incarne, elle, en tant que femme.
    Alors bien sûr, il s'agit d'un essai tout entier tourné vers la féminité et la manière elle est perçue, vécue à travers les époques qu'a traversées l'auteur, née en 1941. C'est aussi un roman féministe, imprégné donc d'un certain esprit de contestation. Pierrette Fleutiaux, au travers de petits événements de la vie quotidienne comme de grands événements politiques, et socio-culturels, pointe ce qui agace singulièrement les femmes : leur sexe porte une charge négative, c'est celui qu'on juge et qu'on se permet de juger injustement parce qu'on est dans une société d'hommes, encore aujourd'hui... Alors on sent bien qu'il ne faut pas grand chose pour titiller la colère des femmes, et qu'un petit rien peut s'étoffer en grand « ras le sac à main ». Cependant, l'auteur est si attachée au vocabulaire utilisé, de la manière la plus juste, et à une réflexion auto-critique et tournée vers l'objectivité, qu'il est difficile de ne pas comprendre, puis accepter tous ses arguments. Ce qui domine dans le discours, c'est ici une « susceptibilité utile », et plus que jamais nécessaire.
    Pointant tantôt certains articles du code civil en vigueur en 1940 : « article 213 : Le mari doit protection à la femme, la femme obéissance à son mari. », tantôt énumérant l'intérieur du sac des femmes, Pierrette Fleutiaux nous emmène dans ses pensées, dans son « bric-à-brac » tantôt happée par des détours, des parenthèses, des souvenirs, mais vite rattrapée par une interrogation multiple : pourquoi ce souvenir ? Quelle en est la signification ? Avec le recul, et ce temps qui sépare le souvenir du présent, que peut-on déduire ou comprendre ?
    En somme, elle raconte à la manière d'une femme, en suivant ce qui lui passe par la tête, mais toujours en s'interrogeant elle-même sur sa démarche, et avouant même parfois avoir confié ses écritures à la relecture de certains amis. Rien dans ce texte ne se veut sentencieux, surtout pas, mais au contraire toujours tourné vers la réflexion sensible, tirant vers une plus grande compréhension de la place accordée à la femme de nos jours, et la place qu'elle ose ou n'ose s'octroyer, traquant les fausses évidences et les clichés sournois. L'auteur malmène les généralités tant dans la bouche des autres que dans la sienne, se reprenant aussi sévèrement qu'autrui.
    Avec une grande clarté, Pierrette Fleutiaux se lance et nous entraîne dans une investigation à tâtons, explorant toutes les possibilités de réflexion, tous les thèmes qui pourraient aider à comprendre sa manière de vivre la campagne, la manière dont les femmes et la nation ont pu ou dû la vivre, et au bout du compte, on comprend l'enjeu majeur : tenter d'approcher au plus près la signification et l'enjeu de l'ascension d'une femme qui atteint la seconde place de l'échelle nationale, celle qui a failli devenir « La Présidente » et non « la première dame de France », présidente, elle, par procuration, présidente parce que soumise à la tutelle de son mari, et plutôt « faire-valoir ». Etre La Présidente, c'est s'affranchir de cette tutelle passée de père en gendre, c'est se faire reine de soi-même, inverser l'ordre des sexes, afin d'arriver à un seuil d'égalité totale, difficile à imaginer encore. Voilà ce à quoi la France a échappé pour certains, et ce qu'elle a manqué pour d'autres.
    Un passage, très beau et criant de vérité, retient particulièrement l'attention : «  Nous n'attendons pas d'elle qu'elle se fasse porte-voix du féminisme, ni qu'elle s'en réclame à tout instant, ce que justement elle ne fait pas. D'autres ont fait du féminisme leur spécialité, objet d'étude et ligne d'action spécifique. La présence d'une femme dans la dernière phase de la compétition présidentielle est le résultat de longs siècles de résistance, de luttes le plus souvent occultées, mais toujours reprises. La candidate, elle, est la preuve. Elle est l'incarnation du féminin, en elle le féminin reprend des forces et des couleurs, se met à exister en pleine lumière, là où si souvent il est à demi effacé, repoussé dans l'ombre, ou déformé, malmené. »
    A l'heure des premiers bilans, un an après l'élection, il semble judicieux de se replonger dans le souvenir de cette saison-là. Son propos reste terriblement actuel. Le combat des femmes pour leurs droits, plus simplement pour leur respect, pour leur reconnaissance, et pour leur ascension dans l'échelle sociale sera d'actualité tant qu'il nécessitera une revendication continuelle.
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Par lethee
Lundi 23 juin 2008
Présentation de l'éditeur : Devant le peu d'exigence du public et l'intronisation de la médiocrité dans l'arène médiatique, la littérature n'a que la ressource de l'esquive ; elle prend le maquis pour se sauvegarder elle-même, vivre à sa guise, continuer de développer dans ses ouvrages des perspectives de plaisir et d'élargissement dans la présence à soi-même et au monde. Jean-Pierre Otte dénonce les méfaits de la culture par tous, l'exception culturelle et autres petites infamies en art et en littérature, le parasitisme et l'onanisme oculaire. En même temps il s'efforce de comprendre l'avilissement et la platitude comme une étape nécessaire dans un processus de renouvellement. C'est dans l'ombre, en coulisse, en marge, que s'invente une culture nouvelle, libre, forte et fertile dont nous avons la plus grande nécessité dans le temps de la rupture et du passage.

