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"Aimer quelqu'un, c'est aussi aimer le bonheur de quelqu'un." Françoise Sagan


Par Léthée
Vendredi 24 juillet 2009

Voici un livre qui rassemble une troupe peu ordinaire. A vrai dire, on ne connaît probablement que très peu d'ouvrages qui puissent rassembler à la fois chefs d'Etats, scientifiques, romanciers, prix Nobel, comédiens, peintres, réalisateurs, humoristes, psychanalystes, et bien d'autres encore.

Tout ce beau monde est couché là, en quelques pages, et s'exhibe de ses plus belles réparties, coups de gueule, ou phobies. Ils ont traversé l'Histoire et l'ont marquée de leur empreinte. Même dans ses visites au Musée du Louvre, à la galerie Borghèse, aux Châteaux de Blois et de Grignan, le Français ne frétille jamais plus docilement que lorsqu'il entend une anecdote croustillante et inédite au sujet de La Joconde, des Médicis, du Duc de Guise ou de Madame de Sévigné. Oui. Ce qu'on retient le mieux, et le plus longtemps, ce n'est pas la date du traité ni celle du sacre, mais belle et bien l'emplacement secret d'une clé, et l'image du sacré verrou d'une chambre nuptialo-royalo-adultère. Ces petites pépites privées et people des illustres noms sont bien plus divertissantes que l'ordre des Louis dans la monarchie française. Ce sont les petites et grandes anecdotes qui nous amusent par dessus tout et font que l'on se souvient d'ailleurs des plus grands noms, plus que les catastrophes ou jours glorieux qu'ils ont connus ou suscités.

Ainsi l'on retient que Balzac, à l'instant de sa mort, réclamait à son chevet un de ses personnages, l'illustre médecin Horace Bianchon. On s'amuse d'imaginer Faulkner se faisant passer pour un de ses jardiniers dans son propre champ, disant à ses créanciers : "l'ai point vu !". On raffole du devenir de la médaille d'honneur obtenue par Pierre et Marie Curie. On est plié devant l'humour de Churchill, bon prince. On s'agenouille devant le génie de Beethoven s'aspergeant goulûment d'eau pour composer sereinement. Surtout, on plaint nombre de recruteurs qui ont jadis opposé un « non » catégorique à un futur compositeur de génie, à un des plus grands auteurs du XIXème siècle.

Ce petit panier de potins est enfin un pur bonheur à grignotter dans le sens souhaité, en parcourant l'index ou bien d'une traite. En le lisant en une seule fois on se rend compte à certaines petites répétitions, qu'il a été conçu pour être mangé comme une boîte de chocolat : au gré des humeurs et des envies. C'est ce qui permet au lecteur de n'être jamais perdu ni dans les généalogies, ni dans le contexte des petites histoires.

C'est succulant, et on en redemande : pourquoi pas un prochain tome regroupant les plus anciens ? Rabelais et Montaigne, Robespierre et Danton, Louise Labbé et Delacroix... Allez, parions que Daniel Lacotte parviendra à nous dénicher tout cela pour nos dimanches pluvieux !

 

LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE

de Daniel LACOTTE

Albin Michel, Avril 2009, 264 pages

 


Léthée Hurtebise, Magazine des Livres 2009

 

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Par Léthée
Mercredi 22 juillet 2009

Au sujet de
Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
de Didier Decoin

Que feriez-vous si vous entendiez, au milieu de la nuit, une jeune femme crier « Au secours, à l’aide !... il m’a poignardée.. je vais mourir… » ? Seriez-vous, cher lecteur, victime du syndrome Kitty Genovese ?

« Mais qu’est-ce donc ? » me direz-vous… Il s’agit d’un des plus grands maux de ce monde, et aussi l’un des plus méconnus. C’est pourtant en s’essayant à l’exercice de l’implication d’un fait divers dans une œuvre romanesque pour la collection « Ceci n’est pas un fait divers » chez Grasset, que Didier Decoin, journaliste mais aussi écrivain, a fini par évoquer ce syndrome très révélateur du comportement de la société. Pour ce faire, il a choisi pour théâtre le crime perpétré contre Catherine Genovese, Italo-américaine assassinée sauvagement en 1964 par Winston Moseley.

