Bienvenue chez Léthée

"Oui, je sens que c'est le moment de jeter un coup d'oeil en arrière, si je peux, et de faire le point, si je veux avancer.  (...) Moi je ne suis pas de ceux qui risquent de changer de chanson. Je n'ai qu'à continuer, comme s'il y avait quelque chose à faire, quelque chose de commencé, quelque part où aller. Tout se ramène à une affaire de paroles, il ne faut pas l'oublier, je ne l'ai pas oublié."

 

L'innommable, Samuel Beckett, Editions de Minuit, Paris, 2004, p. 81.

 

 

Mardi 14 août 2007

Achevé le 8 août 2007 dans une chaleur de sable atténuée légèrement par quelques brasses dans une mer transparente, cet ouvrage est à la fois d'une complexité psychologique étonnante et d'une lecture très accessible. Bien que Sonoko, la narratrice rapportant cette histoire à un grand écrivain, nous laisse dès le début supposer le dénouement tragique vers lequel nous allons, nous n'imaginons pas sa complexité, et il est impossible de se résoudre à tant d'immaturité, tant de passion dévorante et inutile. Le japon des années 30 souffrait-il vraiment ainsi ? Il est impensable de délocaliser cette tragédie, ni même de changer sa temporalité. Cela dit, avant de lire un tel déchaînement de passions dévastatrices tout autant qu'incompréhensibles, il était impensable d'imaginer une telle histoire. A l'image de ses Confessions impudiques, Tanizaki offre ici tout un univers où les femmes, une fois encore, se montrent capables du pire pour assouvir leurs passions, leurs exigences. Trahison, mensonge, complot : entrez à votre tour dans un labyrinthe de sentiments dévorants.

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Lundi 13 août 2007

Concernant mes lectures, j'ai tenu quelques promesses, remplacé quelques livres par d'autres, oublié les derniers chez moi, évité d'emporter La recherche, trop volumineux pour ma voiture... voici une de ces lectures, encore :

 

 

Il semble que les analyses de tableau soient un sujet en vogue. En effet, la lecture d'images touche énormément la littérature contemporaine. De Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt que je suis en train de lire au Da Vinci Code de Dan Brown en passant par La tempête de Juan Manuel de Prada, nous assistons à l'émergence d'une catégorie d'auteurs qui se revendiquent comme des artistes complets capables d'écrire de la littérature incluant tous leurs talents d'érudits. Si ce dernier roman peut rappeler, dans ses premières pages, le Best-Seller qui fit de Marie-Madeleine et De Vinci le centre d'une intrigue, il faut se garder de ne pas confondre les deux ouvrages. L'intrigue de l'un est compliquée, orchestralement savante, grossièrement racoleuse. Celle de l'autre est plus simple mais à la fois plus tangible, plus poétique, plus personnelle. On l'aura deviné, mon suffrage va vers La tempête. L'auteur nous sert une intrigue qui n'est peut-être que le prétexte à l'évocation du tableau de Giorgione, nous explique que l'étude du tableau, au chapitre 7, a été faite par son père, et qu'elle n'a rien à envier aux professinnels. On sent l'auteur dans chaque page, dans sa manière de préférer les femmes à la cellulite abondante, dans sa façon de nous rappeler sans cesse lorsqu'il approche une femme qu'il est un célibataire endurci, proche du Sacerdoce. On reprend encore plusieurs fois de ces phrases répétitives qui, m'a dit mon petit nez, perdent sans doute de leur éclat à leur passage dans la langue française. C'est avant tout cette poésie, cette insistance à nous peindre Venise, aussi, comme une future Pompéï qu'il sera impossible de sauver des eaux, nauséabonde et mauribonde tout autant que jalouse de ses nombreux secrets, c'est tout cela qui prouve que l'auteur a fait un ouvrage plus personnel, et par conséquent, plus remarquable. Saluons au passage le petit logiciel de recoupement des ouvrages « analogues » mis en place sur le site d'Amazon. La tempête est conseillé par Amazon si vous avez aimé L'ombre du Vent de Carlos ruiz Zafon. Si vous n'avez encore lu aucun de ces deux ouvrages, vous avez alors manqué de très beaux moments de lecture contemporaine.

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Lundi 30 juillet 2007

Une fois n'est pas coutume, je contredis mes dires par mes actes. J'avais dit ne plus jamais pouvoir lire un jour Nathalie Sarraute, et voilà que Celeborn a réussi à me convaincre de me plonger à nouveau dans ses pages. Je dis plonger car, souvenez-vous (http://lethee.over-blog.com/categorie-1241871.html), voyager dans les écrits de Nathalie Sarraute revient pour moi à tenter de respirer sous l'eau (ce qu'il m'arrive de faire par inadvertance quand j'essaie de nager correctement).