J'ai bien failli ne finalement pas présenter ce livre, ne pas en parler, le taire, et surtout, ne pas aller au delà de la première partie, tant elle était sévère, sectaire et méchante. Mais si le discours tend vers l'intolérance, c'est pour mieux revenir ensuite sur l'intérêt de son contraire. A l'heure où les stars de cinéma, les joueurs de football, les chanteurs, et les femmes de ménage écrivent leur histoire, où l'on l'achète et la lit en grande quantité au détriment de la littérature dite érudite, intellectuelle et recherchée, il faut bien reconnaître que nous sommes à un point sacré de rupture et de passage. Comme le dit Jean-Pierre Otte : "Dans sa politique, la culture par tous a bénéficié de l'apport réellement étonnant des techniques nouvelles, notamment d'un étalage allant de l'appareil photo au caméscope numérique, si bien qu'il suffit d'acquérir le matériel, d'en actionner la commande, de produire le déclic, pour que l'on obtienne de toute maniètre quelque chose : tout le monde est capable d'une image." Le théâtre et la littérature n'échappent pas à cette règle. Il va plus loin "Un résultat qui pourrait même sembler artistique quant il joue avec les effets et les hasards, et qu'un discours intellectuel vient l'expliquer, l'enrichir et le porter à des hauteurs considérables". C'est ce que j'appelle intellectualiser la choucroute.
J'ai bien failli donc, ne pas terminer cet ouvrage, méchant, mais tellement vrai, vous le voyez. Quand je disais que le théâtre n'échappe pas à cette règle, de décors minimalistes et décodés, se voulant décalés et torturés lorsqu'ils ne sont que le symbole d'une rupture avec ce qu'il est trop compliquer de poursuivre, c'est à dire, le symbole d'une flemme fâcheuse et terriblement à la mode car, se suffisant dans sa différence pour être appelée "art" : "l'on a vu jouer Andromaque dans le décor d'un vestiaire sportif avec douches à senestre et chiottes à dextre ; Hamlet dans une casse de voitures, avec ça et là des matelas d'une étonnante qualité élastique pour assurer le rebondissement de l'action en même temps que celui des comédiens" (p.98). On ne peut pas faire du théâtre dans la pause, avec seulement un infirme, une échelle et deux jarres, comme Beckett, sans avoir le texte, ou prendre le texte et l'habiller de rien. L'art n'est pas seulement le fruit du hasard.
Il faut au contraire savoir étudier le passé, s'en nourrir, le réfuter oui, puis en ressortir grandi, et donner naissance à un art nouveau. Nous sommes à la charnière et de grandes choses vont se passer, mais ne se passent pas encore. Etudions donc : "L'entreprise est de récapituler les épisodes précédents pour émerger dans le présent et prendre pleine mesure, prendre même une démesure, connaître l'ivresse et le vertige, quand la créativité n'est d'abord que le désir de redonner une vie nouvelle aux échos de l'origine. Etre universel, a-t-on dit, c'est être unique et verser en même temps dans tous les sens. "
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Par lethee
Dimanche 1 juin 2008
Présentation de l'éditeur : Ils disent, par exemple : Apollon. Ou : la Grande Tenue. Ou : Râ, le dieu Soleil. Ou : Notre Seigneur, dans Son infinie miséricorde. Ils disent toutes sortes de choses, racontent toutes sortes d'histoires, inventent toutes sortes de chimères. C'est ainsi que nous, humains, voyons le monde : en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les autres grands primates. Notre imagination supplée à notre fragilité. Sans elle - sans l'imagination qui confère au réel un Sens qu'il ne possède pas en lui-même - nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les dinosaures. N.H.

