Résumé de l'éditeur : À quinze ans, Karl Vogel est atteint d’une tumeur au cerveau. Sa
mère le conduit à l’hôpital avec la tête d’une femme qui va perdre son fils. Et lui ne sait pas où trouver la force de lui donner tort. Il subit des traitements lourds – chimiothérapie et
radiothérapie – mais connaît quelques moments de rémission durant lesquels il s’interroge sur son corps. Le garçon a hérité de la fascination de son père pour la Grande Guerre, champ de bataille
sur lequel il fantasme ses exploits. Mais bientôt il s’intéresse aux musculatures d’athlètes. Sa passion va dès lors à l’idéologie nazie dans laquelle il voit une réalisation de la volonté de
puissance. Il décide de devenir le Führer de son corps. Sa rage de guérir déclenche sa volonté de domination. Mais celle-ci ne va pas se limiter à son organisme malade. Mettant en pratique sa
nouvelle foi, il décide d’« agrandir son territoire », fait des conquêtes parmi les autres patients, les abandonne, décide qui doit vivre et mourir.
Cette première lecture de Stéphanie Hochet est une belle découverte. Le personnage de Karl se situe loin des clichés d'adolescence
banale. Le fait qu'il fut atteint d'un cancer laissait craindre un certain pathétique romanesque mais il n'en est rien. Le plus cruel, dans le roman, n'est pas le mal, mais le personnage
lui-même. « Combattre le mal par le mal ».
C'est d'abord par
le verbe que Karl entend dominer ses pairs. Puisant dans leurs faiblesses pour les asservir, les séduire, puis les mettre à sa merci, Karl se prête très habilement au jeu de la torture des mots.
Finalement, c'est allongé, malade, soumis aux traitements qu'il se révèle le plus dans son caractère dominant. C'est alors une découverte enrichissante pour lui, qui l'amènera à vite se lasser
des proies les plus faciles. Un soumis n'éveille plus le désir. Par conséquent, il se tourne vers des proies plus tenaces, plus belles aussi.. et surtout plus morbides.
Sa tumeur fait de lui l'élu : c'est chez lui qu'elle s'est installée, et chez personne
d'autre. Toute la cruauté de son jeune âge est exhacerbée par cette conscience/inconscience du monde qui l'entoure. Encore une histoire d'adolescent/Dieu ? Non ! Bien mieux que cela. Karl avoue
volontiers et volontairement sa passion pour le nazisme, les guerres, et l'extermination. A travers ce goût de l'horreur, ce que Karl exprime avant tout, c'est le désir d'être craint. Plus que
tout l'horreur fait peur, est en marge, est différent, et effraie inmanquablement. N'est-ce pas le privilège du marginal que de faire peur à la norme ?
Tant que le verbe est présent, que la parole s'active, alors l'acte semble impossible. Dans
le silence, la barbarie s'offre à la nuit. Voilà comment on pourrait résumer l'évolution de cet être qui après avoir tant séduit par son verbe se transforme volontairement en marbre silencieux,
se prêtant à une anorexie verbale des plus redoutables.
Au fond, la
force de Karl, c'est la fantasmagorie. Celle-ci, même morbide et machiavélique, le sauve de son malheur. Comme le dit Nancy Huston, dans L'espèce fabulatrice (page 128) : « Les fariboles
sont précieuses, miraculeuses. Elles nous permettent, les yeux fixés sur l'idéal, de tenir le coup dans l'adversité. ».
Quelle joie d'avoir lu ces deux livres en même temps ! Magie de la littérature s'auto-illustrant comme un miroir magique
!
Enfin, je dois saluer l'écriture de Stéphanie Hochet. Outre quelques belles références, vous trouverez dans ce livre des
petites perles de réflexions, servies par une écriture très soignée. Comme Karl, le style de ce roman est hargneux mais s'inscrit toujours dans une rigueur qui fait plaisir à lire dans le lot des
jeunesses littéraires.
Aya-chan est une jeune fille qui habite un orphelinat tenu par ses parents. Elle est donc la seule enfant de l’institut dont on puisse dire qu’elle n’a pas
« besoin » d’affection. C’est dans ce contexte qu’elle découvre peu à peu les premiers sentiments de désir. Jun, un orphelin qui vit depuis 10 ans dans la demeure, est l’objet de tous
ses regards, tous ses moments de liberté, toute son attention. Tandis qu’elle l’observe inlassablement plonger dans la piscine, que son regard se glisse tout entier entre les muscles du jeune
homme et l’eau ruisselante et enivrante de ses plongeons, un désir bien mystérieux se tisse dans ses tissus nerveux. Dans l’incompréhension de ses
nouveaux sentiments et pulsions, le personnage se découvre un goût particulier pour le sadisme. A mi-mots, l’indécent et le vile est esquissé en souplesse. La naïveté de l’adolescence aveugle cet être en devenir qui ne voit pas, dans ses obsessions, qu’on l’observe également de très près.
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A suivre : L'art de la joie, de Goliarda Sapienza