Le silence des livres, Steiner

Publié le par Léthée

Quatrième de couverture (excellente présentation) : Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont leur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin. George Steiner souligne ainsi la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l'écrit en s'intéressant paradoxalement à ceux qui ont voulu - ou veulent - la fin du livre. Son éblouissante approche de la lecture va de pair ici avec une critique radicale des nouvelles formes d'illusion, d'intolérance et de barbarie produites au sein d'une société dite éclairée. Cette fragilité, répond Michel Crépu, ne renvoie-t-elle pas à un sens intime de la finitude que nous apprend précisément l'expérience de la lecture ? Cette si étrange et douce tristesse qui est au fond de tous les livres comme une lumière d'ombre. Notre époque est en train de l'oublier. Jamais les vrais livres n'ont été aussi silencieux.

Je ne sais si on peut déjà, dans notre génération de trentenaires, se préoccuper de la fin du livre. Mais il est vrai que certains se demandaient il y a 30 ans si il était vraiment nécessaire de se préoccuper de l’écologie. Aujourd’hui c’est une priorité comme la disparition de l’écrit le deviendra… dans 10 ans ? Peut-être moins. Tout va si vite. Hier encore en regardant un épisode de Desperate Housewives (saison 3, héhé..) nous constations que Lynette, cherchant à prouver à son fils que son voisin est un super héros, n’y parvient pas avec des mots. La preuve surgit lorsque, héroïquement, le voisin dégrafe sa chemise pour montrer un énorme « P » (comme Protector Man) trônant sur son torse.

L’image. C’est elle qui prend le dessus. Gare à nous ! La faute revient autant à ceux qui ne savent plus se servir des mots qu’à ceux qui ont toujours préféré les livres d’images et la zapette.

De Steiner je n’apprécie pas autant le Silence des Livres que son Nostalgie de l’absolu. Sa manière de pensée, et sa façon de tourner son argumentation me gênent, cependant : « Quand l’appareil de répression le cède aux valeurs véhiculées par les mass media et au battage publicitaire, comme c’est le cas aujourd’hui en Europe occidentale, on assiste au triomphe de la médiocrité. » (p. 32).

C’est curieux, la lecture ce cet essai me fait penser que Steiner, sans son incroyable érudition, n’aurait jamais pu produire autant. Pourtant, rappelons nous cette interview de l’ex-candidat (Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. - la suite ici).

 

Peut-être suffit-il selon lui de l’oral pour véhiculer ces choses qui ne sont après tout qu’éphémères. J’aime ce passage où tout à coup je surprends notre Président barbu, agenouillé sur le sable, à Brégançon.. : « Jusqu’à quel point, au sens propre, matériel, Jésus de Nazareth fut un illettré demeure une énigme épineuse, parfaitement insoluble. Comme Socrate, il n’a rien écrit, ni publié. La seule allusion faite dans les Evangiles à l’acte d’écrire revient à Jean, lorsque, de manière parfaitement énigmatique, il rapporte, dans l’épisode de la femme adultère, que Jésus trace des mots sur le sable. Des mots en quelle langue ? Et qui signifiaient quoi ? Nous ne le saurons jamais, parce que Jésus les efface aussitôt. La sagesse divine incarnée dans l’homme Jésus met en échec la sapience formelle et textuelle des clercs et des érudits du Temple. Jésus enseigne en paraboles, dont l’extrême concision, le caractère lapidaire en appellent éminemment à la mémoire. Une ironie tragique veut que le rapport le plus étroit qu’il ait entretenu avec un texte écrit ait été sur la croix, sous la forme de cette inscription moqueuse fixée au-dessus de sa tête. » (p. 15-16)

 

Publié dans Archives Littéraires

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