Chacun son dépeupleur

Publié le par Léthée

Antoinette Weber-Caflish, Chacun son dépeupleur. Sur Samuel Beckett (Minuit, 1995).

 

J'aurais pu tout simplement classer cet ouvrage dans mes "Lectures 2007" mais puisqu'il s'agit d'un essai sur Le dépeupleur de Samuel Beckett, autant ouvrir une catégorie qui fera l'objet de plusieurs posts dédiés aux ouvrages de et sur l'auteur.

 

 Je n'ai pas apprécié cet essai très universitaire de Antoinette Weber-Caflish. Je lui ai préféré L'esthétique de Samuel Beckett, (disons-le d’emblée) plus universitaire encore, puisque thèse de Evelyne Grossman. Mon malheur ne vient donc pas de la nature de l'ouvrage mais du ton, et surtout du contenu.

 

Rappelons tout d'abord le sujet du Dépeupleur : C'est un texte très court écrit par Beckett bien sûr, et dans lequel une voix off décrit l'intérieur d'un cylindre. Celui-ci est très haut et ses habitants ne peuvent en sortir. Ils peuvent, au mieux - et s'ils sont "solidaires", utiliser des échelles pour aller toucher le plafond (c'est une hypothèse, et seulement cela), aller se nicher à tour de rôle dans des cavités dont ils devront forcément descendre pour laisser la place aux autres, attendre en bas des échelles pour justement attendre leur tour de monter, tourner en rond, ou bien attendre, comme Belacqua, la tête entre les jambes et les bras autour des mollets. Voilà la vie dans le cylindre. "Séjour où des corps vont chacun cherchant son dépeupleur". (intro). Ils cherchent, donc. Quoi ? Allez savoir.  On se demande tout de même ce qu'il y a dehors, et si le cylindre n'est pas une métaphore du tube digestif, ou de la mère. Peut-être les deux.

 

Il semble que Madame Weber-Caflish soit plus intéressée par la destinée finale des « corps » que par leur comportement dans le cylindre. Dans son ouvrage, elle remet en question les travaux d'Alain Badiou et Todorov, disant que l'un oublie de considérer certains éléments en présence et que l'autre interprète à tort le texte comme ne version du mythe de la caverne, qu'il se trompe en affirmant la nécessité du narrateur, et qu'il n'est pas "en phase" avec l'auteur.

 

Pour ma part, ce que je retiendrai de l'essai de cette dame, c'est qu'elle est très en phase avec les mathématiques et que c'est d'ailleurs regrettable de commencer l'essai par cet anéantissement scientifique et méticuleux de l'intérêt de son lecteur. Dès son premier chapitre, elle part dans des calculs de mètres carrés, au cube et autres py rigoureux. Les calculs sont faux, et alors ? Nous ne lisons pas Verne ni Poe, mais Beckett. Il me semble que la symbolique la plus intéressante se trouve ailleurs que dans les chiffres, en tout cas en ce qui le concerne.

 

Pour (en) finir et puisqu'il faut bien finir (et surtout faire court, ôtons à Agrippine ce qu’elle a dérobé), il n'est pas judicieux de nous rappeler d'abord la phrase de Pascal "Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort.", pour ensuite faire la leçon à "la critique" : "il me semble qu'il faut remarquer que les habitants du cylindre, quand ils entrent dans l'état de vaincus, ne meurent pas à proprement parler : ils s'immobilisent, ayant renoncé à chercher. C'est donc la critique qui - non sans de fortes raisons - prend la responsabilité de voir dans la posture des vaincus une image de la mort."

 

Alors, sur quel pied puis-je vous inviter à danser ?

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Archives Littéraires

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