Qu’y a-t-il de pire ? Le crime ou l’absence d’acte pour l’empêcher ? La sauvagerie ou la lâcheté ?

A vrai dire, c’est tout l’enjeu du roman, qui pointe ce crime catalogué au départ dans les « faits divers », parce qu’il n’en est pas un. Un journaliste de l’époque a si bien poussé son enquête et ficelé son papier que le procès, le crime, le meurtrier ont incité toute une société à s’interroger sur elle-même.

Il faut remettre le crime dans son contexte. Tout crime est monstrueux. Que le criminel n’éprouve aucun remords l’est encore plus. Qu’un témoin n’intervienne pas, et c’est un double crime. Mais qu’un assassin bénéficie de 35 minutes très longues pour violenter, torturer, égorger sa victime avec 38 témoins aux aguets prêts à retourner sagement sous leur couette sans réagir et l’acte criminel ressemble soudain à une maladie contagieuse qui se répand plus vite encore pour exterminer toute humanité dans l’homme.

Voilà comment Kitty Genovese est morte nous explique-t-il. Elle pensait être de ces humains qui l’ont vue derrière leurs rideaux, et sur lesquels elle comptait de la même manière qu’ils auraient pu compter sur elle. Grave erreur. Car si le crime est une erreur, l’empêcher fait encore plus peur.

S’il est bien un point commun à tous, c’est celui qui consiste à s’identifier à la victime. Mais à trop s’identifier on prend peur, et les écoutilles se ferment. L’identifiable s’identifiant a deux solutions : agir par compassion, par héroïsme. Ne rien faire pour ne pas risquer d’échanger sa place.

Mais que risquait-on à décrocher son téléphone pour prévenir quelqu’un de capable d’appréhender le coupable ? Rien. Et là intervient le syndrome tristement célèbre : si les fous rient plus fort lorsqu’ils sont plus nombreux, lâcheté, elle, a le pouvoir de se multiplier par autant d’individus. C’est ainsi, plus on a d’yeux, moins on agit.

On appellerait volontiers ce syndrome « poupées russes » où chacune compte sur l’autre pour renfermer le courage qu’on cherche tant, indéfiniment….

Didier Decoin nous offre là un roman angoissé et angoissant, pour autrui et pour soi-même. Le narrateur, c’est finalement la conscience de chacun : celle des victimes, celle du meurtrier, celle des juges et des témoins, celle de celui qui aurait voulu agir et qui pourtant doute encore de ses capacités en pareilles circonstances.

L’écriture de Didier Decoin n’est pas que la retranscription d’un témoignage, comme elle pourrait le laisser croire : elle se fait perspicace et persuasive, inquisitrice, dévoratrice. C’est un roman que chacun devrait lire pour voir encore une fois de quoi la société est capable… ou comment les individus se rendent soudainement incapables d’humanité.  

Léthée Hurtebise - Magazine des Livres 

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Par Léthée
Mardi 14 juillet 2009


MAGAZINE
Dossier
Le nouveau monde littéraire chinois, coordonné par Tang Loaëc

RENCONTRES
Entretiens
Michel Chaillou : « Je ne cherche pas le style, c’est lui qui me trouve », par Joseph Vebret
Alain-Paul Mallard. Écrivain sans œuvre, par Bartleby
Pascal Garnier. Simple mais efficace, par Joseph Vebret
Giovanni Dotoli. Lorsque la parole est poésie, par Joseph Vebret
Frédérique Deghelt. Éprouver l’écriture, par Léthée Hurtebise
Une vie d’écrivain
Éric Neuhoff : « Écrire n’est pas une souffrance », par Thierry Richard

