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"Et après ? Une autre besogne... pourquoi ? Dans quel but ? Sans raison, il n'y a pas de but. Et à la fin de la journée qu'arrivera-t-il ? Rien. Et demain ? La même chose qu'aujourd'hui. (...) Non... elle ne pourra jamais. Attendre plutôt. Attendre que quelque chose  arrive... Ce soir ?." La femme de gilles, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.

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Théâtre, Cinéma, sorties

Par Léthée
Mardi 4 août 2009


Vu hier un film fabuleux, parce qu'il s'agit d'un adaptation de Le liseur, de Bernhard Schlink, et qu'elle est incroyablement bien réussie. Les acteurs sont époustouflants, le thème est comme toujours chez l'auteur en rapport avec l'enfermement, la réflexion, les horreurs de la guerre, la justice... et l'apprentissage de l'humain au travers de son parcours.
Le film est donc très fidèle au livre, et ce n'était pas une chose facile. Je vous invite à le découvrir très vite : vous ne regretterez pas d'avoir échappé deux heures durant au soleil capricieux de cet été.
Pour ceux qui n'ont pas lu le livre :  un jeune homme, à l'âge de seize ans, est initié aux plaisirs sensuels par une femme plus âgée que lui, en même temps qu'il lui fait la lecture d'oeuvres aussi sacrées qu'indétronables de la littérature.


Des années plus tard, il découvre que Hannah Smith, disparue du jour au lendemain, est jugée pour s'être engagée auprès des SS comme gardienne de camp de concentration.
Aussi, la question que pose l'ouvrage (le film aussi) n'est pas d'ordre moral (l'initiation à l'amour d'un adolescent par une femme plus âgée, le choix de faire ou non sortir des femmes d'une église en flammes). Elle est bien plus subitile que cela : de celui par qui l'on apprend tout, qui nous initie, notre passeur, notre pygmalion, que connaît-on au fond ? Qui est-il ? Que comprend-il et comprend-il autant de choses que ce qu'il nous apporte en retour ? Enfin, évolue-t-il au fil des années ?
Un film riche, à voir absolument : pour la beauté de ces corps qui s'assemblent dans l'interdit, pour le regard qu'on nous invite à porter sur une gardienne des camps, et pour sa psychologie très très fine.



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Par Léthée
Vendredi 31 juillet 2009
Je ne les ai pas forcément vus dans cet ordre, mais je vais essayer de vous faire un petit compte-rendu.
Je commence par mon préféré :



Voici ce que propose Allociné comme résumé... "L'itinéraire d'un jeune délinquant qui, après avoir volé une voiture et tué un policier, est traqué par la police...". C'est bien entendu trop insuffisant pour donner envie de voir ce film de Godard, sorti en 1960. D'abord, il y a quelque chose de très "Sagan" dans ce Belmondo dénommé Michel, amoureux fou de la belle Patricia, qu'il ne cesse de poursuivre pour "coucher avec elle encore une fois". Il vole des voitures, les revend, chantonne en faisant des excès de vitesse. Il est beau, pas méchant mais recherché pour le meurtre d'un policier. La faute de trop. Voici la bande annonce, que je trouve remarquable :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18786920.html


Ensuite, j'ai vu :



Into the Wild, un film de Sean Penn sorti l'année dernière. Annonce d'Allociné : "Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.
Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.
Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature."

Je reconnais que le périple de ce jeune en quête de pureté, de liberté, de nature, peut être agaçant pour certains, qui sont plutôt à l'aise dans la société de consommation. Surtout quand on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie, et surtout ce qui se passe ensuite. Mais voilà, il y a une idée dans cette histoire qui me plaît : c'est celle d'abandonner tout ce dont on peut tout à fait se passer, et ne vivre que de l'essentiel, quitte à ne pas savoir trouver cet essentiel à un moment donné. Qui n'a jamais rêvé de ne pouvoir se contenter que de trois objets, peu d'aliments, et pour seul loisir la contemplation de la nature ?
Ensuite, ce film possède une bande son extraordinaire, totalement orchestrée et composée par Eddie Vedder, un nom à retenir absolument.

Plus d'infos sur ce film



Ensuite j'ai vu :
Après l'Océan de Eliane de Latour



Voici l'annonce d'Allociné : Otho et Shad ont quitté Abidjan pour l'aventure sur les terres européennes. Ils rêvent de revenir au pays en bienfaiteurs.Otho reconduit à la frontière sans rien, devient un paria chez lui. Shad, après affrontements et bagarres dans les mégapoles  du nord, rentre en héros mais pas "clean, clean" comme il l'aurait voulu.


Ce film est tout simplement énorme. J'ai aimé ce maniement des langues mêlées : le langage des rues, le français, l'espagnol, l'anglais, l'africain. Toutes ces langues se chevauchent en une même phrase et cela résume bien la complexité d'un tel sujet, se voir et se projeter ailleurs pour pouvoir vivre ici, ou rester ici pour échapper à l'emprise du désir d'avoir davantage au prix du déshonneur. C'est une belle histoire, très bien tournée. Les acteurs sont bouleversants. Seul reproche : on ne perçoit pas assez le combat de Otho pour reconquérir l'estime des siens, de retour au pays sans argent. Lui non plus n'est pas "clean clean"... une fois revenu au bled. Un film à voir absolument. enlace l'Afrique et l'Europe à travers deux destins : l'ascension à tout prix et la lutte contre le déshonneur. Là encore la bande son est magnifique, et la prestation de Marie-Josee Croze également très réussie. Bravo.


Plus d'infos sur ce film


Ensuite j'ai vu le dernier Harry Potter... mais... d'abord je pense qu'il faut vraiment avoir vu les autres avant, s'en souvenir, ou avoir lu le livre pour bien comprendre ce qui se déroule dans l'épisode. Ensuite je trouve qu'il nous attardait trop sur les histoires d'amour des ados, certes mignonnes, et pas assez sur le mystère des Horcruxes. Et il y avait un élément important  à ne pas négliger, au sujet de Rogue, qui n'a même pas été exploité. Donc je n'en parlerai pas davantage, si ce n'est juste pour dire que c'est toujours agréable à regarder, parfois drôle, parfois juste angoissant ce qu'il faut, et tout de même sacrément bien réussi sur le plan de la qualité des images.

Je reviendrai vers vous dans quelques temps...

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Par Léthée
Lundi 15 juin 2009

Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.
        Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie »« Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».
        Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.
        Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.
        Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.
        Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.
        A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.
Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.
        Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.

        La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli.        Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit
        « La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres. Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.

        La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du p’tit pavillon.         C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.
        Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.
        On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.
        Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.
        Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français.        Menacé il disparaîtra.
        Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes. L’agglomération parisienne est la plus pauvre du monde en espaces verts. Cependant la destruction systématique des parcs anciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la résidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.
        Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.
        Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.
        Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.
        Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduction de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.
        Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?
        Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.

        Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.
- Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions
- Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions
- Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport : 75%
- Déficit en jardin d’enfant : 99%
- Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29
- Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%
- Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.
- A la Faculté de lettres : 0,2%
- Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0

        La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.
        Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite.        Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour. Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.

        L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.
        D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.
        De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir.        Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile. Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.

        Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.
        Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.
        Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère.         La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.
        La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.

[Texte écrit par Maurice Pialat. Voix-off de Jean-Loup Reinhold.]

