De l'acide dans les tubes de la télé, Acide sulfurique d'Amélie Nothomb

Publié le par Léthée

Finalement, il n’est pas si mal que  ça le dernier Nothomb. Non seulement il fallait peut-être qu’un écrivain prenne position face à la Télé-réalité, non seulement il fallait aussi qu’Amélie Nothomb prenne publiquement position dans son œuvre, mais en plus, elle prend ici position de la manière la plus raisonnable, sensée. Dans Acide Sulfurique elle immortalise des pensées que tout le monde profère sans vraiment les penser, ni les revendiquer, ni non plus les honorer. Pannonique, Boule d’Antigone, se défend sans en avoir l’air d’une vérité qui l’accable et qu’elle recherche tout autant. Ce faisant, plus elle revendique, plus son destin se scelle. Le public veut du gore, du supplice : ce que réclame en effet le citoyen d’aujourd’hui c’est d’assister à de vrais drames en savourant du pop-corn. Ni cinéma, ni drame personnel, ce qui le fait jouir, c’est le drame des autres. On n’oublie jamais mieux ses soucis personnels qu’en constatant, impuissant (position très confortable de celui qui ne peut aider l’autre), les malheurs des autres. Symbole de l’interdit, de la non assistance politiquement correcte, le voyeurisme jubileux se répand à tous les niveaux : de celui qui profite à celui qui convoite en passant par ceux qui subissent ou suscitent, le mal est partout qui gangrène la hiérarchie. Le boycotte n'est pas un favori de notre société : pour boycotter efficacement il faut être solidaire, et si il y a bien une chose qui manque à notre quotidien c’est cette notion de solidarité. Il faut donc un sauveur, ou à défaut, un dénonciateur, celui-la même qui agira en dépit de son intérêt propre, pour l’intérêt collectif. Mais Zedna est un personnage irréel, bien Nothombien celui-la. Une sauveuse utopique, qu’on ne trouvera jamais parmi nos voisins, affalés, eux, devant la loft Académie. C’est là peut-être qu’Amélie est prise en flagrant délit de rêve : chez nous, il n’y aura pas de sauveur. Juste une autre mode qui viendra se substituer à celle que l’auteur décrit si bien, degrés par degrés ; cette mode qui se satisfait dans l’absence de satisfaction, dans la frustration des intelligences, menées à mal par la curiosité mal placée et le voyeurisme inutilement malsain de personnes qui aiment visiblement perdre leur temps à regarder vivre des gens qui vivent, eux, d’être observés.

Publié dans Archives Littéraires

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