Le liseur, de Bernhard Schlinck

Publié le par lethee

Dernièrement, j'ai lu Le retour, de Bernhard Schlink (voir magazine des livres n°11). On m'a dit, en me l'offrant, qu'il était la suite d'un autre livre : Le liseur. Un peu confuse, j'avouai ne pas l'avoir lu. Ceux de mon entourage qui eux, l'avaient lu avec passion, m'assurèrent qu'il s'agissait d'un superbe roman. Dans la foulée on m'espérait trouver le même plaisir à lire Le retour. A lire ce dernier, j'ai effectivement pris beaucoup de plaisir. Ouvrage plus dense que le premier, il est pourtant de la même veine, avec les mêmes préoccupations, et les mêmes passions, semble-t-il, que le précédent. Mais je ne m'étends pas davantage sur un livre dont j'ai déjà parlé. 
Comme l'indique un bref paragraphe, en prélude, « Bernhard Schlink est né en 1944. Il exerce la profession de juge. Il est l'auteur de plusieurs romans policiers couronnés de grands prix. »
A vrai dire, nul besoin de définir davantage le personnage, car ses romans nous apprennent davantage à son sujet que n'importe quelle biographie. 
Voici la présentation de l'éditeur, pour Le liseur : « A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. »

Le thème du parcours initiatique était donc déjà investi par l'auteur dans Le liseur. Déjà, il optait pour un récit s'inscrivant dans la durée, et dans la vie entière d'un jeune garçon devenant adulte, et qui se construit au fil de ses expériences. Dans ce roman, il s'agit davantage d'une initiation par l'amour, et par la découverte du plaisir et des secrets, des mystères qui l'entourent. Ce mystère de l'amour est rendu plus frappant encore grâce au personnage d'Hanna, portant un terrible fardeau. On ne peut s'empêcher de se questionner avec Michaël sur ce qui peut provoquer les réactions de son amoureuse, plus âgée ; cependant, on se dit que le regard de Michaël est celui d'un enfant de 15 ans, par qui l'on ne saurait tout comprendre et tout déchiffrer. Aussi, le mystère reste entier.
D'autant plus entier qu'il est à ce point grave, sans qu'on s'en soit douté. Là encore, Bernhard Schlink semble attacher beaucoup d'importance, et mêler peut-être une curiosité passionnée à la barrière si fragile qui sépare le bien du mal. Ainsi, ce roman est également l'occasion de réfléchir sur la possibilité d'être entraîné dans la spirale du mal, et de la mort, sans vouloir ses plus viles conséquences, simplement par « fuite » pour échapper à quelque chose qu'on croyait, subjectivement, insurmontable : la honte. L'auteur invite à une réflexion sur le choix d'un être qui ne peut prévoir ce qui se passera, ni quelles seront les conséquences du chemin qu'il aura choisi. Que ce soit dans le terrible choix d'Hanna, ou dans les simples réactions de l'adolescent face aux bizarreries de son amoureuse, le choix est toujours aussi difficile, quel que soit l'âge, quel que soit la gravité qu'il renferme et pourtant : il préoccupera davantage un enfant, un adolescent qui observe, qu'un adulte qui ne sait pas voir. 
Bernhard Schlink évoque par ailleurs avec une grande clairevoyance les désastres de l'Allemagne nazie, de la guerre, et de la manière dont le mal surgit, sans prévenir. De ce constat, on peut donc déduire que Le retour en est la digne suite, ou bien, une réflexion plus approfondie encore. Cependant, ce qui doit attirer l'attention dans le style de l'auteur, c'est cette capacité à créer des personnages bien réels, très proches, et psychologiquement des plus intéressants. Décortiquant leurs réflexions, leurs préoccupations, il nous montre ce qu'il est possible de percevoir de problèmes universels, en nous invitant à explorer la souffrance, la douleur, la joie, et plus que tout l'apprentissage, en nous plongeant au coeur du phénomène. C'est dans ce va et viens entre le particulier et le général que le lecteur s'accomplit du destin des protagonistes. Voilà une belle procuration pour de bien grandes expériences. 

Publié dans Archives Littéraires

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