D'un ailleurs l'autre, l'exil au bout du fusil

Publié le par Léthée

A propos de
Un dieu un animal
de Jérome Ferrari


C'est ainsi. Chacun à leur manière, aux quatre coins du monde les hommes et les femmes font la guerre. Ainsi, tandis que les uns vont chercher Dieu ou la mort dans le désert, les autres le trouvent dans le dollar. Tandis que d'autres encore assouvissent leur besoin de violence près des martyrs du sable, à l'opposé des assemblées de cols cravatés et de mains manucurées le comblent dans l'ivresse et l'écoeurement. Cependant, il est des combats qui assemblent et d'autres qui détruisent et lorsque deux personnes s'unissent dans cette parenthèse entre deux mondes, ce ne peut être pour bien longtemps, juste le temps de réaliser que l'exil vous engloutit partout où vous revenez, même chez vous, et que l'ailleurs n'appartient qu'à ceux qui lui sont fidèles.

Un jeune homme part à la guerre, en entraînant son ami au combat. Lorsqu'il revient, seul, dans son village, plus rien ne ressemble au pays qu'il a connu. Son regard ne peut plus épouser le berceau de son enfance comme auparavant. Les lieux n'ont pas changé, mais lorsqu'on les regarde avec un autre coeur, tout est différent. Alors justement, le jeune homme s'attarde sur le souvenir d'une jeune femme, Magali, qui doit être la même, puisqu'originaire d'ailleurs. Autrefois l'objet d'un amour innocent et chaste, Magali sera convoitée à nouveau, et sa peau épousée. Malheureusement, ce corps devenu soudain si familier, après tant d'années, ne fera que repousser le jeune homme en terrain étranger.
Elle, si attachée à ce combat de la performance. Lui, si empreint de violence, perdu dans sa quête éternelle de l'absolue simplicité, impossible et donc agaçante. Aucun des deux ne pourra rattraper l'autre, le sauver. Chacun retournera à sa manière dans le monde qui le perd peu à peu.

Ce livre parle de l'impossible quête de Dieu. Il traite aussi de l'exil, et de cette faculté de l'humain à dévaster le monde pour un idéal tout subjectif, que nul autre peut comprendre. Chacun voit le monde à sa manière, d'un oeil de cyclope endolori et saoul. Chacun voudrait imposer son dessein comme le chemin à suivre par tous : tout cela au prix de l'illusion, des désillusions. Autant d'aveuglements qui font de ce père meurtri une victime consentante et cruelle, lui qui perd son fils sans avoir pu le prévoir. La voix de Dieu semble dire au narrateur : «  Au catéchisme, on te parlait de l'amour de Dieu comme d'une chose simple ». L'homme oublie parfois qu'il n'est pas nécessaire de chercher Dieu pour trouver l'amour.

En tout cas, le lecteur trouvera son compte dans cet ouvrage d'une grande qualité, où deux voix se mêlent et se relayent d'une façon étonnante pour raconter l'explosion d'une rencontre. Jérôme Ferrari semble avoir définitivement trouvé le ton : son livre laisse des ecchymoses plusieurs jours après la lecture. Comme une démangeaison inconsciente qui vous accompagne et vous titille. Oui, Un dieu un animal laisse des traces : n'est-ce pas le but de la littérature ?

Article paru dans Le magazine des livres n° 14

Illustration :
Giovan Battista Moroni et Giovan Francesco Terzi
Le Jugement Dernier, 1577-1580 
Huile sur toile - 422 x 485 cm
Gorlago, San Pancrazio

Publié dans Archives MDL

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Commenter cet article

Isa 27/02/2009 11:03

ah c'est le prochain livre que je dois lire. Je n'ai pas lu ton billet je reviendrai quand j'aurai fini le livre. Je ne veux pas me faire influencer. On a tous ses petites manies !!!!

Léthée 03/03/2009 22:45


Alors alors ? N'oublies pas de nous tenir au courant après ta lecture !