LIRE & RELIRE
Classique
Les sept vies de Louis-Ferdinand Céline, par David Alliot
Philippe Sollers. Relire Céline, par Joseph Vebret
Perdu de vue
Jacques Duboin, le banquier de l’Abondance, par Michel Loetscher
Aparté
Conseils aux écrivains qui se font interviewer, par Christian Cottet-Emard

LE CAHIER DES LIVRES
Bonnes feuilles
La sélection d’Annick Geille
Gérard Donovan, Julius Winsome
Jérôme Garcin, Les livres ont un visage
Philippe Grimbert, La mauvaise rencontre
Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie
Thierry Beinstingel, Bestiaire domestique
Cinq autres livres pour votre été, par Annick Geille

CHRONIQUES
Digressions
Lire, c’est vivre, par Joseph Vebret
Lire la musique
L’amour du vinyle, par Guy Darol
Relecture
La confession du pasteur Burg, de Jacques Chessex, par Stéphanie Hochet
Économie du livre
La Bande Dessinée : bulles spéculatives ?, par Christophe Rioux
Musique & littératures
Les colères de Serge Utgé-Royo, par Jean-Daniel Belfond
Cinéma & littératures
« Tout a commencé par une passe d’Éric Cantonna », par Anne-Sophie Demonchy
Chemin faisant
Ici où là, par Pierre Ducrozet
Les mains dans les poches
Femmes, par Anthony Dufraisse
Il était une fois l’Auteur
L’auteur fait la promotion de son livre, par Emmanuelle Allibert
Visages d’écrivains
Marcel Jouhandeau, par Louis Monier
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Par Léthée
Mardi 23 juin 2009

A l'occasion du cinquantenaire de la disparition de Boris Vian, en 2009, la Cohérie Boris Vian a collaboré à nombre de projets entourant cet anniversaire, dans tous les domaines artistiques chers à Boris Vian.

Voici le site qui lui est consacré :

http://borisvian2009.blogspot.com/

Vous y retrouverez notamment les références des 33 livres réédités chez LDP avec des couvertures créées à partir des objets personnels de l'auteur. C'est assez réussi.

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Par Léthée
Dimanche 21 juin 2009
Présentation de l'éditeur
« De me rappeler ton sourire, tes yeux, ta peau que je connaissais avant de la toucher, m'emporte, mon ange, hors de ma chambre, hors de mes barreaux, hors de ma douleur, de ce corps impitoyable dans le combat engagé jadis entre lui et moi, qui me trahit et se dérobe sans qu'il semble y avoir de fond cette fois, de plancher d'où repartir, se relever. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. » C'est un homme. Il est seul, il est sourd, il est malade. Il vient de s'aliter pour la dernière fois. Son agonie va durer trois mois, au cours desquels, dans ses moments de rémission, il écrit à la seule femme vraiment aimée son combat pour la liberté et l'art, ses ambitions et ses frustrations, sa soif d'amour et ses blessures les plus profondes. Au fil de ce cinquième roman, Virginie Reisz nous fait entrer dans la tête de Ludwig van Beethoven, musicien, penseur aussi, et surtout être humain extraordinaire, dont le manque d'amour, les déficiences corporelles, la volonté et la confiance qu'il en a tirées, nous parlent, par delà les époques et au-delà de la musique.

Biographie de l'auteur
Virginie Reisz est née à Paris en 1970. Après des études de lettres supérieures classiques, elle s'installe à Jérusalem où elle travaille pour l'édition française du Jerusalem Post. De retour à Paris, elle publie en 2003 son premier roman : Vole vole Papillon (Joëlle Losfeld ), que suivront L'Insulaire (La Martinière, 2004), Collision (id., 2005) et Sonate d'été (Mercure de France, 2006).

