Bienvenue chez Léthée

"Oui, je sens que c'est le moment de jeter un coup d'oeil en arrière, si je peux, et de faire le point, si je veux avancer.  (...) Moi je ne suis pas de ceux qui risquent de changer de chanson. Je n'ai qu'à continuer, comme s'il y avait quelque chose à faire, quelque chose de commencé, quelque part où aller. Tout se ramène à une affaire de paroles, il ne faut pas l'oublier, je ne l'ai pas oublié."

 

L'innommable, Samuel Beckett, Editions de Minuit, Paris, 2004, p. 81.

 

 

Jeudi 5 juillet 2007

On pourrait accuser Nancy Huston, dès la lecture de son ouvrage Limbes/Limbo, de n’avoir publié qu’un de ses délires pendant lequel elle se serait prise pour Samuel Beckett. « Beckett, mon frère » dit-elle avant de le tutoyer. Ceux qui affirment une telle chose sont de simples jaloux. Elle nous montre au contraire qu’il y a du sens dans cet amas de mots sens dessus-dessous. Elle fait preuve d’humour, d’ingéniosité et plus encore on sent qu’elle est imprégnée de l’écriture de l’auteur. Cet ouvrage aurait pu s’intituler Dans la peau de Samuel Beckett. On se prend au jeu, on reconnaît le ton, la forme, le fond. On pourrait presque croire, si seulement il était permis de croire car croyez-vous, le voyez-vous est-ce permis ? qu’il s’est réincarné en femme, le temps de nous laisser un dernier bonbon pour la suite. Laquelle  ? mais voyons… « on pourrait continuer ainsi indéfiniment. C’est bien ça le problème. ». (Nancy Huston, Limbes, Actes Sud/Leméac, 2000, p. 41).

  

par Léthée publié dans : Samuel Beckett
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 30 juin 2007

Comme tous les précédents, ce sixième tome de Murena est à couper le souffle. Tous les amateurs de BD s’intéresseront à l’histoire, la vraie. Tous les amateurs d’histoire seront à leur tour satisfaits par cette bande dessinée d’une incroyable richesse. Dufaux ne faillit jamais à ses talents d’historien. Il ne cède jamais à l’envie de mener seul une barque très dangereuse, celle qui prétend donner des exactitudes sur une antiquité dont on a déjà beaucoup de mal à recueillir les dernières traces. Delaby sert une nouvelle fois assez magnifiquement cette œuvre. D’un trait clair et obstiné, précis et gracieux, il nous peint les pires ennemis de Rome, les bêtes les plus féroces qui se cachent dans chacun de leurs regards. Ce duo est sans nul doute le plus aiguisé du moment, et il convient de les relire et les relire encore jusqu’au dernier tome : le prochain sera consacré à l’incendie de Rome.

par Léthée publié dans : Littérature jeunesse et BD
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 29 juin 2007

Missy. Strip-teaseuse de cabaret la nuit, simple femme obèse le jour. Adulée sous les projecteurs, délaissée le reste du temps. Missy, c’est l’histoire fulgurante d’un personnage touchant qu’on enviera jamais, et qu’on aimera pourtant pour toujours. C’est aussi le pari fou de Hallain Paluku, Svart et Benoît Rivière. Donner toute la splendeur de l’expression à un personnage sans visage, et le faire aimer en quelques pages. Dans cet album tout est parfait : Missy bien sûr, ses couleurs, le plaisir de la lecture. Pour la première fois, c’est à travers des visages vides qu’on peut lire une histoire. C’est l’histoire d’une vie, de rencontres avortées, d’une union manquée. Courrez acheter cet album paru chez La boîte à bulles avant qu’il n’en reste plus aucun. Sorti il y a moins d’un an, ce premier tirage est déjà presque épuisé. Cependant, vous pouvez consulter en ligne quelques pages de l’ouvrage ici.

 

par Léthée publié dans : Littérature jeunesse et BD
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 19 juin 2007

Antoinette Weber-Caflish, Chacun son dépeupleur. Sur Samuel Beckett (Minuit, 1995).

 

J'aurais pu tout simplement classer cet ouvrage dans mes "Lectures 2007" mais puisqu'il s'agit d'un essai sur Le dépeupleur de Samuel Beckett, autant ouvrir une catégorie qui fera l'objet de plusieurs posts dédiés aux ouvrages de et sur l'auteur.

 

 Je n'ai pas apprécié cet essai très universitaire de Antoinette Weber-Caflish. Je lui ai préféré L'esthétique de Samuel Beckett, (disons-le d’emblée) plus universitaire encore, puisque thèse de Evelyne Grossman. Mon malheur ne vient donc pas de la nature de l'ouvrage mais du ton, et surtout du contenu.