L'Amour existe (1960)

Films de la Pléiade. 22 min. 
Réal. et comm. : Maurice Pialat.
Prod. : Pierre Braunberger. 
Photo. : Gilbert Sarthre, assisté de Jean Bordes-Pages. 
Commentaires dits par Jean-Loup Reinhold. 
Mus. : Georges Delerue. 
Montage : Kenout Peltier assisté de Liliane Korb. 
Dir. de prod. : Roger Fleytoux. 
Assistant réal. : Maurice Cohen.
Texte : Maurice Pialat
Photo : Léthée Hurtebise 
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Par Léthée
Dimanche 1 mars 2009
Anne-Marie (Dominique Blanc) a 47 ans. Elle a un petit ami, Alex (Cyril Gueï), bien plus jeune qu'elle. Elle est assistante sociale. Elle passe donc ses journées à tenter de colmater la brèche qui s'étend dans d'autres vies, qui ne sont pas la sienne. Elle tente de persuader les gens que leur vie n'est pas vide, ou du moins, qu'il ne tient qu'à eux de la remplir.
C'est dans ce contexte qu'elle va rompre. Alex et Anne-Marie sont pourtant bien ensembles, et Alex n'a aucunement l'intention de « rencontrer quelqu'un, quelqu'un de son âge » comme Anne-Marie le lui suggère. Elle rompt pour le laisser « vivre sa vie », et pour tenter, elle, de vivre tout court.
C'est alors que tout bascule, car soudainement, c'est la vie de Anne-Marie qui devient vide : 47 ans, pas d'amant. C'était pourtant son souhait, et c'est donc de sa faute si tout à coup elle n'a plus d'autre occupation que d'explorer son propre vide. Elle n'a plus qu'une idée en tête, connaître l'âge, le nom, la situation, le visage de sa remplaçante. Cette quête l'emmène loin car on comprend que ce qui fait qu'elle se perd alimente son besoin de chercher l'autre, et le fait de trouver l'autre, accentue sa propre dérive.
Voici donc un sombre théâtre danaïdien, comme seules les femmes peuvent les orchestrer ! Anne-Marie cherche et traque l'autre, mais ce qu'elle ne voit pas tout de suite, c'est que traquer l'autre, c'est se traquer soi-même en l'autre. La jalousie n'est que le plus grave symptôme de l'auto-destruction, et à ce jeu, les femmes sont une horde de maîtresses sanguinaires, toujours prêtes à (se)porter des coups. Si les hommes sont jaloux par besoin de possession, les femmes sont surtout jalouses par crainte de ne plus voir leur propre reflet dans le regard de l'autre, de devenir ce vide qui doit être à tout prix comblé, tâche pour laquelle elles sont nées.
Dominique Blanc, magistrale comme d'habitude, porte sur ses épaules toute la tension du film. Elle est la chasseuse, l'inquisitrice et l'instigatrice de son malheur : au fond, n'est-elle pas celle par qui le malheur est arrivé ? Ah ! Obsession terrible qui consiste à créer soi-même un manque pour demeurer dans le désir et la frustration !
Les réalisateurs, Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, offrent là un tableau sombre et angoissant, forçant parfois le spectateur à incarner ce rôle ambigu de L'autre, cette part de nous qui nous inquiète et nous observe, cet autre côté du miroir que l'on surprend parfois au jeu de la liberté, oui, que l'on surprend parfois à danser dans notre dos, comme une ombre de nous-même qui prendrait soigneusement ses aises, pour nous torturer.

Il s'agit d'une libre adaptation du roman d'Annie Ernaux, L'occupation. Il ne pouvait sans doute pas exister plus belle illustration de ce mot, pourtant chassé du titre du film. Comme l'actrice principale, ce film est magistral.
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Par Léthée
Lundi 23 février 2009

L’étrange histoire de Benjamin Button, vue par David Fincher


Il y a peu, j’ai donc été voir comme promis le film qui devait illustrer un peu la déjà très imagée nouvelle de Scott Fitzgérald. J’ai trouvé le début un peu déroutant, car contrairement à la nouvelle, le père abandonne Benjamin en voyant que c’est un bébé flétri aux articulations tordues et grinçantes. C’est déroutant car dans la nouvelle, le père n’abandonne pas l’enfant.

 

Je me souviens alors qu’il s’agit d’une libre adaptation, et, bien que sur mes gardes, je suis très attentive et très réceptive aux émotions que suscitent l’histoire.

David Fincher opte pour une mise en abîme très en vogue au cinéma, et qui, somme toute, correspond bien à ce type d’histoire : L’histoire de Benjamin Button se déroule de 1918 aux années 2000,  mais nous est rapportée par son journal, qui est lu par la fille de l’amour de sa vie (Cate Blanchett). Celle-ci souhaite en effet entendre le récit de son vieil amant au seuil de sa vie, alors qu’un ouragan menace de ravager l’hôpital où elle se trouve (oui, ça fait beaucoup de choses, et surtout, beaucoup plus que dans la nouvelle).

On l’aura compris, adapter une nouvelle en faisant un film de presque 3 heures, c’était suspect : voilà le mystère levé ! David Fincher tisse autour de l’histoire de Benjamin l’Histoire de tout un siècle, avec les périodes aussi variées que celui-ci (le XXème donc) peut connaître : victoire des USA lors de la grande guerre, arrivée de nouvelles technologies destructrices, cruauté politique et espionnage, les temps difficiles du cinéma et l’essor des nouvelles expressions  artistiques dans le domaine musical (ballets, musique – avec les Beatles).

Pour faire un film conséquent, et donner le temps au spectateur de s’imprégner du thème exploré par la nouvelle de Fitzgérald, il a donc fallu que David Fincher étoffe un peu l’histoire. Soit.

Je dirais que le tout est assez réussi : les acteurs servent magistralement le morceau. Brad Pitt est en effet méconnaissable, époustouflant de sincérité. Cate Blanchett est magnifique, impressionnante de vérité du début à la fin (si bien que je ne sais même pas quel âge elle peut avoir en réalité… et je n’ose pas briser mes rêves en vérifiant). Tous deux bénéficient d’un maquillage renversant tout au long du film. Les autres acteurs servent le film également par leur présence originale, comme un piment qui relève encore le tout.

Si David Fincher a brodé, c’est pour mieux dévoiler encore l’épaisseur des inquiétudes qui habitaient l’écrivain, tout au long de sa vie : un corps qui trahit par son vieillissement, un temps qui ne s’arrête pas de tourner, des êtres chers qui disparaissent, la perte de nos facultés… Ici, Benjamin Button est trahi par son corps non pas à la fin, mais du début à la fin de sa vie. Jeune dans la peau d’un vieillard, il passe pour un pervers auprès de son jeune amour. Vieux dans un corps jeune, il suscite le mépris autour de lui, et la méfiance. L'atmosphère rendue est vraiment très très proche de l'ambiance perçue dans le livre. Le réalisateur a parfaitement sû s'approprier les craintes évoquées par Scott Fitzgérald : le spectateur pense à la mort, la sienne, celle de ses proches, comme une évidence aussi dévorante qu'absurde, inévitable. Le personnage de Brad Pitt ne cesse de s'interroger, en même temps qu'il est le seul à comprendre réellement la signification des choses, l'absurdité de son corps, et la grandeur des pertes subies par l'humain.

Enfin, le film a de très belles photos, et, malgré quelques longueurs, semble finalement ne comporter que des passages nécessaires, tant son sujet se rapproche de l’idée d’étapes, de phases, de rites… d’épreuves.

Un film à ne pas manquer, rien que pour la beauté des images, le thème, les acteurs. Il s’en fallait de peu pour que je me dise qu’il deviendrait un film culte.

 @@@@@@@@@ A venir : @@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@
- La Chamade, de Sagan
- Sale fille (ok c'est fait) et Vorace de Anne-Sylvie Sprenger
- Un juif pour l'exemple, de Jacques Chessex
- J'ai renvoyé Marta (ok c'est fait), de Nathalie Kuperman
- Dans le secret, de Jérôme Ferrari
- L'amour de loin, de Anne-Marie Garat

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Par Léthée
Dimanche 11 janvier 2009
L'île est un film de Kim Ki-Duk, sorti en 2001. Soit, 3 ans avant la sortie de Printemps, été, automne, hiver... et printemps.  Ce dernier m'avait beaucoup plu, voir la note ici. Aussi, lorsque j'ai vu le début de L'île, je n'ai pas été surprise de voir les lieux : une jeune femme mystérieuse reçoit un hôte dans son campement. Son campement n'est pas un lieu comme les autres. Il s'agit d'une sorte de camping, oui, mais sur l'eau. Elle accompagne les locataires sur une barque au milieu d'un grand lac, jusqu'à leur campement : ils peuvent choisir la couleur de leur choix, si elle est libre. Comment est constitué le campement ? Il s'agit tout simplement de petites maisons de 4 m2 tout au plus, posées sur des radeaux de 9 ou 10 m2. Ces radeaux sont ancrés à quelques dizaines de mètres de la rive, lieu d'accueil.
L'hôte dont il est question au début du film se réfugie ici parce qu'il a tué sa femme et son amant. C'est également le cas du jeune homme qui revient auprès de son maître dans Printemps, été..
L'action se déroule donc comme dans un huit clos, mais à l'air libre, et plus particulièrement sur l'eau. Peu à peu, on s'aperçoit que l'eau est à la fois source d'inquiétude, source de repos (puisqu'on s'y isole), l'endroit où l'on jete ses déchets (y compris les matières fécales), l'endroit où l'on se cache mais celui aussi où l'on est épié, l'endroit où l'on revit comme l'endroit où l'on meurt. Finalement, l'eau ne cache bien que les morts.. et encore !
C'est un film violent, où je n'ai pas pu apprécier tous les symboles. La maison choisie par le jeune homme est jaune : chez les Coréens, et notamment dans les arts martiaux, c'est la
couleur du premier rayon de soleil. Il va rencontrer l'amour, un amour bien particulier puisqu'il sera fait de désir, mais aussi de pulsions de mort, des deux côtés. La maison sera repeinte, plus tard. Mais on ne repeint pas le soleil, et s'il ne veut plus briller, on ne peut pas changer sa volonté.
C'est le second film de Kim Ki-Duk que je regarde. Le premier, qui donc, a été fait 4 ans après, était pour moi d'un esthétisme, d'une beauté, d'une poésie sans précédents.
Celui-ci, de 3 ans plus ancien, semble être le pendant de l'autre, le brouillon ? en tout cas un frère dont les thèmes se rapprochent en une seule saison trop violente, trop absolue. Bien sûr, je peux comprendre la poésie qui en ressort : l'idée de trouver l'amour (même si c'est un amour à mort) dans la fuite, dans l'exil, dans l'isolement, sur les flots noirs, froids et lugubres d'un lac entouré par la forêt et les montagnes.. argh ! Mais certaines scènes m'ont véritablement empêché de suivre le fil comme je l'aurais voulu, tant elles étaient violentes. C'est un film qui bouscule, et qui a sans doute de grandes qualités : certainement celle, avant tout, de nous faire découvrir
un univers poétique bien particulier. Mais que je ne peux pas apprivoiser comme ça.
Une chose demeu
re cependant assez impressionnante chez ce réalisateur, c'est sa capacité à montrer des choses qu'on ne voit nulle part ailleurs. Lorsque la jeune femme regarde sous l'eau, telle une gorgone, la caméra prend le plan de SOUS l'eau. C'est un plan magnifique. La caméra se place dans l'eau qui reçoit également les déchets humains, la mort... nulle part ailleurs j'ai vu une telle efficacité dans la manière de placer le spectateur là où il aimerait justement ne pas se trouver. Cela fait appel à une subjectivité presque jamais convoquée en regardant un film.
Par ailleurs, le monde semble vraiment prendre ses distances avec les repères que nous lui connaissons : dans l'autre film, seules restaient les portes, et même si elles étaient dépourvues de leurs cloisons, il fallait passer par elles. Dans ce film, la vie et l'habitation flottent, et il semble que les gens du dehors viennent d'un ailleurs totalement inconnu, ou oublié. IL n'y a plus de limites dans la manière de voir et de s'approprier autrui.
Il me reste plein de films de l'auteur à voir, et je les verrai. Certainement cette année.
Si quelqu'un a vu ce film et peut m'en donner les clés, je suis preneuse !
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Par Léthée
Vendredi 9 janvier 2009
Dès sa naissance, loin d'être un beau poupon joufflu, Benjamin Button ressemble à un vieillard voûté et barbu ! Ses parents découvrent peu à peu qu'il rajeunit chaque jour : de vieillard il devient un homme mûr, un jeune homme, un enfant... Bénédiction ou malédiction ?
Sous la fantaisie et la légèreté perce une ironie désenchantée qui place Fitzgerald au rang des plus grands écrivains américains.

J'ai lu pendant les vacances d'hiver, quelque part entre la station Mairie des Lilas et Les Pavillons-sous-Bois, ce petit chef-d'oeuvre au sujet très original. En réalité, il s'agit d'une nouvelle, qui se dévore très vite. Mettre cette petite histoire de Benjamin Button en littérature n'était pas chose aisée. C'est un être qui rencontrera l'amour, et fatalement découvrira avec celui-ci que la vie, de laquelle on dit d'ordinaire qu'elle n'a aucun sens, n'a en tout cas pas le même sens pour lui et pour les autres. Que peut devenir l'idylle lorsque l'un vieillit pendant que l'autre retrouve toute sa vigueur ? C'est une des premières problématiques posées par cette histoire. Mais il y en a bien d'autres : Si Benjamin Button a déjà la parole et même l'intelligence aussi vive qu'il a le crâne dégarni et la barbe grise, lorsqu'il naît, que deviendront ses "vieux jours?". Fatalement, il se retrouvera vieillard à la peau lisse, la tignasse pigementée comme la crignière d'un lion, le désir vigoureux et l'oeil taquin : tout cela avec l'expérience d'un homme de 70 ans. Cela paraît merveilleux, mais n'oublie-t-on pas que lorsqu'on est jeune, précisément, on l'est trop : trop peu armé, naïf, peu intelligent. N'oublie-t-on pas qu'avant de se développer physiquement le corps nouveau n'a aucu ne défense, aucune vigueur : seule la jeunesse est une beauté en soi, avec cette peau sans failles, cet oeil perçant. Mais qu'est donc l'âme qui n'a pas vécu ? La langue bridée par le manque de vocabulaire ?... Benjamin Button risque-t-il de connaître cet état là, celui du nouveau né, après avoir si bien vécu ?