Avec L'espèce fabulatrice, Nancy Huston se livre à un petit essai à propos des fictions. Lesquelles ? Toutes. De notre nom au projet de livre du romancier, en passant par la destination de vacances idéale ou les causes de la guerre : tout n'est que fiction. Nos croyances sont des fictions, des choses qu'on pourrait tout aussi bien (choisir de) ne pas croire. C'est cette citation de Romain Gary qui sert d'entrée en matière : « Rien n'est humain qui n'aspire à l'imaginaire ». En dix chapitres intitulés Naissance du sens – Moi Fiction – John Smith – Le cerveau conteur -En route pour l'arché-texte – Croyances – Fables Guerrières – Fables intimes – Persona, personnage, personne – Pourquoi le roman – Nancy Huston souhaite apparemment répondre à la question que lui posait jadis une détenue (ou bien est-ce un point de départ lui aussi fictionnel ?) : « A quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ? » (p.11). Elle explore alors, en dix thèmes, dix aspects de la fiction, de la réalité, et de l'imaginaire. Le sens n'existe que par l'humain qui est l'unique espèce à se raconter des histoires. Cette vérité-la me gêne beaucoup : « L'univers comme tel n'a pas de sens. Il est silence (p. 15)». Elle me gêne car elle relève tout de même d'un certain égocentrisme. Certes, l'homme se plaît à penser qu'il est le seul à pouvoir le faire (penser). Certes, nous sommes les seuls à faire réellement du bruit. C'est certain. Nous faisons tellement de bruit qu'au fond, nous finissons aussi par ne parler que de notre bruit. Tel un serpent qui se mord la queue, l'humain n'est capable de faire une chaîne redoutablement solidaire que dans le but de parler de lui-même. Lui-même étant son seul sujet de conversation possible, il est certain que le reste devient tout à fait insignifiant.. Il m'est avis que – sans vouloir verser dans le nihilisme ou la morale – la beauté a son propre sens. Autrement, pourquoi nous battons-nous depuis des siècles pour le découvrir ? Le mouvement a son propre sens : pourquoi n'en avons-nous pas encore découvert tous les secrets ? La théorie de Nancy Huston pourrait être juste, si elle n'était à ce point gênante : si je décide de la croire, je suis d'accord pour dire que l'univers n'existe que parce que je lui donne du sens, donc, qu'il n'existe que dans ma tête. Que c'est une fabulation. Des milliards de cerveaux imaginent donc chaque jour le monde. Laisse-t-on les femmes afghanes exprimer leur imaginaire ? Les africains ? Disons plutôt que le monde est fait de l'imagination de certains privilégiés qui entendent le posséder. Non, ce qui disparaîtra après notre départ, ce n'est pas la signification du monde, mais la signification de l'humain. Sans vouloir sortir la carte de l'écologiste, l'humain donne un autre sens au monde, mais ne lui donne pas tout son sens.
Oui, pour dire de telles choses, nous sommes des fabulateurs. Il n'y a par contre aucun doute là-dessus. Que notre mémoire soit une fiction, si bien qu'elle finisse par nous mentir : oui. On serait-tenté de dire bon sang, la guerre et les massacres ne sont-ils pas bien réels ? Certes, mais selon le raisonnement de Nancy Huston, si la guerre est réelle, elle est née de ce que les hommes ont imaginé : un autre monde, un autre idéal, un chaos. Donc une fiction. Je pourrais continuer ainsi, à reprendre l'ouvrage entier, cependant... je crois que je vais conclure par deux dernières choses. La première est cette page clé, qui résonne un peu comme une