Bienvenue chez Léthée

"Oui, je sens que c'est le moment de jeter un coup d'oeil en arrière, si je peux, et de faire le point, si je veux avancer.  (...) Moi je ne suis pas de ceux qui risquent de changer de chanson. Je n'ai qu'à continuer, comme s'il y avait quelque chose à faire, quelque chose de commencé, quelque part où aller. Tout se ramène à une affaire de paroles, il ne faut pas l'oublier, je ne l'ai pas oublié."

 

L'innommable, Samuel Beckett, Editions de Minuit, Paris, 2004, p. 81.

 

 

Dimanche 30 mars 2008
Comme chaque année à mon anniversaire, on m'offre des livres, des bons d'achat pour la fnac (que j'utilise pour des livres), et je m'accordre quelques achats, toujours au rayon livre.
Ce mois de Mars 2008 n'a pas fait exception. Petit tour des lectures de ces deux prochains mois :

La littérature prend le maquis - de Jean Pierre Otte
[Présentation de l'éditeur
Devant le peu d'exigence du public et l'intronisation de la médiocrité dans l'arène médiatique, la littérature n'a que la ressource de l'esquive ; elle prend le maquis pour se sauvegarder elle-même, vivre à sa guise, continuer de développer dans ses ouvrages des perspectives de plaisir et d'élargissement dans la présence à soi-même et au monde. Jean-Pierre Otte dénonce les méfaits de la culture par tous, l'exception culturelle et autres petites infamies en art et en littérature, le parasitisme et l'onanisme oculaire. En même temps il s'efforce de comprendre l'avilissement et la platitude comme une étape nécessaire dans un processus de renouvellement. C'est dans l'ombre, en coulisse, en marge, que s'invente une culture nouvelle, libre, forte et fertile dont nous avons la plus grande nécessité dans le temps de la rupture et du passage. ]


L'art de la joie - Goliarda Sapienza
Ayant pris goût à la littérature Italienne avec Milena Agus, je m'y replonge aussitôt
[Présentation de l'éditeur
Née en 1900 dans un petit village sicilien, orpheline à neuf ans, Modesta ne semble pas promise à un destin brillant. Au mieux peut-elle espérer un emploi de servante et un honnête mariage à la sortie du couvent qui l'a recueillie. Mais la jeune fille a d'autres aspirations... Sensuelle et fière, déterminée et prête à tout, farouchement indépendante et terriblement intelligente, Modesta veut découvrir la richesse infinie de la vie. Pour cela, elle devra abattre une à une les barrières érigées par la société : religion, morale, traditions, partis politiques, préjugés de classe, sexisme... Sa vie durant, Modesta poursuivra cet inlassable combat, celui d'une femme éprise de liberté et de bonheur. ]


Le retour - Bernhard Schlink
[Présentation de l'éditeur
Le retour s’ouvre sur les souvenirs de vacances du narrateur, Peter Debauer. Élevé dans l’Allemagne de l’après-guerre par sa mère, Peter passe tous ses étés chez ses grands-parents suisses. Ces derniers travaillent comme correcteurs d’épreuves pour une collection de romans populaires.

Un jour, Peter commence à lire un bloc d’épreuves et découvre, fasciné, l’histoire d’un prisonnier de guerre allemand en Russie qui parvient à s’évader et à rentrer chez lui, mais seulement pour découvrir que sa femme ne l’a pas attendu. Certains détails du récit donnent à Peter l’impression qu’il s’agit non pas d’un roman mais d’une histoire vraie, et cette idée ne le quittera plus.

Beaucoup plus tard, devenu juriste, il mène l’enquête et, petit à petit, découvre que l’homme en question est peut-être son père. Mais à chaque fois qu’il croit comprendre son histoire, un élément inattendu brouille les pistes. Sa quête de vérité le conduit jusqu’aux Etats-Unis, où il est persuadé d’avoir identifié ce père insaisissable sous les traits d’un célèbre professeur de droit, déconstructionniste et négationniste…

Dix ans après la publication du best-seller mondial Le liseur, Le retour, publié en janvier 2006 dans les pays de langue allemande, est en passe de rencontrer un succès équivalent. ]

Samedi  et L'enfant volé- Ian McEwan
Après avoir très très apprécié Délire d'amour, du même auteur, il me semble opportun de me replonger dans cette littérature extrêmement riche en psychologie.
[Présentation de l'éditeur pour Samedi
Pour Henry Perowne - neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d'un musicien de blues et d'une poétesse - ce devrait être un samedi comme les autres. Pas question d'aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant... Un banal accrochage et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace évènements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toutes nos vies fragiles d'Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l'art, la quête d'un sens qui résisterait à la mort nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son art. ]