Voilà aujourd'hui le livre que je vous conseille, ne serait-ce que pour ces quelques perles :

"j'ai confondu le manque du coeur avec celui du corps"
"on peut ne pas se rencontrer, il intervient là l'histoire de chacun, de la naissance aux combats ou à l'absence de combats"
"La mélodie, c'est la vie sensuelle de la poésie."
"Ma musique, venue du coeur, doit aller au coeur, et le coeur ne pleurniche pas, il est le levier de tout ce qui est grand. Elle doit émouvoir, amener à agir."
"On se trompe sur les objets de désirs, puisqu'on désire ce qu'on n'est pas, puisqu'on désire en vain."

et enfin :
"Les ailes renaissent, repoussent, dans la nature d'abord, où on est face à soi. Elles se replient quand on s'allonge dans les bois, sur les tapis de feuilles, au milieu de leurs minuscules habitants, dos contre terre. On touche l'azur du regard et le regard s'y perd, s'y engouffre, s'y réfugie. Les arbres alors nous emmènent : rien n'est mort à qui écoute de l'intérieur. Tu les avais fait se déployer, mes ailes étaient celles de ton amour."

A lire en écoutant bien sûr.... l'Allegretto de Beethoven, par l'orchestre de Paris dirigé par John Nelson.
Cadeau du soir...

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Par Léthée
Jeudi 18 juin 2009




On choisit pas ses parents,
on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus
les trottoirs de Manille
De Paris ou d'Alger
Pour apprendre à marcher
Etre né quelque part
Etre né quelque part
c'est toujours un hasard
nom'inqwando yes qxag iqwahasa (2 fois)

y a des oiseaux de basse cour et des oiseaux de passage
Ils savent ou sont leur nids, quand ils rentrent de voyage
ou qu'ils restent chez eux
Ils savent ou sont leur oeufs

etre né quelqur part
Etre né quelque part
c'est partir quand on veut,
Revenir quand on part

Est-ce que les gens naissent
Egaux en droits
A l'endroits
Ou il naissent
nom'inqwando yes qxag niqwahasa

Est-ce que les gens naissent Egaux en droits
A l'endroit
Ou ils naissent
Que les gens naissent
Pareils ou pas

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille
De Paris ou d'Alger
Pour apprendre à marcher

Je suis né quelque part
Je suis né quelque part
Laissez moi ce repère

Ou je perds la memoire
Nom'inqwando yes qxag iqwahasa
Est-ce que les gens naissent...

Maxime le Forestier - Dans l'album "Chienne de route"
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Par Léthée
Lundi 15 juin 2009
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Par Léthée
Lundi 15 juin 2009

Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.
        Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie »« Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».
        Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.
        Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.
        Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.
        Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.
        A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.
Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.
        Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.

        La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli.        Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit
        « La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres. Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.

        La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du p’tit pavillon.         C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.
        Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.
        On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.
        Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.
        Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français.        Menacé il disparaîtra.
        Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes. L’agglomération parisienne est la plus pauvre du monde en espaces verts. Cependant la destruction systématique des parcs anciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la résidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.
        Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.
        Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.
        Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.
        Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduction de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.
        Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?
        Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.

        Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.
- Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions
- Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions
- Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport : 75%
- Déficit en jardin d’enfant : 99%
- Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29
- Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%
- Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.
- A la Faculté de lettres : 0,2%
- Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0

        La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.
        Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite.        Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour. Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.

        L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.
        D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.
        De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir.        Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile. Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.

        Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.
        Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.
        Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère.         La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.
        La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.

[Texte écrit par Maurice Pialat. Voix-off de Jean-Loup Reinhold.]

L'Amour existe (1960)

Films de la Pléiade. 22 min. 
Réal. et comm. : Maurice Pialat.
Prod. : Pierre Braunberger. 
Photo. : Gilbert Sarthre, assisté de Jean Bordes-Pages. 
Commentaires dits par Jean-Loup Reinhold. 
Mus. : Georges Delerue. 
Montage : Kenout Peltier assisté de Liliane Korb. 
Dir. de prod. : Roger Fleytoux. 
Assistant réal. : Maurice Cohen.
Texte : Maurice Pialat
Photo : Léthée Hurtebise 
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Par Léthée
Mardi 9 juin 2009
Je ne résiste pas : je vous fais partager dès maintenant quelques idées de lecture supplémentaires, en attendant que je les commente ici ou ailleurs davantage.
Il y a un peu de tout et c'est tant mieux car ces petites découvertes très variées sont ma foi bien divertissantes, exotiques.

Puisque j'aime procéder dans l'ordre nous avons :


Comme un mensonge, de Anne Luthaud, de chez Verticales.
Cet ouvrage fonctionne presque comme un conte, puisqu'il s'agit d'une réécriture morderne de Barbe bleue. Mais l'intérêt de l'histoire présentée est que pour une fois, on donne la parole aux femmes, donc aux victimes. On peut enfin savoir qui sont ces 6 femmes (la septième réussit à s'échapper souenez-vous) qui ont trouvé la mort, pourquoi, et comment.. du moins le croit-on. ;) Car l'histoire réserve des surprises puisqu'il nest pas de réécriture efficace d'un conte dont on connaît la fin par coeur sans inventer soi-même une autre chute surprenante : Anne Luthaud l'a bien compris, et ça marche.



La belle endormie, de Gérard de Cortanze, aux éditions Le serpent à plumes.
Ici, pas de chambre obscure où un vieux japonais viendrait caresser quelques jeunes femmes alanguies. Ne vous méprenez pas sur le titre, il ne s'agit pas, cette fois, d'une réécriture des Belles endormies de Kawabata. En l'occurrence, Gérard de Cortanze prend plutôt l'Italie pour théâtre. Il s'agit d'un livre érotique, où le monsieur s'amuse à user d'un vocabulaire suranné dans une histoire qui se passe en 2008, mais qui repose sur des intrigues morbides et sexuelles mêlant ses ancêtres et quelques fantômes d'aujourd'hui... Vous vous y retrouverez très vite cependant parce que l'intrigue est rondement menée. En outre, l'érotisme est un prétexte car on a surtout envie de comprendre l'intrigue et de connaître le funeste destin de la revenante ensorceleuse...



Parfois les Brötchen croquent sous la dent, de Hermann Kant, aux éditions Autrement.
Nous voilà partis en Allemagne. Le narrateur est un fana de Brötchen, ces drôles de pains grillés qu'on ne trouve que dans les pays de l'Est. Pour s'en procurer, il va tomber dans un engrenage absurde, se mettre en tête de pouvoir les obtenir grâcieusement, et faire tourner plus vite encore les rouages dudit engrenage dans  lequel il finira par se coincer les doigts... moralité de l'histoire : on a rien sans rien, surtout pas de quoi satisfaire sa gourmandise, puisque c'est un vilain défaut. :D Très raffraîchissant, drôle, original.



Le diable sur le divan, de Christophe Allanic, aux éditions Cheminements.
Monsieur Serin a de bien étranges patients : Le diable, une fourchette, une vache anorexique, un banc, un caméléon... voici une petite série de séances de psychanalyse pour le moins originales. A vrai dire, c'est carrément poilant ("Madame Fourchette n'était pas dans son assiette...") car les jeux de mots et différentes blagues qui nous sont servies n'arrivent jamais lorsqu'on s'y attend. Ici la psychanalyse compte beaucoup sur la phonétique bien sûr, clé de voûte des névroses en présence. C'est léger, mais parfois, le ton est si sérieux qu'on se demande où on est tombé... Très amusant !


La femme qui dort, de Natsuki IKEZAWA, aux éditions Philippe Picquier.
En voilà une japonaise qui dort ! En fait, il s'agit d'un recueil de 3 nouvelles absolument fabuleuses. Il s'agirait presque de contes tant la poésie investit chacune des histoires en présence. On reconnaît bien là le style japonais mais sans l'hermétisme de Ogawa, sans la mélancolie de Kawabata, l'originalité de Murakami en moins. Etrangement, l'esprit du Japon est là, et l'écriture s'attache justement à s'y intéresser dans chacun des textes. Mais l'auteur, qui a vécu à l'étranger (en Grèce, en France) semble vouloir adopter les techniques de narration occidentales pour relater des histoires dont l'étrangeté et l'esprit oriental ne font aucun doute. C'est tout simplement magique.

Bonne lecture !
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Par Léthée
Dimanche 7 juin 2009




Il est là, tout propre, arborrant fièrement sa couverture avec Gide.
Ce mois-ci, vous y trouverez mon dossier sur Harold Cobert, avec un entretien exclusif et un article sur son dernier ouvrage Un hiver avec Baudelaire.
Vous trouverez également mon article complet sur Les petites histoires de la grande Histoire, dont je vous parlais récemment, et enfin, mon article sur Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, de Didier Decoin.

A signaler également un dossier de plusieurs pages réalisé par Ameleia sur Mireille Havet l'abracadabrante et indomptable, qui fit tourner quelques belles têtes bien connues du milieu littéraire au début du siècle dernier.

Parmi les dossiers signalés en couverture : Jean-Marie Rouart de l'Académie française, Olivier Descosse, Patrick Bauwen, Renaud Camus, Gide donc, Patrick Rambaud.

Mais attention, dans tout ce monde d'hommes, on nous signale un dossier sur les femmes écrivains : gageons qu'il vaut le détour. J'ai hâte de savoir de quelles femmes il s'agit, dès que j'aurai le magazine dans les mains.

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Par Léthée
Vendredi 5 juin 2009
Entretien avec Jérôme Ferrari,
pour la sortie d’Un dieu un animal,
paru chez Actes Sud le 7 janvier 2009
lauréat du 2009


Jérôme Ferrari fait partie des ces auteurs discrets et passionnés qu’il faut aller rencontrer pour les découvrir. Jamais il ne cherche à s’imposer : il écrit avant tout parce que c’est un besoin, une nécessité. Jérôme Ferrari, au fil de ses textes, explore les sentiments humains et ce qui fait leur violence, d’un bout à l’autre du monde. S’il reconnait volontiers qu’on écrit à partir de soi, parce que dans l’écriture plus qu’ailleurs on est seul, il est pourtant à mille lieues de ses personnages. C’est sans doute ce qui fait de lui un être si attachant.

Dans votre dernier roman, Un dieu un animal, le narrateur est témoin de la vie de vos personnages. Il parle à ce jeune homme qui revient, tel un étranger, dans son village natal. Pourquoi avoir adopté ce point de vue ?
A vrai dire, je n’en ai jamais envisagé d’autre. Je savais que le roman serait en grande partie écrit à la deuxième personne du singulier avant de connaître tous les éléments de la narration. Finalement, j’ai réservé l’emploi du « tu » au personnage masculin et utilisé la troisième personne pour parler de Magali. Et beaucoup de choses ont été rendues possibles par le choix de cette forme. Elle permet, par exemple, de passer d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre sans transition, et sans perdre le lecteur, simplement en changeant de pronom personnel. C’était très important : je ne voulais pas de chapitres, aucune coupure, je voulais que ce texte soit tissé d’une seule pièce – ce qui explique sans doute pourquoi il ne pouvait pas être plus long. Le « tu » induit aussi un certain ton, une certaine musicalité, quelque chose de très intime. Je voulais que ce roman soit tout à la fois cruel et empli d’un amour total, palpable.

Un Dieu un animal explore trois dimensions qui se bousculent : le fait de se sentir étranger en son propre pays, l'horreur de la guerre, l'absurdité du monde de l'entreprise. Comment vous est venue l'idée d'un tel tableau ? Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui relie ces trois aspects ?
Chronologiquement, le premier thème du roman fut l’étrangeté, ce que dit mieux le mot allemand « unheimlich ». Je venais de rentrer en Corse après quatre années passées en Algérie et j’en faisais moi-même l’expérience. C’est quelque chose que vivent tous ceux qui ont connu une période d’expatriation assez longue : on rentre chez soi et on ne se sent plus chez soi. On n’a pourtant rien vécu de spectaculaire, les choses semblent être restées les mêmes, mais on ne se sent plus chez soi. C’est assez mystérieux. Comme si on avait momentanément perdu un monde commun. Il faut un peu de temps pour se réadapter et retrouver ce monde. La guerre et l’entreprise sont plus directement liées parce que j’ai voulu les faire apparaître comme deux aspects éloignés, mais essentiels et cohérents, d’une même réalité.