Oui, ce n'est déjà pas chose aisée de transposer une telle histoire dans la littérature. L'idée est belle, et Fitzgerald réussit parfaitement à faire briller les images dans notre tête. Mais ce n'est qu'une nouvelle, qui méritait amplement qu'on s'attaque à sa transposition seconde sur grand écran. Après des années d'hésitation, de travail, d'essais, David Fincher relève le défi. Son film sortira en salles le 4 février, avec Brad Pitt (qui paraît-il est méconnaissable, une fois encore, et ce n'est pas une question de maquillage), et Cate Blanchett. Un film à voir sans aucun doute, annoncé comme une merveille de beauté, de performance pour les acteurs. En ce qui me concerne : je serai au rendez-vous !
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Par Léthée
Mercredi 24 décembre 2008


Sans le savoir, en rachetant sans cesse la télé volée par son fils, puis revendue chez le brocanteur, Sara GoldFarb cautionne totalement les injections d'héroïne, et les rails de cocaïne que Harry s'offre en échange. Harry voyage ainsi dans un autre monde, avec son ami Tyron. Il s'offre quelques voyages superficiels, pour échapper à la réalité. Il rencontre Marianne, qui devient accro également. Ensemble, ils s'offrent le rêve bien illusoire que permet la drogue, avec ses atterrissages forcés dès que l'effet s'atténue. Très vite, ils veulent davantage bien sûr. Car la drogue a ceci de pervers qu'elle crée l'habitude, qui transforme peu à peu le voyage en week-end trop court et trop fade, et l'attente en cérémonie de doigts crispés, de fronts en sueur. La drogue rend en effet la réalité plus cruelle encore, et le voyage plus attrayant.

Pour Sara Goldfarb finalement, c'est un peu le même processus. Son fils lui vole donc sa télé pour s'acheter de la drogue, ce qu'elle refuse de voir et de réaliser, puisqu'elle répare ses fautes en rachetant chaque jour le matériel. Son mari est mort, mais elle lui parle encore. Elle grossit et s'empiffre pour combler son ennui, bien mal soigné par les émissions auxquelles elle est pourtant accro elle aussi. Elle est seule, elle se sent seule, et elle a besoin d'amour. Elle s'imagine peut-être que tout le monde regarde la télé à longueur de journée, comme elle. Et qu'ils sont plaisants pour elle ces individus qui lui rendent visite en empruntant les câbles électriques ! Alors pour être aimée à son tour, elle ne rêve que d'une seule chose : passer elle aussi à la télévision. Seulement voilà... Sara a grossi, à force de trop de liquéfaction passive et contemplative. Elle déborde de sa belle robe rouge, et devient à son tour plus droguée encore qu'avec la télé, afin de pouvoir maigrir et maigrir... et enfin rentrer dans son écran de télévision.

Le fils et la mère se détruisent donc chacun à leur manière, par l'enfer de la drogue. Ils ne sont pas si différents l'un de l'autre finalement, et la vie punira les deux êtres à la mesure de leur déchéance : Harry perdra le bras par lequel il a volé et voyagé, Sara perdra la tête.

C'est un film dur, qui est encore terriblement d'actualité. Le réalisateur, Darren Aronofsky,  nous offre un Requiem à entendre, mais également à voir. Il fait appel à tous nos sens, rappelant à chaque instant le bruit du mal qui convie, ou ensorcèle ; montrant sans pudeur (et sans censure !) les pires moments des rêveurs dans leur plus pure réalité. Ce film, s'il n'est pas classé dans les pornographies parce que son sujet n'est pas le sexe, finit à sa manière par l'être tout de même, flirtant sans cesse avec cette limite.

C'est un film choquant : n'est-ce pas précisément le but ? Le thème aurait-il été à lui seul assez choquant à nos yeux, nous qui baignons dans le star-système et la surconsommation ? Gageons que ce que réclame le public aujourd'hui pour se sortir de la banalisation du mal, c'est précisément le spectacle de celui-ci. Comme une drogue.

C'est donc un film choquant mais excellent, que je ne me passerai toutefois de revoir de si tôt. Enfants : interdit. Adolescents : s'abstenir. Adultes : s'abstenir également de le regarder par pure envie d'un spectacle passif : ce film appelle une nécessaire réflexion.


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Par Léthée
Mardi 16 décembre 2008


Demain sortira sur nos écrans le film d'animation de John Cusack, Igor. Voici l'histoire : Au pays de Malaria, les Inventions Maléfiques assurent la prospérité, sous le règne autoritaire du roi Malbert.  Les inventeurs de ces Créations Maléfiques sont les Savants Fous. Ils sont aidés par leurs assistants, les Igors, de malheureux bossus dont le destin est d'obéir. Notre Igor, un Igor pas tout à fait comme les autres, poursuit un rêve : devenir lui-même un grand Savant Fou...

Voilà donc un charmant petit monstre, dont vous pouvez voir la figure ci-dessus, et qui évolue dans un monde fait de mal (Malaria, maléfiques, Malbert...). Le tout s'annonce assez manichéen, avec des méchants et des gentils, de bonnes et de mauvaises inventions/intentions...

Mais... un bossu, qui de plus risque fort de tomber amoureux d'une jeune femme inoffensive, obligé d'obéir aux méchants... ça ne vous rappelle rien ?

Et bien moi, ça m'a rappelé Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, et Quasimodo !

