L'ange de la dernière heure, de Nathalie Rheims

Publié le par Léthée Hurtebise

L’ange de la dernière heure est avant tout très bien écrit. Le thème n’était pourtant pas aisé. Quête du père, fuite de la mère, quête de soi à travers un Saint Père recherché, convié, interrogé.. La jeune fille dont les récits apparaissent en filigrane à travers les interrogations que la mère livre au lecteur décide d’entrer au couvent des Moniales Victimes du Saint Sacrifice. Puisque sa mère lui oppose un silence implacable lorsqu’il s’agit d’évoquer son père légitime, elle décide de s’enfermer dans les murs saints du silence sans retour, de l’absolution confiée à Dieu : le vide sera le néant salvateur qu’elle offrira à Dieu, pour mieux encore s’en faire envelopper. On comprend petit à petit, encore qu’il y aurait maintes interprétations à faire de ce petit bijou de Nathalie Rheims fabuleusement écrit une fois encore, que la quête de l’inconnu patriarcal trouvera sa véritable voie parmi les plus impénétrables. Un récit donc, savamment transposé dans le monde du sacré, où la religion est l’ultime alternative à l’incompréhension des origines. On pense donc à Nietzsche, en lisant page 40 « Dieu, pourquoi es-Tu mort ? ». L’enfant novice, dont l’anorexie est sous-entendue à son arrivée au couvent, est peu à peu considérée comme l’ange accompagnant les plus âgées à la mort, celle pour laquelle l’église peut oublier quelques unes de ses lois si c’est pour la protéger. Quelques aphorismes, enfin, sont à retirer de cette œuvre, qui sans nul doute mérite l’attention : « Je devine où ton chemin te mène et je sais où le mien me conduit ». Véritable voyage méditatif dont quelques billets nous sont offerts au cours de la lecture : « Auprès d’elle je découvrais sa solitude et la mienne m’invitait au silence ».. ces quelques expressions montrent à quel point l’écriture y respecte la langue, et plus encore. Les amateurs d’isolement, de lecture, et d’étrangeté s’y retrouveront car « cette histoire est celle de l’absolu mystère ».

   

© Léthée Hurtebise - 8 octobre 2005 - Pour La presse Littéraire

 

Publié dans Archives Littéraires

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