Dieu est très présent dans vos romans. Comme une puissance impuissante, qui serait finalement davantage une quête, un Graal, qu'une entité présente et rassurante. Comment situez-vous Dieu  dans la vie de vos personnages ?
Mes personnages, certains d’entre eux, en tous cas, reprennent à leur compte une très vieille question : comment concilier Dieu et le monde ? Quelle image de Dieu former à partir du monde que nous connaissons ? Et c’est la réponse que certains Mystiques, comme Hallâj, ont apporté à cette question qui me fascine et m’émeut. C’est une réponse démente mais d’une puissance esthétique que je trouve vraiment extraordinaire : si Dieu est amour, alors l’abandon, le supplice et l’abjection sont aussi des signes de son amour.

Parfois, on a l'impression que vous écrivez d'une seule traite, d'un souffle. Est-ce le cas ?
Non, et spécialement pas pour un dieu un animal. Alors que j’ai plutôt l’habitude d’écrire les scènes de mes romans dans le désordre et d’opérer un montage final, je me suis astreint à écrire dans l’ordre, du premier au dernier mot. C’est une nécessité imposée par le tissage. Mais j’ai progressé plutôt lentement et avec beaucoup de précautions. J’avais le sentiment que je pouvais prendre à tout moment une fausse direction. Et tous les passages où l’on glisse du personnage masculin à Magali m’ont demandé énormément de soin et d’attention parce que j’avais très peur qu’ils semblent artificiels. Ce fut donc assez laborieux ! Par contre, c’est vrai, je ne suis pas beaucoup revenu en arrière et le texte a subi très peu de corrections.

Ce souffle est très violent parfois, et des thèmes reviennent assez souvent, comme la mort, la barbarie, la guerre (racontée avec une précision déchirante).  Qu'est-ce qui vous inspire cette violence ?
Je me rends compte que la violence est devenue pour moi un thème important au cours de mon séjour en Algérie, je parle de la violence brutale, sanglante. Ça semblera très naïf mais c’est en Algérie que je me suis rendu compte qu’une grande partie des hommes vivaient sous la menace d’une violence que je ne pouvais même pas me représenter. Je n’ai plus jamais regardé les informations de la même façon. Certains de mes élèves avaient perdu leurs parents dans des conditions abominables, une de mes collègues avait trouvé plusieurs fois des têtes coupées devant son immeuble de Blida. C’est ça, la réalité, et c’est donc l’affaire de la littérature. Dans un dieu un animal, le personnage essaye de donner un sens, le sens mystique que j’évoquais tout à l’heure, à la violence qu’il contribue lui-même à répandre et à laquelle il n’échappera pas. La difficulté, c’était d’adopter un point de vue métaphysique et poétique sur quelque chose d’abominable sans sombrer dans un esthétisme malsain qui aurait, je pense, disqualifié tout le texte. Sans faire le malin, donc. J’espère y être parvenu. C’est ce que réussit très bien, à mon sens, Giosuè Calaciura dans Malacarne, son extraordinaire roman sur la mafia. Mais  c’est vraiment une question d’appréciation subjective : je sais que certains font ce reproche d’esthétisme à Apocalypse Now. Pas moi.

Les hommes sont furieux, les mères plutôt effacées. Nous sommes loin de la marâtre Corse omniprésente et autoritaire. Comment l'expliquez-vous ?
Peut-être parce que je n’ai jamais rencontré de marâtre corse omniprésente et autoritaire ?

Quand on lit vos romans, il semble que deux atmosphères se répondent : le bruit et la fureur, et le silence du désert, la solitude. Où placez-vous les hommes dans cet univers, en tant que philosophe, en tant qu'écrivain ?