 

Rappelons tout d'abord le sujet du Dépeupleur : C'est un texte très court écrit par Beckett bien sûr, et dans lequel une voix off décrit l'intérieur d'un cylindre. Celui-ci est très haut et ses habitants ne peuvent en sortir. Ils peuvent, au mieux - et s'ils sont "solidaires", utiliser des échelles pour aller toucher le plafond (c'est une hypothèse, et seulement cela), aller se nicher à tour de rôle dans des cavités dont ils devront forcément descendre pour laisser la place aux autres, attendre en bas des échelles pour justement attendre leur tour de monter, tourner en rond, ou bien attendre, comme Belacqua, la tête entre les jambes et les bras autour des mollets. Voilà la vie dans le cylindre. "Séjour où des corps vont chacun cherchant son dépeupleur". (intro). Ils cherchent, donc. Quoi ? Allez savoir.  On se demande tout de même ce qu'il y a dehors, et si le cylindre n'est pas une métaphore du tube digestif, ou de la mère. Peut-être les deux.

 

Il semble que Madame Weber-Caflish soit plus intéressée par la destinée finale des « corps » que par leur comportement dans le cylindre. Dans son ouvrage, elle remet en question les travaux d'Alain Badiou et Todorov, disant que l'un oublie de considérer certains éléments en présence et que l'autre interprète à tort le texte comme ne version du mythe de la caverne, qu'il se trompe en affirmant la nécessité du narrateur, et qu'il n'est pas "en phase" avec l'auteur.

 

Pour ma part, ce que je retiendrai de l'essai de cette dame, c'est qu'elle est très en phase avec les mathématiques et que c'est d'ailleurs regrettable de commencer l'essai par cet anéantissement scientifique et méticuleux de l'intérêt de son lecteur. Dès son premier chapitre, elle part dans des calculs de mètres carrés, au cube et autres py rigoureux. Les calculs sont faux, et alors ? Nous ne lisons pas Verne ni Poe, mais Beckett. Il me semble que la symbolique la plus intéressante se trouve ailleurs que dans les chiffres, en tout cas en ce qui le concerne.

 

Pour (en) finir et puisqu'il faut bien finir (et surtout faire court, ôtons à Agrippine ce qu’elle a dérobé), il n'est pas judicieux de nous rappeler d'abord la phrase de Pascal "Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort.", pour ensuite faire la leçon à "la critique" : "il me semble qu'il faut remarquer que les habitants du cylindre, quand ils entrent dans l'état de vaincus, ne meurent pas à proprement parler : ils s'immobilisent, ayant renoncé à chercher. C'est donc la critique qui - non sans de fortes raisons - prend la responsabilité de voir dans la posture des vaincus une image de la mort."

 

Alors, sur quel pied puis-je vous inviter à danser ?

par Léthée publié dans : Samuel Beckett
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 17 juin 2007

[Présentation de l'éditeur

 

Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu'elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israélien d'origine arabe opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d'urgence à l'hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme. Il faudra l'audace rare de Yasmina Khadra pour oser aborder un tel sujet. Dans ce roman extraordinaire, on retrouve toute la générosité d'un écrivain qui n'en finit pas d'étonner par son imaginaire et son humanisme.
Biographie de l'auteur

 

Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, est né en 1955 dans la Sahara algérien. Il est aujourd'hui l'une des plus importantes voix du monde arabe et un digne ambassadeur de la langue française. Ses romans sont traduits dans dix-sept pays et rencontrent un intérêt grandissant. Les Hirondelles de Kaboul, traduit aux USA par John Cullen est soutenu par les plus importants libraires américains et canadiens, a été élu Meilleur livre de l'année aux Etats-Unis par le San Francisco Chronicle et le Christian Sciences Monitor. Le prix Nobel J.M. Coetzee voit en cet écrivain prolifique un romancier de premier ordre. ]

 

Ce prix des libraires 2006 est un petit régal. A partir du choc provoqué par la nouvelle annoncée par la police, il y a d’abord le déni. C’est un déni que la foule prend d'emblée pour un mensonge. « Bien sûr qu'il était au courant », pour les habitants de sa propre rue, il est évident qu'Amine avait programmé de concert avec elle la mort de sa femme, et celle des étudiants présents dans le restaurant. Personne autour ne peut imaginer qu'une femme, arabe de surcroît, puisse tenir un tel secret à côté de son mari. Dans les couples arabes, c'est L'HOMME qui porte la culotte, et lui qui décide de conduire sa femme au sacrifice.

 

L'auteur nous emmène au fil des pages dans un labyrinthe de sentiments que personne n'imagine. Amine n'est pas coupable, même pas complice. Dérouté au fil de ses découvertes, il apprend peu à peu à apprivoiser le fait d'avoir vécu une idylle à sens unique, d'avoir habité un paradis où le démon faisait son nid, petit à petit. L'homme, ici, n'est non seulement pas tout puissant mais il n'est rien. Il perd ses repères, ses certitudes, son confort. Le monde tout autour lui retire encore davantage : sa fierté, son honneur et pire encore : sa bonté. Cet ouvrage nous mène sur un terrain dangereux, avec beaucoup de talent : comment en vient-on à commettre le pire ? Il n'y a souvent qu'un petit pas à franchir.

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Album photos

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus