En toute Impunité, de Jacqueline Harpman

Publié le par Léthée Hurtebise

Ce roman de Jacqueline Harpman qui vient de paraître aux éditions Grasset, est sans aucun doute dans la lignée de son excellent

Moi qui n’ai pas connu les hommes. La romancière, psychologue de formation, nous plonge dans une atmosphère envoûtante et dangereuse. Le lecteur est happé par les lignes meurtrières de l’histoire que le narrateur nous conte. Jean, un homme d’affaires, tombe en panne un soir avec sa voiture, alors qu’il longeait le mur de la propriété de La Diguière. Il entre dans la cour et se retrouve dans un domaine charmant du XVIIIe siècle, une bâtisse quelque 
Moi qui n’ai pas connu les hommes. La romancière, psychologue de formation, nous plonge dans une atmosphère envoûtante et dangereuse. Le lecteur est happé par les lignes meurtrières de l’histoire que le narrateur nous conte. Jean, un homme d’affaires, tombe en panne un soir avec sa voiture, alors qu’il longeait le mur de la propriété de La Diguière. Il entre dans la cour et se retrouve dans un domaine charmant du XVIIIe siècle, une bâtisse quelque 

Moi qui n’ai pas connu les hommes. La romancière, psychologue de formation, nous plonge dans une atmosphère envoûtante et dangereuse. Le lecteur est happé par les lignes meurtrières de l’histoire que le narrateur nous conte. Jean, un homme d’affaires, tombe en panne un soir avec sa voiture, alors qu’il longeait le mur de la propriété de La Diguière. Il entre dans la cour et se retrouve dans un domaine charmant du XVIIIe siècle, une bâtisse quelque 

 peu délabrée mais qui garde tout son caractère. Il découvre qu’elle n’est habitée que par des femmes, six au total. Lors de la première partie du roman, il doit être hébergé 4 jours dans la propriété, sa voiture n’étant réparable qu’au bout de ce délai. Forcé de rester à La Diguière , Jean s’attache à la demeure, aux habitantes, et découvre que les générations se succèdent en maudissant étrangement les hommes qui aspirent à posséder le domaine. Qui possède l’un et l’autre de La Diguière ou de l’habitant ? Du passant, du voisin ? Cette maison, hantée par des vivants acharnés à la garder au péril de la faim, porte un lourd secret dont Jean sera le seul témoin, du début à la fin. Pourtant le lecteur ne voit rien.

Ce n’est cependant pas la qualité d’écriture qui prédomine dans ce roman, mais plutôt l’atmosphère, l’univers dans lequel l’écrivain nous plonge. En toute impunité pose une question essentielle à laquelle il est impossible de répondre, à moins d’avoir été acteur d’un tel dénouement. Par ailleurs, l’écrivain fait parfois référence à ses ouvrages de manière ironique, une façon de dire qu’elle est loin d’avoir écrit là un nouveau Les diaboliques, mais le plaisir reste palpitant.

 

Encore une fois, il s’agit quasiment d’un huit clos, où les femmes ont le premier rôle. Cette idée de société matriarcale et féminine était déjà largement évoquée dans Moi qui n’ai pas connu les hommes. Dans ce dernier roman, Jacqueline Harpman nous transportait dans un monde où les femmes sont enfermées pour leur vie entière dans une cave, surveillées par six gardiens avec lesquels elles ne peuvent communiquer, possédées donc et séquestrées par une instance omni-absente et presque divine : l’homme. Un mystère fait que les hommes désertent les lieux, laissant ainsi les femmes s’échapper au dehors, dans un monde qu’elles ne connaissent absolument pas, et c’est la vie de quarante femmes qui nous est proposée tout au long du roman, à travers leur chemin dans un monde déserté de toute vie humaine. Elles s’échappent de leur prison, mais pour errer sans fin dans un espace vide, plein d’absence, un monde dépeuplé et dépourvu de vivres où cependant elles se voient tout posséder. Il n’y a pas d’explication, pas de cause, pas de but. C’était le cas également dans sa nouvelle La forêt d’Ardenne. Une troupe d’êtres vivants dépossédés de tout, erraient à l’infini dans un pays où le seul but était de survivre, et donc de trouver de quoi manger, boire : satisfaire ses besoins car la destination est inconnue, la douleur échappe à l’entendement, et la solution reste introuvable. Une seule chose est certaine dans Moi qui n’ai pas connu les hommes et La forêt d’Ardenne : c’est qu’il faut rester en vie, car même sans but, même sans compréhension du monde et des événements, il reste toujours un espoir qu’il se passe quelque chose. Il faut donc continuer, vivre, et se nourrir.

 

C’est la même obstination que l’on retrouve dans son dernier roman, En toute impunité. Pour sauver un domaine hérité depuis deux siècles, six femmes possessives se transforment en anges démoniaques. Ce n’est pas un roman gore, ni même un roman de science fiction : pas de scène choquante, pas de grand mouvement. Tout s’y déroule en douceur, et de la façon la plus naturelle. Le crime ne l’est-il pas lorsqu’il est guidé par la passion ?

 

Sans aucun doute, les femmes La Diguière rappellent la Françoise de Mercure, d’Amélie Nothomb dont l’ambiance est tout aussi oppressante et délicieusement diabolique.

 

  © Léthée Hurtebise - 11 mai 2005 - JDC n°15

 

Publié dans Archives Littéraires

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