Plus particulièrement, cette histoire me rappelle un passage très marquant, le plus beau sans doute de Notre-Dame, puisque Victor Hugo réussit un tour littéraire exceptionnel, et à mon sens jamais égalé. Souvenez-vous. Esmeralda est prisonnière de la cathédrale, et les truands viennent la délivrer. Ils crient : "nous te sommons de nous rendre la fille si tu veux sauver ton église, ou que nous reprendrons la fille et que nous pillerons l'église. Ce qui sera bien. " Malheureusement, Quasimodo est sourd. Il pense alors que cette meute animant la nuit sombre de Paris vient là pour faire du mal à la jeune femme, à son refuge, ainsi qu'à lui-même. Alors, va s'orchestrer une bataille monumentale, au sens propre du terme. Quasimodo observe la scène depuis l'une des tours de la cathédrale. Il décide donc de repousser les assaillants, avec ses propres moyens. Sourd, muet, bossu, et un peu simple d'esprit, il va pourtant faire preuve d'une grande ingéniosité. Mais je vous propose de juger par cet extrait :
"En ce moment d'angoisse, il remarqua, un peu plus bas que la balustrade d'où il écrasait les argotiers, deux longues gouttières de pierre qui se dégorgeaient immédiatement au-dessus de la grande porte. L'orifice interne de ces gouttières aboutissait au pavé de la plate-forme. Une idée lui vint. Il courut chercher un fagot dans son bouge de sonneur, posa sur ce fagot force bottes de lattes et force rouleaux de plomb, munitions dont il n'avait pas encore usé, et, ayant bien disposé ce bûcher devant le trou des deux gouttières, il y mit le feu avec sa lanterne.
Pendant ce temps-là, les pierres ne tombant plus, les truands avaient cessé de regarder en l'air. Les bandits, haletant comme une meute qui force le sanglier dans sa bauge, se pressaient en tumulte autour de la grande porte, toute déformée par le bélier, mais debout encore. Ils attendaient avec un frémissement le grand coup, le coup qui allait l'éventrer. C'était à qui se tiendrait le plus près pour pouvoir s'élancer des premiers, quand elle s'ouvrirait, dans cette opulente cathédrale, vaste réservoir où étaient venues s'amonceler les richesses de trois siècles. Ils se rappelaient les uns aux autres, avec des rugissements de joie et d'appétit, les belles croix d'argent, les belles chapes de brocart, les belles tombes de vermeil, les grandes magnificences du choeur, les fêtes éblouissantes, les Noëls étincelantes de flambeaux, les Pâques éclatantes de soleil, toutes ces solennités splendides où châsses, chandeliers, ciboires, tabernacles, reliquaires, bosselaient les autels d'une croûte d'or et de diamants. Certes, en ce beau moment, cagoux et malingreux, archisuppôts et rifodés, songeaient beaucoup moins à la délivrance de l'égyptienne qu'au pillage de Notre-Dame. Nous croirions même volontiers que pour bon nombre d'entre eux la Esmeralda n'était qu'un prétexte, si des voleurs avaient besoin de prétextes.
Tout à coup, au moment où ils se groupaient pour un dernier effort autour du bélier, chacun retenant son haleine et roidissant ses muscles afin de donner toute sa force au coup décisif, un hurlement, plus épouvantable encore que celui qui avait éclaté et expiré sous le madrier, s'éleva au milieu d'eux. Ceux qui ne criaient pas, ceux qui vivaient encore, regardèrent. - Deux jets de plomb fondu tombaient du haut de l'édifice au plus épais de la cohue. Cette mer d'hommes venait de s'affaisser sous le métal bouillant qui avait fait, aux deux points où il tombait, deux trous noirs et fumants dans la foule, comme ferait de l'eau chaude dans la neige. On y voyait remuer des mourants à demi calcinés et mugissant de douleur. Autour de ces deux jets principaux, il y avait des gouttes de cette pluie horrible qui s'éparpillaient sur les assaillants et entraient dans les crânes comme des vrilles de flamme. C'était un feu pesant qui criblait ces misérables de mille grêlons.
La clameur fut déchirante. Ils s'enfuirent pêle-mêle, jetant le madrier sur les cadavres, les plus hardis comme les plus timides, et le Parvis fut vide une seconde fois.
Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu'ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s'élargissaient en gerbes, comme l'eau qui jaillit des mille trous de l'arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l'une toute noire, l'autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l'immensité de l'ombre qu'elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle.
Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur ses bruyères l'ombre gigantesque des tours de Notre-Dame
. "

Magnifique n'est-ce pas ? Ne voyez-vous pas Notre-Dame comme un monstre géant, déversant toute sa haine et sa rancoeur sur l'animosité humaine ?
Voilà le véritable génie de Victor Hugo : faire d'un édifice représentant Dieu un engin du diable. Faire que Dieu se défende avec les armes du démon. Faire que Dieu donne au simple de quoi tuer son salut, et ainsi servir le diable.
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Par Léthée
Dimanche 7 décembre 2008
Printemps, été, automne, hiver... et printemps


Voilà un bien joli titre pour nommer ce qu'est la vie d'un homme, poussé dans la vie par d'autres hommes avant lui, qui plus tard devra à son tour ériger chez l'autre vertu et sagesse.

Maître et jeune disciple vivent sur une maison flottante, au milieu d'un lac. Le lac est cerné par les montagnes. Dans cette immensité sans bornes, où le corps peut se vanter d'avoir toutes les libertés, il est pourtant interdit de passer ailleurs que par les portes, érigées là au milieu de nulle part, c'est à dire au milieu d'une pièce épurée où de cette gigantesque nature bienveillante.
Les deux personnages sont bouddhistes, et entre deux prières accordé à cette statue de pierre qui surveille tout de son regard pourtant fermé, le plus vieux apprend au plus jeune les règles fondamentales de la vie, de l'humain, et de la mort. C'est pour cette raison que l'homme ne doit pas s'écarter du chemin et s'attacher à franchir les épreuves en ouvrant, puis refermant proprement les portes. Ce n'est pas parce que la terre est vaste qu'elle nous appartient : sachons prendre les chemins qu'elle a laissé pour nous comme autant de sentiers aménagés pour justement préserver les alentours du pas présomptueux de l'homme. S'écarter du passage, c'est s'engager dans l'interdit, et risquer de tout détruire.

Le printemps, c'est l'éveil : celui de la nature, et celui de l'homme. Quel choc alors lorsque celui de l'homme tend plutôt à détruire celui de la nature ! "Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse" semble vouloir faire comprendre le vieux maître à son disciple. Car même à son plus jeune âge, l'homme, dans son désir de tout maîtriser, risque à tout moment de détruire. L'enfant est alors un jeune chiot qui n'a de cesse de japper, dévorer, dompter.

Vient ensuite l'été, la saison la plus dangereuse. Tout y est beau, mais pourtant à l'orée de son déclin. C'est la saison des passions, et la passion est  dangereuse. Les portes sont ignorées, le monde s'offre, la femme également... Le désir de dompter devient désir de possession. Et "la possession, prévient le vieil homme, mène au meurtre". C'est la saison du coq noir, qui n'a de cesse de vouloir crier son désir, montrer sa virilité.

L'automne est la saison transitoire par excellence. La nature se maquille pour mieux mourir, elle se pare de ses plus belles couleurs, pour mieux se faire attendre ensuite. Les feuilles deviennent rouges, et la passion éclate : la prophétie risque de se réaliser...
Un chat est là cependant, qui de son pelage blanc - car ici le noir doit devenir blanc, l'oscur retourner à la pureté - écrira le chemin de l'apaisement à l'encre noire. Ce chemin cette fois, il faudra le suivre et même l'inscrire, le graver. La nature fournira ensuite les couleurs nécessaires, les paillettes, les atours de la rédemption et de la paix.

Ainsi passent les saisons, et l'homme se construit, commet des fautes, et les portes comme une pierre sur son coeur.
Vient le moment pour le maître de passer le flambeau : torche vivante, le vieil homme choisit lui-même le moment où il n'a plus rien à transmettre pour disparaître, se fermer symboliquement, refermer toutes les portes de son âme. Il sait que plus tard, en hiver, lorsque la nature sera momentanément froide et stérile, comme le serpent, un autre homme viendra.

Celui qui porte la pierre sur son coeur, s'il veut acquérir sagesse et vertu, devra élever sa faute, porter son fardeau au point le plus culminant du monde. Celle-ci, représentée symboliquement par un bouddha de pierre, regardera le monde, fera peser cet oeil vigilant pour rappeler aux hommes qu'elle les menace à chaque instant.

