Derners fragments d'un long voyage, de Christiane Singer

Publié le par Léthée Hurtebise

J'ai déjà lu un ouvrage de Christiane Singer, qui s'intitule  Eloge du mariage, de l'engagement... . Un jour, je tombe sur Derniers fragments d'un long voyage. « Le 1er septembre 2006, un jeune médecin annonce à Christiane Singer qu'elle a encore six mois au plus devant elle. » Voilà ce qu'annonce la quatrième de couverture de cet ouvrage, que je tiens dans mes mains au rayon d'un grand vendeur de culture. Nous sommes alors en juin 2007. N'ayant pas entendu parler de la mort de Christiane Singer, je me dis aussitôt qu'il s'agit d'une autofiction assez osée : la dame braverait-elle la mort ?
Il est également indiqué que le carnet de bord de ce long voyage a été rédigé par l'auteur du 1er septembre 2006 au 1er mars 2007. Le livre vient juste de sortir. Je ressors, confiante, et me précipite aussitôt parvenue chez moi sur internet pour dénicher une bio de l'écrivain.
Christiane Singer est décédée le 4 avril 2007. Je n'en savais rien.

Cette année, en 2008, je me suis enfin décidée à lire cet ouvrage. Il n'est pas dans mes habitudes de lire des journaux, encore moins si ils concernent l'intimité des gens. J'ai déjà lu dans mon adolescence des ouvrages de ce type et le plus souvent on y retrouve ce chagrin appitoyé de celui qui n'a d'autre arme pour avancer, croit-il, que la confession de ce qu'il subit. Il m'est arrivé également de lire La mort intime  de Marie de Hannezel. Un ouvrage très poignant sur la dernière phase de vie des grands malades, interrogés par l'auteur lors de leurs derniers moments. De la mort d'un condamné aux coucheries de Catherine Millet ou Christine Angot en passant par l'enfer de la drogue ou de l'anorexie vécu par de jeunes femmes tantôt prostituées, tantôt orphelines et combattives, on retrouve toujours ce même pathétique déguisé derrière un faux combat : l'écriture pourrait être un beau combat si elle servait davantage de mise en garde et tenait un rôle informatif. Malheureusement, elle n'est bien souvent que la description détaillée de la misère, servie sans analyse et n'invitant qu'à l'identification morbide à laquelle nous sommes tous capables d'adhérer.

J'ai donc quand même décidé de lire ce récit de fin de vie, car je connaissais l'auteur et sa grande capacité à analyser les situations les plus désespérées, à la lumière d'une foi salvatrice et positive. Christiane Singer croyait en Dieu, mais avant tout elle croyait à la vie. Elle décrit donc ses souffrances mais également ses espérances; Elle profite de ce dernier récit pour rassurer les gens qu'elle aime, leur donner un dernier message, et par dessus tout léguer à tous et toutes un message universel de bonheur et d'amour. L'amour, il est présent dans chacune de ses pages. Au moment même où le cancer s'invite en elle et la détruit, elle est encore capable de recevoir, percevoir et donner de l'amour. Jamais elle ne s'abandonne, et toujours elle écoute ce corps qui la trahit. Croyant aller plus loin, elle persiste à aimer et vivre : « Je poursuis mon chemin. Demain, comme tous les jours d'ici ou d'ailleurs, sur ce versant ou sur l'autre, est désormais mon jour de naissance. » Mourant, elle dit encore merci.
On a envie de croire qu'effectivement, la mort du corps n'est rien, que l'âme est éternelle et que la vie continue, sous une autre forme. En tout cas pour elle, désormais, le rêve est devenu réalité : ces pages rendent la sienne éternelle puisqu'elle a eu la force de les confier à la littérature. Sa philosophie perdure.

© Léthée Hurtebise – octobre 2008

Publié dans Archives Littéraires

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