Comme une apparition, de François Poirié

Publié le par Léthée

Mot de l’éditeur : Histoire d'une fascination - celle qu'exerça sur l'auteur de ce livre Delphine Seyrig, inoubliable héroïne de films mythiques tels que L'Année dernière à Marienbad d'Alain Resnais ou India Song de Marguerite Duras -, Comme une apparition parcourt en liberté les chemins qui mènent de l'autre à soi ou de soi à l'autre.

 Tandis que, d'arrêts sur image en digressions, d'événements objectifs en rencontres fantasmées, se dessine le chatoyant portrait de l'actrice prématurément disparue en 1990, François Poirié semble inviter son lecteur à faire sienne, en si "divine" compagnie, un peu de sa belle déraison idolâtre pour redonner droit de cité aux illuminations enfantines, à leurs paradis perdus et à leurs généreuses folies.
Tout en assumant avec détermination et humour les excès mêmes de la ferveur qui l'anime, c'est en peintre et en écrivain que "le fou de Delphine" rassemble les éléments - restés jusque-là épars - de la documentation qu'il a passionnément accumulée sur l'actrice afin de convoquer, telle qu'en elle-même, "l'apparition" bien-aimée - vivante lumineuse et fabuleuse icône.

 Loin toutefois de relever de la pure et simple célébration, ce livre inclassable est aussi le lieu où s'engage, corps et âme, avec panache et ce qu'il faut d'autodérision, un écrivain rejouant la partie de son propre destin en grand lecteur, en jeune homme ardent puis en homme blessé que ne cessent de mettre en mouvement les puissances de la littérature - laquelle n'est, pour lui, comme Delphine Seyrig elle-même, que l'autre nom qu'il convient de donner à la vie et au désir.

 L’auteur ? c’est lui : Né en 1962. François Poirié travaille depuis près de vingt ans à France Culture. Philosophe, écrivain, critique littéraire. il a enseigné à la Sorbonne (Paris-I) et collaboré à de nombreux journaux et revues.

 Auteur de plusieurs fictions dont Rire le cœur (Actes Sud, 1996 : repris en Babel en mars 2007), et de livres pour enfants parus à L'école des loisirs, il a également publié Emmanuel Levinas, essai et entretiens (La Manufacture, 1987 ; Babel, 2006), ouvrage traduit en plusieurs langues.

 

 Comme je suis reconnaissante à Marie-Pierre de m’avoir offert son ouvrage ! Non, il ne s’agit pas simplement d’un portrait de Delphine Seyrig. Il s’agit de Delphine Seyrig omniprésente, sensuelle et terrible, délicate et piquante. Delphine Seyrig, oui, comme une apparition mille fois répétée, imprégnant toute une vie, toute une pensée. François Poirié n’est pas un fanatique. Admirateur de l’actrice par dessus tout, c’est un homme sensible qui offre davantage que ce qu’il aime. Il s’offre tout entier. L’ouvrage entier est parsemé d’anecdotes, d’expériences de toute une vie. Autant d’expériences qui sont parfois dramatiques, hilarantes et touchantes. Comme une apparition ou l’art de se livrer en parlant de ceux qu’on aime offre parfois des paragraphes tels que celui-ci : « Je ne suis pas fils unique. J’ai un frère. Il est mort. » (p. 37). Entrer dans l’univers de François Poirié, c’est entrer dans le monde de Bunuel et Resnais, Ingeborg Bachman, Virginia Woolf. Lorsqu’il lance « Le désespoir est simple, c’est l’absence de tout leurre », comment ne pas penser à la fameuse phrase de Proust, la phrase même qui selon moi nous pousse à poursuivre La recherche : « L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir ». Bien sûr, c’est le verre à moitié vide contre le verre à moitié plein. Question de vision particulière. Je crois cet auteur plutôt pessimiste, et pourtant : « La vraie passion est, je le crois, raisonnable, consciente, intelligente. Elle nous grandit, elle nous élève, nous oblige à « toujours plus » (p. 91), ce qui en fait la force et la beauté. Je le pense profondément : j’y crois. » Oui et mille fois oui !! Il oscille entre ses élans de courage, de vivacité et un désespoir latent, une tristesse infinie et infiniment belle : « On passe la moitié de sa vie inconscient. On ne fait qu’attendre devant la porte fermée. » (p. 21). C’est tout un univers qui se dessine, dans lequel on plonge. Comment ne pas avoir envie, après sa lecture, de voir Delphine Seyrig dans Peau D’âne, Muriel ou le temps d’un retour, India Song ? J’ai hâte déjà de découvrir ce visage qui transparaît si vague au creux de mes pensées, lointain et si familier. Je suis certaine, déjà, d’être séduite autant que lui par autant de charisme et de légèreté.

 

 

 

Publié dans Archives Littéraires

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