Les symboles, on le voit, sont une sorte d'obssession chez Kim Ki-Duk, réalisateur Coréen dont le talent ne connaît pas d'égale tant sa manière de peindre les hommes, et leur relation avec nature - remarquablement filmée - est époustouflante. Il choisit la lenteur, paradoxalement, car la sagesse, loin de s'obtenir en quatre saisons, réclame toute une vie... mais... voilà déjà le printemps qui revient, et avec lui un autre petit homme, qui commettra sans doute les mêmes fautes puisque l'homme est lent, comme la tortue...

... on le comprend alors : la sagesse et la vertu ne se transmettent pas aisément. L'individu se construit, quoiqu'on fasse, toujours seul.
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Par Léthée
Mardi 7 octobre 2008
Ce soir est programmée l'adaptation du journal d'Anne Franck, réalisée par Jon Jones, sur France 2. Il n'est pas dans mes habitudes de faire de la pub pour le service public, aussi moribond soit-il, et pourtant il me semble nécessaire d'attirer l'attention sur des programmations telles que celle-ci, à la fois inspirées par la littérature, et inspirant la mémoire collective. Le téléfilm a donc ce double avantage, avant même sa diffusion. Petit rappel du livre :
"Anne Frank est née le 12 juin 1929 à Francfort. Sa famille a émigré aux Pays-Bas en 1933. À Amsterdam, elle connaît une enfance heureuse jusqu'en 1942, malgré la guerre. Le 6 juillet 1942, les Frank s'installent clandestinement dans " l'Annexe " de l'immeuble du 263, Prinsengracht. Le 4 août 1944, ils sont arrêtés sur dénonciation. Déportée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen, Anne meurt du typhus en février ou mars 1945, peu après sa sœur Margot. La jeune fille a tenu son journal du 12 juin 1942 au 1er août 1944, et son témoignage, connu dans le monde entier, reste l'un des plus émouvants sur la vie quotidienne d'une famille juive sous le joug nazi."

C'est un des livres les plus lus au monde. Vous qui ne l'avez ni lu ni même consulté, peut-être serez-vous amené à réparer ce petit écart de conduite grâce à votre petit écran. Cette idée me laisse penser déjà que je vais passer une bonne soirée. N'hésitez pas, si vous avez cédé à la soirée "teloche-intello", à poster demain vos commentaires ici-même.
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Par Léthée Hurtebise
Mercredi 4 juin 2008
Cela se passe au Palais des Spectacles de Saint Etienne, le 31 mai 2008 et déjà, on reconnaît la manière de recevoir toujours en vigueur de la troupe de la Cartoucherie de Vincennes, et du Théâtre du Soeil en particulier. Cette fois, ce ne sont pas les acteurs qui préparent le repas ou distribuent les v erres. Cependant, quelques lampes de papier, rouge et pourpre, indiquent que la troupe nous attend  avec une nervosité toute dissimulée. Il faut parcourir un petit labyrinthe avant de parvenir au plateau pour aller décrocher son sésame, sa place, son siège d'horizon, son étiquette rouge. Hop ! Je l'ai. C10. Je relève la tête, et, je prends conscience que je me trouve dans un lieu hors du commun : d'immenses draps rouges ont été accrochés aux plafonds de la salle. Ces murs de tissu sont suspendus magiquement autour de l'espace, recréant des couloirs et des dédales aventureux. Au centre, à l'endroit tant désiré, imaginez une scène en forme de couloir. Deux gradins de spectateurs se font face, et, entre eux, se trouve la scène. Tout en long, elle est délimitée par les gradins en sa largeur – où l'on peut constater la proximité sereine du public, et en sa longueur par deux rideaux de soie gris-rosé. Là, on devine qu'il s'agit des entrées.
Le temps de ressortir, muni de son précieux ticket, de déguster une paëlla, une bière, et en un éclair (au chocolat) nous sommes de retour.
Elle est là, comme à toutes les représentations : errant parmi le public, les comédiens, Ariane Mnouchkine ballade son regard inquiet et bienveillant aux alentours de son bébé. Nous souhaitant un bon « samedi », elle s'eclipse derrière un rideau. Trois petits tours et puis s'en va, discrète et mesurée.
Les lumières s'éteignent. Déjà, les doigts de l'ambidextre Jean-Jacques Lemêtre s'affairent sur une dizaine d'instruments tous plus curieux les uns que les autres. Bien incapable de les nommer, je puis au moins en décrire un qui suscita mon attention car il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un objet unique : le manche ressemble à celui d'une viole mais ne fait que 30 centimètres à peine. Il n'a pas de table, fonctionne avec un archet, et lorsque j'essaie de distinguer ses éclisses... je constate qu'il s'agit d'un sabot ! Voilà tout le personnage de Jean-Jacques Lemêtre, avec ses sourcils en forme de cornes, sa longue barbe tressée et son chignon oriental.
Nous voilà partis pour 7h30 de spectacle : deux recueils de 3h15 séparés par l'entracte. Chaque recueil est coupé en son milieu et là encore, les enfants de la troupe distribuent des biscuits, les comédiens servent de l'eau.. c'est d'abord cette promiscuité inédite et touchante qui provoque une vive émotion. 
Musique, lumières, ambiance, hospitalité mais aussi ingéniosité. Dans Les éphémères, c'est le théâtre qui vient s'offrir au spectateur, et non ce dernier qui va le chercher. Les scènes, poussées par des comédiens/dieux, tournoient et virvoltent sous nos yeux. Entrant par une porte, fuyant par une autre.. tantôt tirées, balayées, expulsées, convoquées : les scènes se déplacent d'un un unique couloir, celui de la vie. Les éphémères, ce sont des scènes quotidiennes qui ont lieu tous les jours, des tragédies, des drames, des bonheurs, des souvenirs. La vie est un couloir et Ariane Mnouchkine le fait défiler pour nous. Par une magie interdimentionnelle, elle fait de nous le Dieu qui observe et juge : la scène défile devant nous, et elle nous est offerte à tour de rôle dans toute sa lattitude, s'offrant à nos regards sur ses 360° par un système de micro-scènes sur roulettes. Mais elle fait de nous également chacun des personnages. Chacun d'entre nous se reconnaît tour à tour dans l'enfant qui s'endort avec son poisson rouge dans la main. Chacun de nous se reconnaît dans la soeur, ou la mère, ou l'enfant qui perd un proche. Chacun de nous se reconnaît un jour ou l'autre spectateur d'un tragique accident de la route, déchirant de réalisme. Chacun se sent proche de tous et toutes.
Il y a des créations étonnantes. Outre l'inventivité désormais avérée de ce théâtre – depuis que les comédiens, déjà, nous avaient été servis sur des plateaux à roulettes, dans Le Dernier Caravansérail, il faut saluer la création de personnages, toute faite d'improvisations, et la performance d'acteurs aussi dévoués que talentueux.
Juliana Carneiro Da Cunha, d'abord, qui interprêté de nombreux rôles pour le Théâtre du Soleil, apparaît en Mère Espagnole agacée par son mari, en médecin touché par la détresse d'une vieille dame sans abri (Perle), en Marâtre qui perd son fils chéri, en institutrice/mère anéantie et à la dérive... Tant de rôles aussi différents les uns des autres, et magistralement interprêtés. Touchante, poignante, sobre et juste pourtant lorsqu'il s'agit de montrer les émotions, ou bien de les cacher. Belle surtout et éblouissante entre toutes.
Shaghayegh Beheshti, qui interprête Perle, la crée, la fait vivre, la jette à nos yeux : magnifique également tant par son talent que par sa présence. Il faudrait tous les citer, leur accorder des lignes : Duccio Bellugi-Vannuccini, tantôt en officier allemand terrorisant ou terrorisé, en huissier criant de vérité, Serge Nicolaï tantôt en heureux nouveau papa, tantôt en père divorcé, tantôt en mari battant sa femme.. Delphine Cottu, en fille cherchant ses parents, en fille endeuillée par la mort de sa mère, par la mort de son frère, par la fuite et la folie de sa mère... Tous explorent des personnages battus par la vie et endossent des rôles à plusieurs facettes avec une rapidité sans égal : changement de vie, changement de visage, changement de ton, changement d'habit. Tout cela en un éclair, mais avec une authenticité, une efficacité et un talent fabuleux.
A la fin du spectacle, si long soit-il, on en vient à se demander qui de nous tous est le plus éphémère : le spectateur, régalé, ébloui, muselé qui n'aura d'autre mission à l'avenir que de se souvenir ? Le comédien, enchaînant à ce point autant de vies, de bonheurs, de malheurs, autant
de rôles à l'heure ? Les individus et leur présent ? Les scènes que l'on voudrait comme chez Mnouchkine voir défiler comme dans notre tête, au gré de notre volonté.. hop ! Soufflées et camoufflées derrière un rideau, pour plus de tranquillité d'esprit ? Ces décors époustouflants d'ingéniosité, de technique : portes, chambres, cuisines, salons, jardins ? Les malheurs et les galères, parfois remplacées très vite par de simples petits bonheurs ?
Ou bien est-ce le spectacle, si long et trop court, qui passa dans mon samedi tout entier pris mais non encore assez dévoué à cet art, non encore assez rassasié par un spectacle qui pourrait être le dernier d'une grande dame ?
Allez savoir.. et surtout voir, car aussi Ephémères soient-ils, ils jouent encore au moins jusqu'à la fin de l'année en France et à Vincennes !

