N'ayez plus peur de Gombrowicz (1)

Publié le par Léthée

A propos de
La pornographie,
de Witold Gombrowicz


Witold Gombrowicz fait partie de ces auteurs Galonnés que la plupart d’entre nous connaît de nom sans avoir véritablement approché sa littérature. Avec Faulkner, Dostoïevski, Cioran, Musil, il fait partie de ces monuments de la littérature qui font référence mais que nous hésitons à lire parce que justement, la référence fait peur. Il y a une connotation « Classique », un à priori lié certainement parfois au manque de confiance qui nous habite, mais aussi un aspect « sacré » dont nous avons beaucoup de mal à nous emparer.

Witold Gombrowicz a inspiré bon nombre d’auteurs bien connus, et parmi eux, Milan Kundera. Ce dernier citait bien volontiers et pêle-mêle Tandis que j’agonise, de Faulkner, Ferdydurke de Gombrowicz et L’homme sans qualités de Musil comme ses trois ouvrages fondateurs. Tout un programme à priori apparenté à l’Ulysse de Joyce, La recherche de Proust… J’ai pour ma part tenté un jour de lire celui de Joyce, j’ai cru que j’allais m’évanouir tellement mon cerveau avait de mal à établir des connections entre ce que je lisais et ce que cela signifiait. Hum. Je n’étais peut-être pas dans de bonnes conditions. Proust, pour le moment, je n’ai lu que le premier tome. Les autres m’attendent… mais ils ne sont pas perdus, ils ne sont jamais loin de moi. Lol.

Revenons à ce cher Witold. Je viens d’achever la lecture de La pornographie. Un collègue assez porté sur les allusions sexuelles me faisait remarquer, en lisant le titre de l’ouvrage, que je n’avais pas une tête à lire des cochonneries. Pfff… Mais il ne s’agit pas d’un ouvrage pornographique !!! ou…. Ou alors il s’agit d’une pornographie autrement plus intellectuelle que ces vilains jeux de quilles que nous téléchargeons par erreur lorsque nous recherchons le bon vieux Blanche neige de Walt Disney.

Witold Gombrowicz est né en 1904 en Pologne. Il était donc Polonais, mais aimait bien notre pays, où il est mort (à Nice) en 1969. Hum. Il publie en France Mémoires du temps de l’immaturité et Ferdydurke. La pornographie est publié en 1960. Gombrowicz s’intéresse à la Philosophie (L’existentialisme), les rapports entre les personnes (qu’il développe et étudie dans ses œuvres) et cultive l’anti-nationalisme. Hum. Mais parlons du roman :

Witold, le personnage (l’auteur joue ici son rôle) fait la connaissance de Frédéric. Ensemble, ils vont faire la connaissance de deux jeunes gens : la fille d’un ami, Hénia, qui est déjà promise à un avocat mature, Albert. Puis il y a l’aide du père d’Hénia, Karol. Ces deux jeunes gens sont environ du même âge, et dès que Frédéric et Witold les rencontrent (précisons que Witold et Frédéric, deux hommes d’âge mûr, ne se connaissent pas plus que ça), ils éveillent chez leurs ainés un curieux désir : celui de les voir s’accoupler. Bon. Expliquons.

Nous avons deux nuques aussi juvéniles et lisses l’une que l’autre. Deux jeunes gens, auxquelles elles appartiennent, qui sont aussi espiègles l’un que l’autre. Et à côté, nous avons deux pervers intellectuels qui s’ennuient visiblement et sont habités par la même obsession. Les deux jeunes gens finissent par se rendre compte de l’excitation des deux matures (le sont-ils vraiment, matures, ces deux-la ?) et entrent dans le jeu : ainsi, ils flirtent volontiers avec eux en se prêtant à des mises en scène somme toute très chastes (écraser un ver de terre unique en même temps, avec leurs deux pieds réunis sur le ver de terre…, se vautrer dans l’herbe, sans se toucher, mais en prenant soin de dénuder chacun une jambe…), des mises en scène donc auxquelles les deux hommes assistent mi-voyeurs, mi-falsificateurs.

Mais ces quatre personnages ne sont pas seuls, et bientôt, ils vont se retrouver dans un théâtre plus… sanglant, bien malgré eux au départ. Cependant, Frédéric est là pour veiller à la maîtrise de l’œuvre !

L’écriture de Gombrowicz rappelle le burlesque de Diderot, dans Jacques le Fataliste, l’absurde de Kafka, et la précision des auteurs du XIXème siècle.  Witold (le narrateur) semble aussi perdu que K dans Le procès. Frédéric est aussi hilarant que le Jacques de Diderot. Certaines scènes familiales sont dignes d’un Balzac.

