Presque un an après les élections présidentielles, Pierrette Fleutiaux publie un essai, sous forme de petits récits, consacré à la manière dont elle a vécu l'événement, de la campagne
à l'après élections.Cette épisode de sa vie, elle le nomme joliment « La saison de mon contentement ». Car ce n'est pas une simple période, un banal passage. On devine rapidement que le point de départ de cet état, puis des réflexions qui vont suivre, c'est la présence d'une femme dans la compétition pour le plus haut poste de l'Etat. Or tout ce que fait cette femme est discrédité aux yeux de certains, voir disqualifié d'avance aux dires de certaines : ses tailleurs sont trop ceci ou trop cela, sa voix chevrotante, son maquillage, ses jambes (trop belles pour celles qui la détestent). Au fond, a-t-on pensé à critiquer la chemise de Sarkozy ? Les chaussures de Besancenot ? La cravate de Le Pen ? Sans doute les aurait-on trouvées normales, car tellement appropriées à l'idée du costume que l'on imagine pour un personnage politique de haute stature. Et pour cause : Ségolène Royal est une femme, elle !
Pierrette Fleutiaux part donc de ce symbole qu'elle représente : la possibilité d'une femme présidente de la république. L'important n'est pas qu'il s'agisse de Ségolène ou Georgette, ce n'est pas tant la candidate, ou ce qu'elle représente en tant que politicienne, mais qu'elle incarne, elle, en tant que femme.
Alors bien sûr, il s'agit d'un essai tout entier tourné vers la féminité et la manière elle est perçue, vécue à travers les époques qu'a traversées l'auteur, née en 1941. C'est aussi un roman féministe, imprégné donc d'un certain esprit de contestation. Pierrette Fleutiaux, au travers de petits événements de la vie quotidienne comme de grands événements politiques, et socio-culturels, pointe ce qui agace singulièrement les femmes : leur sexe porte une charge négative, c'est celui qu'on juge et qu'on se permet de juger injustement parce qu'on est dans une société d'hommes, encore aujourd'hui... Alors on sent bien qu'il ne faut pas grand chose pour titiller la colère des femmes, et qu'un petit rien peut s'étoffer en grand « ras le sac à main ». Cependant, l'auteur est si attachée au vocabulaire utilisé, de la manière la plus juste, et à une réflexion auto-critique et tournée vers l'objectivité, qu'il est difficile de ne pas comprendre, puis accepter tous ses arguments. Ce qui domine dans le discours, c'est ici une « susceptibilité utile », et plus que jamais nécessaire.
Pointant tantôt certains articles du code civil en vigueur en 1940 : « article 213 : Le mari doit protection à la femme, la femme obéissance à son mari. », tantôt énumérant l'intérieur du sac des femmes, Pierrette Fleutiaux nous emmène dans ses pensées, dans son « bric-à-brac » tantôt happée par des détours, des parenthèses, des souvenirs, mais vite rattrapée par une interrogation multiple : pourquoi ce souvenir ? Quelle en est la signification ? Avec le recul, et ce temps qui sépare le souvenir du présent, que peut-on déduire ou comprendre ?
En somme, elle raconte à la manière d'une femme, en suivant ce qui lui passe par la tête, mais toujours en s'interrogeant elle-même sur sa démarche, et avouant même parfois avoir confié ses écritures à la relecture de certains amis. Rien dans ce texte ne se veut sentencieux, surtout pas, mais au contraire toujours tourné vers la réflexion sensible, tirant vers une plus grande compréhension de la place accordée à la femme de nos jours, et la place qu'elle ose ou n'ose s'octroyer, traquant les fausses évidences et les clichés sournois. L'auteur malmène les généralités tant dans la bouche des autres que dans la sienne, se reprenant aussi sévèrement qu'autrui.
Avec une grande clarté, Pierrette Fleutiaux se lance et nous entraîne dans une investigation à tâtons, explorant toutes les possibilités de réflexion, tous les thèmes qui pourraient aider à comprendre sa manière de vivre la campagne, la manière dont les femmes et la nation ont pu ou dû la vivre, et au bout du compte, on comprend l'enjeu majeur : tenter d'approcher au plus près la signification et l'enjeu de l'ascension d'une femme qui atteint la seconde place de l'échelle nationale, celle qui a failli devenir « La Présidente » et non « la première dame de France », présidente, elle, par procuration, présidente parce que soumise à la tutelle de son mari, et plutôt « faire-valoir ». Etre La Présidente, c'est s'affranchir de cette tutelle passée de père en gendre, c'est se faire reine de soi-même, inverser l'ordre des sexes, afin d'arriver à un seuil d'égalité totale, difficile à imaginer encore. Voilà ce à quoi la France a échappé pour certains, et ce qu'elle a manqué pour d'autres.