A suivre, mon petit compte-rendu de lecture sur l'excellent Piliers de la terre de Ken Follett, et sur le dernier tome du Combat ordinaire - Planter des clous de Manu Larcenet, au rayon BD.
par lethee publié dans : Lectures 2008
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Lundi 24 mars 2008

Pour cette première plongée dans la littérature contemporaine Italienne, il faut reconnaître que c'est une réussite. D'abord, Mal de pierres séduit par le choix des désignations. Le Rescapé, tout au long du roman, reste le Rescapé. Grand-mère ne changera pas de nom, elle non plus. C'est un récit qui implique plusieurs générations, et les femmes en particulier. La plume de la petite-fille offre à son lecteur, à qui veut bien la lire, la vie que sa grand-mère a bien voulu lui confier, elle qui ne parlait jamais à personne.
C'est l'histoire d'un espoir de femme, de désespoirs aussi, de regrets et d'une attente perpetuelle de l'amour. C'est aussi UNE histoire d'amour, celle de la Grand-mère et du Rescapé. L'histoire se déroule semble-t-il en marge du grand-père, tolérent, indulgent, aimant peut-être -on ne le saura jamais, mais toujours disponible dans cette absence qu'il offre à celle qui lui échappe et ne veut guère de lui. Sauveur méconnu de cette femme à part, venue de la lune, il n'est qu'un mari qui accepte de dire ´bonne nuit à vous aussi' ou bien ´prends ça' selon les envies de sa femme : éternelle enfant, novice de la vie, celle-ci s'invente des amours dans chaque regard posé sur elle. Chaque fois, la déception la pousse dans un désespoir que personne ne comprend.
L'écriture se veut simple, mais non dépourvue de poésie. Milena Agus mène habilement ses personnages et son lecteur au coeur des secrets. Rien ne laissait supposer que la destination était de part et d'autre un secret de famille. Elle n'insiste d'ailleurs pas longtemps sur ces touchantes révélations, amenées tout en finesse. Le but n'est pas le secret, et pas non plus de s'y apesantir.
Bouleversante également est cette fin : bouleversante de raffinement, d'habilteté. Renversante aussi. Car au fond, on attendait peut-être depuis longtemps une vague nouvelle d'auteurs sachant manier le pacte de lecture avec autant de justesse, mêler de façon si simple et si belle leur talent à une histoire dont on ne saura probablement jamais si elle est fiction ou réalité, et si les personnages ont vcéu ou fantasmé tant de beauté.
Enfin, Mal de pierres est un ouvrage empreint de liberté. C'est sans doute ce qui fait tout le talent de cet auteur peu connu. On ne sait pratiquement rien de cette Milena Agus, si ce n'est que pour son prochain roman, elle nous emmènera encore dans la Sardaigne, région que l'on se prend à convoiter, ne serait-ce que pour aller y rencontrer l'amour.. ou bien l'y inventer.

Un extrait, pour le plaisir : "Si nos nuits sont sans cauchemars, si le mariage de papa et maman a toujours été sans nuages, si j'épouse mon premier amour, si nous ne connaissons pas d'accès de panique et ne tentons pas de nous suicider, de nous jeter dans une benne à ordures ou de nous mutiler, c'est grâce à grand-mère qui a payé pour nous tous. Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas."

Léthée Hurtebise - 24 mars 2008 - Mal de pierres - Milena Agus - Editions Liana Levi - 13 €
par lethee publié dans : Lectures 2008
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Jeudi 20 mars 2008
« Vulnerant omnes, ultima necat. »
Expression célèbre s’il en est, qui veut dire : Toutes blessent, la dernière tue.
Les horloges du monde entier comptabilisent les secondes, minute après minute, à toutes les heures du jour, chaque jour et depuis des siècles. Plus précisément depuis le moyen âge. On situe l’invention de l’horloge entre l’an 1000 et le XIIe siècle, et l’heureux génie porterait le nom de Gerbert d’Aurillac. Elles comptent pour nous et nous comptons sur elles pour diverses raisons, qui vont (à cette époque) de l’heure de la prière qu’il ne faut pas oublier, à la peur du retard en passant par l’événement tant attendu. « Le temps est impassible » dit Baudelaire dans son poème. Curieuse formule pour une notion qui symbolise le passage. La langue offre parfois de bien curieux jeux de mots : le temps passe, impassible, et revenir au passé est impossible puisque la seconde fait soixante fois la minute une révérence irréversible.
Le temps absorbe tout : les défauts, les qualités, la lassitude, la jeunesse, et surtout le sable s’il est un sablier, l’eau s’il est une clepsydre, le soleil s’il est un cadran. Le temps est impossible ! Véritable boulimique, il digère et nous passe le mot : grâce à lui et ses horloges parlantes, nous succombons à l’oubli.
Le temps est-il éternel ?
Sans doute pas, car il y a une fin à tout. La dernière minute, la dernière heure, sonne pour chacun d’entre nous, chacun des objets qui nous entourent. Si le temps est éternel c’est à lui-même. Serait-il autonome ? Un temps viendra sans doute où nous parlerons de notre temps au passé, comme nous parlons aujourd’hui du passé comme d’un autre temps. Sans doute, le temps, a force de changer devient histoire.
Mais il est temps que j’aille remonter mon horloge, histoire de ne pas oublier l’heure.

(Vieil article posté sur l'ancien blog, remis ici pour marquer le "coup" porté par le temps).

Léthée Hurtebise
par lethee
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Lundi 17 mars 2008
Que de lectures, que de lectures ! Absente des lieux depuis plusieurs semaines, je ne fais pourtant que lire ! (au détriment parfois de priorités plus grandes). Entre autres Les piliers de la Terre, de Ken Follett, bientôt achevé ; Car l'adieu, c'est la nuit d'Emily Dickinson, découverte elle aussi cette année. Lu également La dernière Valse de Mathilda, de Tamara McKinley. Quelques livres de littérature jeunesse, de la BD.. également relu Blanchot et son L'attente, l'oubli. Des articles suivront, donc. Il suffit d'un peu de patience pour que je digère, que je complète ces lectures par ma propre réflexion, car toutes sont aussi riches les unes que les autres. 
Il semble qu'après avoir traversé une erre de la littérature du JE, nous soyons à nouveau comblés par de la littérature érudite, recherchée, étudiée, bien ronde et bien goûtue, plein de romantisme, de talent, de psychologie, de savoirs historiques aussi. C'est un grand retour à la vraie littérature comme je l'apprécie, et on ne peut que déplorer, malgré sa grande saveur, qu'elle soit principalement étrangère. Que ce retour aux grandes fresques d'intrigues historiques, religieuses, amoureuses à la fois nous fait du bien, nous qui sommes indéniablement plongés dans ce mouvement du repli sur soi, de l'égocentrisme, du nombrilisme. L'individualisme ne passera décidément pas une année de plus en terre littéraire ! Du moins, ce n'est pas encore cette année qu'il y fera un nid à la fois douillet et durable. Chers lecteurs, ami(e)s, passionnés de lecture, cet article ouvre le grand (je l'espère) chapitre de mes lectures 2008 !
Bonne soirée à tous !
par lethee publié dans : Lectures 2008
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Mercredi 16 janvier 2008
41xZS74-LOL.-AA240-.jpgTout d'abord, le format de l'ouvrage n'est pas commun. En hauteur, il ne rentre dans aucun rayonnage de la bibliothèque, même pas celui prévu pour les bandes dessinées.
On le feuillete une première fois... il y a très peu de texte. Il y a un effet inattendu au niveau de la première page : un motif y est ciselé, très élégant, très surprenant. Cela donne un côté fragile à cette BD géante, gracieuse et colorée, dans les tons bien entendu d'un Benjamin Lacombe éternellement attiré par les rouges japonais. 
Très peu de texte en effet pour cette BD jeunesse dans laquelle on surprend des pages blanches. Peu de texte car c'est aux images qu'il faut s'attacher. Les kimonos, les décors, les visages, et plus que tout les  mouvements sauront se faire apprécier : Benjamin Lacombe joue et rejoue de tout le corps, des étoffes aux cheveux en passant par le teint des visages. Et il prend soin de son lecteur ! Un petit lexique est disponible pour vous délivrer quelques secrets de la langue japonaise.
Mais ce peu de texte abrite une histoire des plus ambigües. Très elliptique pourtant, on sent la tentation d'aller vers un tabou (surtout au Japon !), d'aller à la frontière du malaise.
Les amants Papillon en effet, c'est l'histoire d'une jeune femme qui ne rêve que de faire de la littérature, comme les hommes. Malheureusement, on l'envoit à Kyoto, comme toutes les jeunes filles, afin d'apprendre pendant 5 ans, loin de sa famille, tous les rudiments des bonnes manières et du savoir-paraître japonais. Elle décide alors de se déguiser, et de se fondre dans Kyoto dans l'habit d'un homme. C'est là qu'elle rencontrera un camarade étudiant en littérature. Ce dernier sera troublé, car il tombera amoureux d'un être visiblement du même sexe que lui...
Troublant ! Beau ! Très talentueux !.. et très décoratif ! A lire, même si on préfère soit les vrais BD, soit les ouvrages de dessin, ou bien si on est amateur des deux catégories !
par lethee publié dans : Littérature jeunesse et BD
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