Enfin, si vous vous attendez à lire un livre ennuyeux, trop intello, difficile à lire : vous vous trompez. Il se lit remarquablement vite et bien. L’auteur offre une aisance de lecture parfaite étant donné les relations plutôt… complexes qui sont établies entre les personnages. Ma scène préférée ?....

… celle du ver de terre bien sûr !

(Là c'est sûr, avec "pornographie" pour nommer mon image, et inclus dans mon article, je vais avoir plein de visiteurs ! )

Publié dans Archives Littéraires

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rose 07/02/2009 18:56

De Gombrowicz, j'ai beaucoup apprécié Les envoûtés dont le ton et le sujet semblent assez proches de La Pornographie. Certaines nouvelles m'avaient paru moins convaincantes, mais j'espère bien retrouver l'humour et le romanesque des Envoûtés dans ce volume !

Léthée 17/02/2009 11:28


J'ai prévu de lire Les envoûtés également. mais j'avoue que je suis un peu débordée d'un seul coup dans mes lectures. J'ai plusieurs livres en cours... et ça m'embete. Donc les plus... classiques
attendront. D'où vient cette manie ? ;)


Julien 30/01/2009 00:10

Houlà, je ne connais pas cet auteur, mais il a l'air très controversé ;)

Léthée 05/02/2009 11:44


Oui ! Et plus que ça. Je peux te conseiller l'adresse du blog de Pierre Cormary, qui en parle beaucoup : http://pierrecormary.hautetfort.com

Bon... je n'aime pas tout ce qu'il dit, ni tout ce qu'il montre d'ailleurs... mais ses textes sont fabuleux, aussi provoquants soient-ils.


berenice 29/01/2009 16:51

Bonjour, A la lecture de cet article, je ne résiste pas à l'envie de vous apporter mon témoignage navrant, mon expérience gombrowitzienne, quoi.. Si vous avez lu cette critique de La Pornographie, si vous êtes arrivé(e)s en fin de page sans zapper, c'est donc que mon commmentaire va vous indisposer.... Pas nécessaire que je continue, donc ? Mais si, mais si, ça me fait tant plaisir.Eh bien voilà. Je suis quelqu'un qui respecte le livre, dont la profession même consiste à respecter le livre. Et celui là, il était neuf. Pas un défaut encore, pas une tache de doigt gras, nickel.... Et en plus, je l'avais payé, mo-même. Qui plus est il m'était chaleureusement recommandé par une amie respectée, fine lectrice et critique enthousiaste. C'était Ferdydurke, et je l'ai jeté, là, dans le RER, pas très loin de Châtelet, autour de 18 h, et sans un remord. Je l'ai balancé sur un siège en priant pour que cela essaie de faire concurrence à Métro...Qu'est-ce que je retiendrai de Ferdydurke ? J'ai lu la page 1, puis la page 2, puis, chose très rare, la moitié de la page 3, et les 5 première lignes de la page 7.Arrivée là, j'étais déjà indisposée par une sorte de "mauvaise odeur intellectuelle" qui provenait sans nul doute du livre lui même, et de l'esprit fétide de Gombrowitz.Les esprits fétides, je crois bien que j'aime.Rien n'est plus savoureux qu'un bon plat de hargne et de désespoir assaisonné d'une pincée d'ironie et de petits légumes hautains, arrogants, voir pervers.Or là, loin de savourer le plat, je suis allée voir directement à la page 15 s'il y était toujours, puis à la page 25, dont j'ai cette fois lu une dizaine de lignes, puis de plus en plus rapidement, j'ai scanné le reste de la vilaine daube... horreur et bouillon cuit! J'étais allergique à Ferdydurke ! L'insupportable égotisme et l'infantile miasme de cette pensée qui se croyait maligne, qui se croyait presque anticonformiste ! pouah ! les relents de prose d'auteur raté qui se rattrappe en bousillant au hasard, fi ! le gnan-gnan   du snobisme dans sa pure expression ! ah pouacredonc.Ben j'ai jeté. A la DASS, Ferdydurke.Aux objets trouvés. Ou bien qu'il fasse PQ pour les clochards, na.Ah, mais pourquoi tant de haine ?Docteur, me prescrivez-vous d'en essayer un autre ?Sans animosité, Bérénice

Léthée 05/02/2009 11:43


Beuh... quand je lirai Ferdydurke, j'essaierai de comprendre un peu le phénomène. Oui, essaie La pornographie bien sûr. C'est pour le moment le seul que j'ai lu. Mais vraiment il me fait penser à
toutes les références que j'ai citées. Bon, je réponds à ton commentaire un jour de grippe, j'espère ne pas te la transmettre... ni divaguer trop. A bientôt