Un passage, très beau et criant de vérité, retient particulièrement l'attention : « Nous n'attendons pas d'elle qu'elle se fasse porte-voix du féminisme, ni qu'elle s'en réclame à tout instant, ce que justement elle ne fait pas. D'autres ont fait du féminisme leur spécialité, objet d'étude et ligne d'action spécifique. La présence d'une femme dans la dernière phase de la compétition présidentielle est le résultat de longs siècles de résistance, de luttes le plus souvent occultées, mais toujours reprises. La candidate, elle, est la preuve. Elle est l'incarnation du féminin, en elle le féminin reprend des forces et des couleurs, se met à exister en pleine lumière, là où si souvent il est à demi effacé, repoussé dans l'ombre, ou déformé, malmené. »
A l'heure des premiers bilans, un an après l'élection, il semble judicieux de se replonger dans le souvenir de cette saison-là. Son propos reste terriblement actuel. Le combat des femmes pour leurs droits, plus simplement pour leur respect, pour leur reconnaissance, et pour leur ascension dans l'échelle sociale sera d'actualité tant qu'il nécessitera une revendication continuelle.









Présentation de l'éditeur :
Avec L'espèce fabulatrice, Nancy Huston se livre à un petit essai à
propos des fictions. Lesquelles ? Toutes. De notre nom au projet de livre du romancier, en passant par la destination de vacances idéale ou les causes de la guerre : tout n'est que fiction. Nos
croyances sont des fictions, des choses qu'on pourrait tout aussi bien (choisir de) ne pas croire. C'est cette citation de Romain Gary qui sert d'entrée en matière : « Rien n'est humain
qui n'aspire à l'imaginaire ». En dix chapitres intitulés Naissance du sens – Moi Fiction – John Smith – Le cerveau conteur -En route pour l'arché-texte – Croyances – Fables
Guerrières – Fables intimes – Persona, personnage, personne – Pourquoi le roman – Nancy Huston souhaite apparemment répondre à la question que lui posait jadis une détenue (ou bien est-ce un
point de départ lui aussi fictionnel ?) : « A quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ? » (p.11). Elle explore alors, en dix thèmes,
dix aspects de la fiction, de la réalité, et de l'imaginaire. Le sens n'existe que par l'humain qui est l'unique espèce à se raconter des histoires. Cette vérité-la me gêne beaucoup :
« L'univers comme tel n'a pas de sens. Il est silence (p. 15)». Elle me gêne car elle relève tout de même d'un certain égocentrisme. Certes, l'homme se plaît à penser qu'il est
le seul à pouvoir le faire (penser). Certes, nous sommes les seuls à faire réellement du bruit. C'est certain. Nous faisons tellement de bruit qu'au fond, nous finissons aussi par ne parler que
de notre bruit. Tel un serpent qui se mord la queue, l'humain n'est capable de faire une chaîne redoutablement solidaire que dans le but de parler de lui-même. Lui-même étant son seul sujet de
conversation possible, il est certain que le reste devient tout à fait insignifiant.. Il m'est avis que – sans vouloir verser dans le nihilisme ou la morale – la beauté a son propre sens.
Autrement, pourquoi nous battons-nous depuis des siècles pour le découvrir ? Le mouvement a son propre sens : pourquoi n'en avons-nous pas encore découvert tous les secrets ? La théorie de Nancy
Huston pourrait être juste, si elle n'était à ce point gênante : si je décide de la croire, je suis d'accord pour dire que l'univers n'existe que parce que je lui donne du sens, donc, qu'il
n'existe que dans ma tête. Que c'est une fabulation. Des milliards de cerveaux imaginent donc chaque jour le monde. Laisse-t-on les femmes afghanes exprimer leur imaginaire ? Les africains
? Disons plutôt que le monde est fait de l'imagination de certains privilégiés qui entendent le posséder. Non, ce qui disparaîtra après notre départ, ce n'est pas la signification du monde, mais
la signification de l'humain. Sans vouloir sortir la carte de l'écologiste, l'humain donne un autre sens au monde, mais ne lui donne pas tout son sens.
ur histoire, comme toutes les autres
productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin.







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