 

J'ai donc lu Le mensonge. Si si. Comme Celeborn me l'avait dit, sans mentir, le théâtre de Nathalie Sarraute n'est pas aussi indigeste que ses romans. Attention : cela ne veut pas dire que je retenterai l'expérience de ces derniers. Non. En revanche, je lirais bien maintenant quelques autres pièces de l'auteur.

 

Comme d'habitude, rien ne vous prend aux tripes. Comme d'habitude, certains personnages reprennent le trip du pointillé. En revanche, ce qui est nouveau, c'est cette capacité à faire du réel un absurde douteux, et de l'absurde un doute réel. On ne sait plus bien à quel personnage s'accrocher. On ne sait même plus d'où vient ce débat entre amis, qui tourne au théâtre dans le théâtre, au surmensonge donc, en quête de vérité. Pas de doute sur un point : ce théâtre là est certainement fait pour être joué et davantage pour être écouté. Que ne donnerais-je pas pour entendre la dernière réplique de Pierre pour de vrai. Pour de vrai ? Oui pour de vrai, voir s'il est vraiment possible de jouer pour de faux à appliquer ces somptueuses didascalies : « Oui. Bon, je veux bien... (Ton franc.) Bon, bon... bien sûr, je jouais. (Il rit doucement.) ... Bon, bon, bien sûr... (Ton hypocrite.) Je jouais... »

 

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Samedi 28 juillet 2007
Cette année, les libraires ont prouvé leur bon goût en décernant un prix à cet étonnant roman d'une densité et d'une érudition surprenantes. Voici comment se présentent les deux personnages qui articulent le roman au gré de leurs pensées et journaux :
"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "
Encore un roman qui favorise les pensées inintéressantes d'une adolescente suicidaire ? Et bien pas du tout ! Encore l'histoire de personnages autosatisfaites, et donc de quoi satisfaire autant d'autosatisfaits dans le monde et dans les halls de gare ? Pas du tout ! On s'amuse à souhait de la supercherie orchestrée par Renée, volontairement recluse dans sa loge d'autodidacte parfaitement planquée et méconnue de tous. Son plaisir ne réside pas dans les quenelles PetitJean ni dans La roue de la fortune mais belle et bien chez Malher et Proust. Elle est à mourir de rire, Renée, lorsqu'elle se démasque en sursautant sur la faute de grammaire d'une grande bourgeoise. Elle est touchante, lorsqu'elle s'émeut et rougit de sa faiblesse face à Monsieur Ozu, le nouvel occupant de l'immeuble.
Ce roman a sans doute toutes les qualités. Une histoire, une vraie, cousue de toutes pièces. Des personnages élégamment construits et agréables à découvrir et suivre, qu'ils soient de nature à vous faire vomir ou plus enclins à vous faire rire, pleurer, espérer. Nul besoin d'intrigue pour le lecteur qui saura se plonger avec ferveur dans les méandres d'un immeuble dont il connaîtra peu à peu les moindres secrets. Dans cet espace clos, la petite souris que nous sommes se déplace et osculte, guête, attend, jusqu'au dénouement, chaque réaction et chaque petite anecdote. A 38 ans, Muriel Barbery, professeur agrégé de Philosophie dont le premier roman Gourmandise lui fit déjà connaître un beau succès en 2000, a écrit un opus intelligent et plaisant. Dommage que d'autres « prix » ne s'y soient pas davantage arrêtés. Il semble que ces derniers aient contracté la maladie du mauvais goût.
par Léthée publié dans : Lectures 2007
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Samedi 28 juillet 2007

Il fallait que ça arrive. J'ai oublié Les hirondelles de Kaboul au travail. Je suis donc en Espagne, loin de toute librairie Française, et je ne peux pas terminer la lecture de mon roman.
Harry Potter
est sorti le 21 juillet dans sa version anglaise. J'ai cru un moment pouvoir me le procurer ici. Je l'ai demandé à la Bookworld Libreria... ils ont déjà tous été vendus ! Quand en recevrez-vous ? « Two weeks »... mais je serai déjà repartie ! Une fois encore, la patience est donc de rigueur.

 

Tant pis pour moi. Je n'avais qu'à être plus réactive. Voilà pour les lectures repoussées de ce mois..

 

 

par Léthée publié dans : Lectures 2007
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