La Baïne, de Eric Holder

Publié le par Léthée Hurtebise

La baïne, c'est avant tout une histoire de rencontres. Sandrine a rencontré ce coin du Médoc, et a voulu y vivre, y épouser un homme, avoir des enfants de lui. C'est là-bas qu'elle a construit peu à peu sa vie. C'est là bas que peu à peu, elle a appris à vivre une vie qu'elle imaginait. Puis cessant d'imaginer, elle s'est mise à vivre comme tous les gens de là-bas, dans une sorte d'otarcie qui se méfie de tous ceux qui ne sont pas natifs de la région. Bientôt, ses rêves cessent de plus en plus d'être à sa portée, c'est à dire à mesure que le Médoc et son train train, le mariage et le petit boulot d'assistante de domaine vinicole (un château tout de même !) deviennent si pesants, si habituellement pesants que le verbe « envisager » se transforme en brumeuse et fatigante utopie. Personne ne remarque plus, bientôt, à quelle point Sandrine est jolie.
Survient un « étranger », comme on les nomme là-bas, qui passe dans la région pour y tourner un film. L'homme est discret, et plutôt éteint lorsqu'il arrive dans ce coin reculé. Il ne dessine plus, il ne rit plus très souvent. Les femmes et l'aventure l'ont lassé, lui qui ne sait faire qu'une seule chose : être abandonné.
Le destin a bien fait les choses : Sandrine sait vous faire découvrir les beautés du coin, en bonne guide régionale. Arnaud, l'étranger, ne demande que cela : voir d'autres horizons, dénicher quelque charme. La rencontre a donc lieu, et il est dit quelque part qu'elle ne doit pas durer, sous peine de sanction ou à défaut, de condamnation.
Chacun se trouve sans se chercher, tant que les regards alentours sont aveugles. C'est alors que chacun s'épanouit à tour de rôle, par la rencontre, dans un amour inattendu qui se développe dans le plus grand secret. Puis un beau jour, un oeil à l'affut s'arrête sur cette idylle qui n'était pas faite pour passer inaperçue.
A ce moment encore, personne ne se doute que les choses se règlent parfois d'elles-mêmes, et qu'il faut du temps simplement au coeur pour réaliser que toute bonne chose à une fin surtout si elle a d'ores et déjà apporté son lot de bonheur : la libération, l'épanouissement, un amour plus grand encore pour ceux qu'on aimait déjà tant. Tout cette historiette n'était qu'un virage nécessaire et salvateur où résonne en écho une sorte de déclencheur sur lequel on appuie, sans l'avoir voulu et puis si, pour voir, aussitôt fait aussitôt repensé dans tous les sens.
Le hasard d'un oeil qui se mêle, et puis hop : un pas de trop dans les vagues, juste pour voir, en attendant un ultime rendez-vous, manqué celui là pour tout le monde et par tous les regards.
Eric Holder, dans une écriture très simple et presque lointaine, détachée, raconte que le manque quotidien, invisible est plus néfaste qu'un manque violent, pressant, à la fois surprenant et désiré. Certaines scènes sont fabuleuses, comme ce regard d'enfant, soudain très éveillé et conscient qui s'offre à celui de sa mère, qui n'a pas semblé le voir grandir en dehors d'elle.
Un roman sur les rencontres donc, à lire absolument en attendant un rendez-vous.

© Léthée Hurtebise – La Baïne, de Eric Holder, Editions Points, 187 pages ; 5,23 euros. Pour l'acheter c'est ici.


 

Publié dans Archives Littéraires

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