justification (p. 51) : « Voici les phrases que j'entends le plus souvent à mon sujet : « Elle cherche son identité » ; « Elle est déchirée entre plusieurs identités »... Non, non, je ne me porte pas mal du tout, merci. Simplement, le fait d'avoir occupé plusieurs cases sur l'échiquier identitaire me permet de voir le caractère fictif de l'identité des autres... ». Non. Tout ne va pas bien dans cette affirmation. Premièrement je dirai (pardon d'être aussi contradictoire ce matin) que chercher son identité n'est pas un signe de malaise. C'est probablement un signe d'intelligence. En second, il n'est pas sûr que l'on puisse affirmer le caractère fictif de l'identité des autres à partir de sa ou ses propres identités. Nancy Huston le dit elle-même.. tout n'existe que par l'imaginaire et par conséquent, dans notre tête. Nul ne peut se substituer à l'imaginaire de l'autre.
Mon imaginaire, le mien, vient de me montrer à mon bureau, dans cinq minutes environ, avec une bonne tasse de café bien chaude. Par conséquent, je vais poursuivre cette chose que j'appellerai volontiers désir – un désir bien réel qui me tient l'estomac, l'oesophage et les trippes – et mettre un terme à cet article en concluant.
Le meilleur chapitre est peut-être celui intitulé « John Smith ». Dans celui-ci, Nancy Huston invente de toute pièce un personnage, sa vie, sa mort, les conséquences de celle-ci... Cette petite fiction n'est là bien sûr que pour ettayer son essai sur la fiction. Cependant, c'est celui dans lequel elle a été la plus habile, la plus « Nancy Huston de l'époque de L'Emprunte de l'ange ». Le second chapitre le plus intéressant – et là Nancy Huston devient palpitante, fabuleuse plus que fabulatrice, c'est celui intitulé Persona, personnage, personne. Ce chapitre parle.. du roman et de la place du roman dans la vie de ceux qui les lisent. Ici elle donne des références littéraires plus qu'universitaires et raconte l'expérience d'une petite fille, Matilda, qui croit davantage aux personnages littéraires qu'à ceux tant chéris par sa mère, dans la Bible. Elle explique que le roman est enrichi par nos fictions, et que nos vies peuvent être enrichies en retour par la littérature. Voilà une bien belle pensée qui devrait faire réfléchir ceux qui trouvent idiot de devoir lire encore à l'école La princesse de Clèves.
J'en tire une conclusion toute bête. Nancy Huston est une vraie romancière, passionnée par le roman, qui est douée pour la fiction romanesque. Je cesserai désormais de lire ses essais. C'est un choix arrêté ; j'admire le fait qu'elle se documente autant, qu'elle s'enrichisse sans cesse et souhaite ensuite écrire un ouvrage sur un thème aussi complexe, auquel je n'ai probablement pas tout compris. Cependant une chose est sûre : son vrai métier est d'écrire des histoires telles que Dolce Agonia, avec des personnages de fiction auxquels on a envie de répondre, qu'on voudrait croire réels. A mon sens, le travail de l'Espèce fabulatrice est monumental et l'ouvrage que j'ai entre les mains ne peut être une version achevée : tant dans la consistance par rapport aux sources, que dans l'écriture qui est parfois trop journalistique et sentencieuse. Que l'auteur me jete une pierre s'il n'y a pas un fond de vérité. Je la recevrai pour de bon, et l'accepterai. Mais je ne cesserai pour autant de croire en la quasi-inutilité de ma lecture, du temps consacré à elle, que j'aurais mille fois préféré investir dans la lecture d'un bon roman à la Huston.