Ici  vous trouverez un extrait :
http://www.lacomediedeclermont.com/saison0708/pages/ephemeres_video.htm

Ici le site officiel : www.theatre-du-soleil.fr/ephemeres/tract-ephemeres-1.html
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Par Léthée
Dimanche 3 juin 2007

Olivier Adam est l’auteur de plusieurs Romans dont Falaises et Poids Léger, parus en 2005 et 2002 aux éditions de l’Olivier. Il est également l’auteur du recueil de nouvelles Passer l’hiver, parue en 2004 et adaptée au cinéma par Jean-Pierre Améris. Pour ce texte, il a reçu le prix Goncourt de la Nouvelle. Je vais bien ne t’en fais pas est son premier roman. On y retrouve quelques points communs avec la vie de ce jeune auteur dont vous retrouverez l’espace ici : http://www.myspace.com/olivieradam. C’est d’abord par une affiche de cinéma que je suis tombée sur cette bonne nouvelle Je vais bien ne t’en fais pas, à un moment où j’en attendais justement de quelqu’un. En lisant le synopsis, on s’attend à une banale histoire de séparation familiale, un petit draminouchet de rien du tout - qui finira bien, comme de bien entendu. C’est finalement en DVD que j’ai pu savourer ce film. La prestation de Kad Merad (césar du meilleur acteur dans un second rôle en 2007) est étonnante. Antipathique par son attitude de père con, lâche et borné il se révèle au dénouement être un personnage attachant, authentique, préférant passer pour un con plutôt que de voir sa fille mourir. Attention, si le film expose ainsi et momentanément l’anorexie d’une adolescente, ce n’est pas le sujet principal du film. Mélanie Laurent (meilleur espoir féminin pour ce film en 2007) joue son rôle avec une grande justesse. Ce film formidable est parti du livre de Olivier Adam. J’ai donc pris la décision de l’acheter, de le lire. D’abord agacée par des listes de courses interminables (dans son roman, Lili s’appelle Claire, est caissière) au nombre de virgules assez irritant, je me suis laissée peu à peu envahir par cette curiosité qui pousse le lecteur à savoir au fond la véritable raison de la beauté d’une telle adaptation. En effet, il devait bien y en avoir une puisque le film a obtenu 2 césars en 2007, a bouleversé son public.

Le livre est plus romanesque et parfois un peu lourd dans ce qu’il montre du rapport de Claire avec les hommes. Le film, moins explicite, va pourtant plus loin encore dans l’expression des sentiments d’un personnage qui évolue dans l’absence d’un être perdu. C’est dans l’espoir de voir l’absent surgir au coin des rues qu’elle se construit et apprend à s’en détacher.

Se construire dans l’absence, oublier dans l’espérance, se détacher dans l’attente. Voilà ce que nous donnent à explorer ces deux œuvres qui se complètent si bien. Un petit bonus vous attend sur la bande son : Lili, interprété par Aaron. A voir et revoir absolument.

 

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Par Léthée Hurtebise
Jeudi 22 février 2007

L’histoire de King Kong, c’est à trois cinéastes de génie (Merian C. Cooper, Edgar Wallace et Ruth Rose) que nous la devons. Sur la base de leur scénario, D.W. Lovelace écrivit le roman. C’était en 1932. L’année d’après, le film que nous connaissons tous sort dans les salles. Il est signé Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. L’histoire met en scène une équipe de tournage (tiens donc..) partant faire le film du siècle (ben voyons..) sur une île mystérieuse peuplée d’indigènes et de bêtes sauvages, démesurées et préhistoriques. Ils découvrent que les indigènes ont pour habitude d’offrir leurs femmes à leur Dieu : Kong, un singe-monstre qui mesure une quinzaine de mètres et dont ils doivent se protéger autant qu’ils l’adulent. Lorsqu’ils voient la jeune actrice, Ann, parmi l’équipe de tournage, ils décident d’en faire une offrande. La suite, tout le monde la connaît. Seulement , il y a un bémol. Plusieurs versions se sont succédées depuis 1933, et parmi elles la plus exubérante et idiote fantocherie (voir le film de Ishirô Honda sorti en 1962, King Kong contre Gozilla (quand les productions américaine et japonaise se rencontrent…) qui vaut franchement son pesant de tomates..).  De 1933 à 2005, en passant par le très critiqué mais très intéressant 1976 (dont on oubliera volontiers la version II où King Kong est ressuscité pour être à nouveau pourchassé par l’armée puisque les Américains adorent jouer à la guerre grandeur nature…), nous nous sommes régalés, énervés, nous avons pleuré, mais qu’en avons nous retenu ? Qu’est-ce qui fait de ces trois films des chefs-d’œuvre individuels à posséder absolument ? Chez Cooper et Schoedsack, chez Guillermin, chez Jackson il y a indéniablement une grande différence et elle s’appelle « contexte ». Il y en a une autre d’autant plus grande qu’elle est importante au cinéma : « moyens ».  Et enfin la grande ligne de conduite qui les réunit tous unanimement, c’est le « défi ».