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Par Léthée
Jeudi 5 juillet 2007

On pourrait accu ser Nancy Huston, dès la lecture de son ouvrage Limbes/Limbo, de n’avoir publié qu’un de ses délires pendant lequel elle se serait prise pour Samuel Beckett. « Beckett, mon frère » dit-elle avant de le tutoyer. Ceux qui affirment une telle chose sont de simples jaloux. Elle nous montre au contraire qu’il y a du sens dans cet amas de mots sens dessus-dessous. Elle fait preuve d’humour, d’ingéniosité et plus encore on sent qu’elle est imprégnée de l’écriture de l’auteur. Cet ouvrage aurait pu s’intituler Dans la peau de Samuel Beckett. On se prend au jeu, on reconnaît le ton, la forme, le fond. On pourrait presque croire, si seulement il était permis de croire car croyez-vous, le voyez-vous est-ce permis ? qu’il s’est réincarné en femme, le temps de nous laisser un dernier bonbon pour la suite. Laquelle  ? mais voyons… « on pourrait continuer ainsi indéfiniment. C’est bien ça le problème. ». (Nancy Huston, Limbes, Actes Sud/Leméac, 2000, p. 41).

  

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Par Léthée
Mardi 19 juin 2007

Antoinette Weber-Caflish, Chacun son dépeupleur. Sur Samuel Beckett (Minuit, 1995).

 

J'aurais pu tout simplement classer cet ouvrage dans mes "Lectures 2007" mais puisqu'il s'agit d'un essai sur Le dépeupleur de Samuel Beckett, autant ouvrir une catégorie qui fera l'objet de plusieurs posts dédiés aux ouvrages de et sur l'auteur.

 

  Je n'ai pas apprécié cet essai très universitaire de Antoinette Weber-Caflish. Je lui ai préféré L'esthétique de Samuel Beckett, (disons-le d’emblée) plus universitaire encore, puisque thèse de Evelyne Grossman. Mon malheur ne vient donc pas de la nature de l'ouvrage mais du ton, et surtout du contenu.

 

Rappelons tout d'abord le sujet du Dépeupleur : C'est un texte très court écrit par Beckett bien sûr, et dans lequel une voix off décrit l'intérieur d'un cylindre. Celui-ci est très haut et ses habitants ne peuvent en sortir. Ils peuvent, au mieux - et s'ils sont "solidaires", utiliser des échelles pour aller toucher le plafond (c'est une hypothèse, et seulement cela), aller se nicher à tour de rôle dans des cavités dont ils devront forcément descendre pour laisser la place aux autres, attendre en bas des échelles pour justement attendre leur tour de monter, tourner en rond, ou bien attendre, comme Belacqua, la tête entre les jambes et les bras autour des mollets. Voilà la vie dans le cylindre. "Séjour où des corps vont chacun cherchant son dépeupleur". (intro). Ils cherchent, donc. Quoi ? Allez savoir.  On se demande tout de même ce qu'il y a dehors, et si le cylindre n'est pas une métaphore du tube digestif, ou de la mère. Peut-être les deux.

 

Il semble que Madame Weber-Caflish soit plus intéressée par la destinée finale des « corps » que par leur comportement dans le cylindre. Dans son ouvrage, elle remet en question les travaux d'Alain Badiou et Todorov, disant que l'un oublie de considérer certains éléments en présence et que l'autre interprète à tort le texte comme ne version du mythe de la caverne, qu'il se trompe en affirmant la nécessité du narrateur, et qu'il n'est pas "en phase" avec l'auteur.

 

Pour ma part, ce que je retiendrai de l'essai de cette dame, c'est qu'elle est très en phase avec les mathématiques et que c'est d'ailleurs regrettable de commencer l'essai par cet anéantissement scientifique et méticuleux de l'intérêt de son lecteur. Dès son premier chapitre, elle part dans des calculs de mètres carrés, au cube et autres py rigoureux. Les calculs sont faux, et alors ? Nous ne lisons pas Verne ni Poe, mais Beckett. Il me semble que la symbolique la plus intéressante se trouve ailleurs que dans les chiffres, en tout cas en ce qui le concerne.

 

Pour (en) finir et puisqu'il faut bien finir (et surtout faire court, ôtons à Agrippine ce qu’elle a dérobé), il n'est pas judicieux de nous rappeler d'abord la phrase de Pascal "Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort.", pour ensuite faire la leçon à "la critique" : "il me semble qu'il faut remarquer que les habitants du cylindre, quand ils entrent dans l'état de vaincus, ne meurent pas à proprement parler : ils s'immobilisent, ayant renoncé à chercher. C'est donc la critique qui - non sans de fortes raisons - prend la responsabilité de voir dans la posture des vaincus une image de la mort."

 

Alors, sur quel pied puis-je vous inviter à danser ?

 

 

 

 

 

 

 

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Par Léthée
Mercredi 13 juin 2007

Quatrième de couverture (excellente présentation) : Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont le ur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin. George Steiner souligne ainsi la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l'écrit en s'intéressant paradoxalement à ceux qui ont voulu - ou veulent - la fin du livre. Son éblouissante approche de la lecture va de pair ici avec une critique radicale des nouvelles formes d'illusion, d'intolérance et de barbarie produites au sein d'une société dite éclairée. Cette fragilité, répond Michel Crépu, ne renvoie-t-elle pas à un sens intime de la finitude que nous apprend précisément l'expérience de la lecture ? Cette si étrange et douce tristesse qui est au fond de tous les livres comme une lumière d'ombre. Notre époque est en train de l'oublier. Jamais les vrais livres n'ont été aussi silencieux.

Je ne sais si on peut déjà, dans notre génération de trentenaires, se préoccuper de la fin du livre. Mais il est vrai que certains se demandaient il y a 30 ans si il était vraiment nécessaire de se préoccuper de l’écologie. Aujourd’hui c’est une priorité comme la disparition de l’écrit le deviendra… dans 10 ans ? Peut-être moins. Tout va si vite. Hier encore en regardant un épisode de Desperate Housewives (saison 3, héhé..) nous constations que Lynette, cherchant à prouver à son fils que son voisin est un super héros, n’y parvient pas avec des mots. La preuve surgit lorsque, héroïquement, le voisin dégrafe sa chemise pour montrer un énorme « P » (comme Protector Man) trônant sur son torse.

L’image. C’est elle qui prend le dessus. Gare à nous ! La faute revient autant à ceux qui ne savent plus se servir des mots qu’à ceux qui ont toujours préféré les livres d’images et la zapette.

De Steiner je n’apprécie pas autant le Silence des Livres que son Nostalgie de l’absolu. Sa manière de pensée, et sa façon de tourner son argumentation me gênent, cependant : « Quand l’appareil de répression le cède aux valeurs véhiculées par les mass media et au battage publicitaire, comme c’est le cas aujourd’hui en Europe occidentale, on assiste au triomphe de la médiocrité. » (p. 32).

C’est curieux, la lecture ce cet essai me fait penser que Steiner, sans son incroyable érudition, n’aurait jamais pu produire autant. Pourtant, rappelons nous cette interview de l’ex-candidat (Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. - la suite ici).

 

Peut-être suffit-il selon lui de l’oral pour véhiculer ces choses qui ne sont après tout qu’éphémères. J’aime ce passage où tout à coup je surprends notre Président barbu, agenouillé sur le sable, à Brégançon.. : « Jusqu’à quel point, au sens propre, matériel, Jésus de Nazareth fut un illettré demeure une énigme épineuse, parfaitement insoluble. Comme Socrate, il n’a rien écrit, ni publié. La seule allusion faite dans les Evangiles à l’acte d’écrire revient à Jean, lorsque, de manière parfaitement énigmatique, il rapporte, dans l’épisode de la femme adultère, que Jésus trace des mots sur le sable. Des mots en quelle langue ? Et qui signifiaient quoi ? Nous ne le saurons jamais, parce que Jésus les efface aussitôt. La sagesse divine incarnée dans l’homme Jésus met en échec la sapience formelle et textuelle des clercs et des érudits du Temple. Jésus enseigne en paraboles, dont l’extrême concision, le caractère lapidaire en appellent éminemment à la mémoire. Une ironie tragique veut que le rapport le plus étroit qu’il ait entretenu avec un texte écrit ait été sur la croix, sous la forme de cette inscription moqueuse fixée au-dessus de sa tête. » (p. 15-16)

 

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