 

Le contexte, c’est le choix de l’époque, les préoccupations du réel contemporain qui construisent la fiction du film. Initialement, l’aventure King Kong se déroule dans les années 20-30. On peut discuter le choix de Guillermin, d’avoir transporté l’histoire dans les années 70. Cependant, les préoccupations contextuelles de l’aventure ont bien changé, et dans l’opus de 1976, c’est la crise pétrolière qui est pointée du doigt, et non le chômage et le monde du cinéma à ses débuts. Ce choix aussi est critiquable, et pour le coup, la critique a raison. King Kong, c’est avant tout une histoire de puissance humaine, et il aurait fallu ne pas confondre la belle et la bête avec US vs Irak. Disons-le, dans le film de Guillermin, il y a trop. Trop peut-être parce qu’il fait du hors sujet à force de trop vouloir intellectualiser avec un mythe qui n’a pas besoin de béquilles. Kong n’a pas besoin d’histoires parallèles, la sienne est déjà fabuleuse.

 

Admettons-le encore : choisir le World Trade Center en lieu et place de l’Empire State building comporte plus d’un symbole, et là où l’histoire originale avait de la beauté, le remake de Guillermin a de la sauvagerie. Davantage de buildings - et pas des moindres, des avions modernes, une époque moderne, des préoccupations politique et financières qui remplacent les financières préoccupations artistiques, et encore plus de sang ! A croire que la bête n’était qu’un prétexte aux réflexions philosophiques de l’auteur sur les finances de son pays !

 

Peter Jackson (on y vient on y vient) n’a pas eut le choix. S’il avait voulu reprendre l’époque des années 70, il aurait été bien embarrassé… les tours, c’était après tout séduisant mais bien que nous connaissions fort bien les superbes effets spéciaux du Seigneur des Anneaux, le fardeau aurait été bien encombrant. Gageons cependant que PJ ne s’arrêterait pas à cette petite embûche… que serait la reconstruction virtuelle des Twin Towers.  Mais non, vraiment non : le World Trade Center assimilé au cocon maternel ce n’était pas la meilleure idée du cinéma.

 

C’est bien l’époque première du cinéma qui a attiré Peter Jackson, et pour un réalisateur de sa trempe, on peut imaginer combien il était important de rendre hommage à un film et à un héros qui doivent lui être chers ! Comment ne pas faire le rapprochement entre la puissance de Jackson et celle de King Kong ? Allez, osons le cliché !

 

Quelle joie de retrouver presque à l’identique les plans du film de 1933, avec cette fois un gorille plus vrai que nature pour remplacer celui de carton pâte, avec des avions qui semblent être la réplique exacte du premier film… des décors de la jungle à la sobriété de la mise à mort, en passant par la coupe de la somptueuse robe blanche de Ann, tout y est, la qualité numérique en plus. Un plaisir pour le regard, une satisfaction pour les admirateurs du singe, un rêve fabuleux qui se réalise : enfin King Kong est vivant et plus vrai que nature. Le défi est bel et bien relevé.

 

Le film de 33 n’aurait jamais pu permettre davantage, et n’aurait jamais pu illustrer tout le tragique de l’histoire autrement que dans le spectaculaire. Mettons nous à la place du spectateur de l’époque : il assiste à un spectacle prodigieux, un monstre de carton pâte géant enlève une actrice et l’emmène sur l’Empire State Building. L’imagination du scénariste était miraculeusement, magiquement illustrée. Partant, à quoi servent les remakes ? A améliorer la vision de l’œuvre. La vision de Jackson est réussie, complète, sensuelle et humaine, bestiale et attachante, spectaculaire et attendrissante, gigantesque et poignante.

 

Oublié le King Kong de 1976, avec ses scènes chargées d’érotisme (rappelez vous l’effeuillage du collier, la douche sous la cascade), car on lui préfère de loin la brute au cœur tendre, gonflant son torse et tournant la tête en air de triomphe défiant le cœur de sa belle, bombant toute sa fierté dans un geste à la fois tendre et macho. En lui sommeille l’homme idéal qui fait semblant mais ne peut en vouloir à celle qu’il aime. Peter Jackson lui rend honneur avec toute la richesse de son talent. Il était temps.

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Par Léthée Hurtebise
Jeudi 22 février 2007

En ce moment, c’est la sortie DVD du film Holy Lola. Bien plus qu’un film de Bertrand Tavernier, Holy Lola est la preuve du talent d’investigation de son réalisateur. L’émotion, au cinéma, peut venir de plusieurs lieux : de l’écran, toile blafarde sur laquelle on projette un talent ; et du cœur du spectateur, happé brusquement par des sentiments intérieurs que la toile convoque. Sans nul doute, le cinéma c’est aussi cela : on peut choisir de peindre l’émotion, puisque celle-ci est contagieuse. Mais on peut aussi amener le spectateur à réfléchir, à SE réfléchir. En faisant appel à Gamblin et Carré, Tavernier tisse là un de ses plus beaux ouvrages. C’est l’histoire de ce couple ordinaire, qui ne peut avoir d’enfant, et choisir d’aller en adopter un au bout du monde. Le Cambodge. Territoire si étrange, si loin et si différent du nôtre, si envoûtant, si fantasmatique aussi. Le lieu des temples anciens, dévastés par les mines, peuplés de petits chiffonniers abandonnés à la famine. C’est là-bas. Là-bas, on peut y trouver des enfants. Car il est encore tant bien sûr. On peut faire le choix de les parrainer, mais aussi de les ramener tant qu’ils sont encore jeunes. Jeunes, on peut encore s’y attacher et peut-être faire en sorte qu’ils s’attachent à notre société, faute de mieux, faute d’un chez eux abordable et surtout survivable. Le Cambodge, c’est un des seuls pays dévastés où l’on peut lire les sourires à longueur de journée. Personne ne se plaint, car il n’y a rien à convoiter. Il n’y a rien à envier dans un pays où le vide est la nourriture du quotidien, et où pourtant, il y côtoie si bien la joie de vivre. Le couple Gamblin/Carré part donc à la recherche d’un enfant. N’importe lequel, fille ou garçon, pourvu qu’ils puissent repartir avec. L’ennui, c’est que si de Bangkok à Manille on fait du sexe des enfants un commerce sans assouvissement, à Phnom Penh, c’est le bambin qui se vend le mieux. De la course en taxi à la feuille d’accès à la file d’attente, tout se monnaye. Ils sont nombreux ceux qui attendent de pouvoir adopter ces petits : qu’ils soient volés ou échangés pour un bol de riz à des gamines elles-mêmes prostituées de force, ils sont présents, et la route du dollar est longue pour arriver jusqu’à eux.

 

Holy Lola n’épargne rien. Les moindres détails sont là. Véritable survol de ce qui fait aujourd’hui l’aboutissement de la dépravation humaine, Tavernier, dans ce film, n’oublie rien de cet affreuse situation, créée et relayée par les plus riches, au détriment des plus pauvres. Il n’oublie d’ailleurs aucunement de préciser, avant la séance, que bien sûr « les enfants que l’on voit à l’écran ne sont pas de véritables enfants abandonnés. Nous n’avons pas voulu courir le risque de les choyer pendant 4 mois pour les abandonner ensuite à nouveau. ». Pourtant, on croit y être. Bravo à cet œil de tigre, et mieux encore à sa passion.

 

 

© Léthée Hurtebise - 24 septembre 2005 - JDC n°17

 

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