J’adore la philosophie et je l’enseigne avec un grand plaisir mais je ne suis pas philosophe. Si je pouvais m’exprimer adéquatement à l’aide de concepts, je n’écrirais pas de romans. Je crois qu’il y a une métaphysique propre au roman, qui ne se déploie pas de manière conceptuelle et qui n’est pas prisonnière des exigences de la logique. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de parler de ce qu’on écrit, qui est bien sûr irréductible au discours qu’on peut tenir a posteriori. Mais si je dois tenter une réponse, je dirai que ce qui est humain, c’est justement cet écart entre la solitude et la sociabilité, entre le désert et la fureur.

Les femmes semblent être à la fois un refuge, et un lieu de perdition. Quel rôle leur attribuez-vous ?
Je n’attribue aucun rôle aux femmes en tant que telles – aux hommes non plus d’ailleurs. D’une manière générale, l’identité sexuelle n’est pas un problème qui m’intéresse. Mes personnages féminins se caractérisent donc, à mes yeux, par leur singularité propre, comme les personnages masculins. A ceci près, bien sûr, que je ne suis pas une femme, ce qui pose quand même quelques problèmes ! J’ai longtemps eu peur de commettre je ne sais quel impair psychologique qui aurait ruiné la crédibilité des personnages féminins. Maintenant, je n’ai plus peur de ça. Je me rappelle combien j’ai été content la première fois que j’ai écrit un texte à la première personne dont le narrateur était une femme. C’est le cas, par exemple, dans Balco Atlantico. J’ai su que je pouvais le faire quand je me suis mis spontanément à accorder les participes au féminin. C’est ce qui fait que, pour moi, l’écriture est exactement le contraire d’un exercice d’introspection ou de mise en avant de soi-même : c’est un processus par lequel on parvient à s’extraire de soi-même, à devenir autre, à s’installer intimement dans l’étrangeté.

Savez-vous si vos élèves lisent vos livres ?
Non, et je ne cherche pas à le savoir. Je fais très attention à ne pas mélanger les rôles.

Quel est selon vous le livre qu'il faudrait emporter sur une île déserte ?

Je vais tricher et me permettre deux réponses : une en philosophie et une en littérature. Pour la philosophie, je pense à Schopenhauer, le monde comme volonté et comme représentation. C’est un livre monstrueux, plein de mauvaise humeur et d’érudition, plein de vie, qu’on peut relire indéfiniment. Et comme roman, Les frères Karamazov. Pour le chapitre où Ivan dresse un réquisitoire contre Dieu en s’appuyant sur la rubrique faits divers des quotidiens. Je n’ai jamais rien lu de pareil.
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Par Léthée
Jeudi 4 juin 2009

     

Hier je vous signalais l'excellent article de Lou sur Combat de l'amour et de la faim, livre fermemant défendu par mes soins, et qui a obtenu le Prix Lilas 2009.
Aujourd'hui j'ai encore une......... GRANDE NOUVELLE !!! 
Celle-ci concerne cette fois Un dieu un animal, que j'ai présenté ici il y a peu de temps. L'auteur Jérôme Ferrari m'a accordé un entretien que je mettrai en ligne demain, pour le magazine des livres.
Hier soir, il a obtenu le PRIX LANDERNEAU 2009, prix organisé par les Espaces culturels Leclerc (qui n'ont pas retenu ma candidature pour être libraire chez eux, glurp).
Je félicite chaleureusement Jérôme Ferrari, donc, ainsi que Carole Zalberg qui m'a permis de découvrir cet auteur grâce à ses rencontres à la librairie la Terrasse de Gutengerg à Paris (prochaine rencontre à 19h30 le 11 juin : François Bégaudeau), ainsi que moi-même pour mon bon goût littéraire.


Jetez-vous donc sur Un dieu un animal, et ensuite sur Dans le secret, un chef-d'oeuvre monumental, puis sur Balco Atlantico dont je vous parlerai très bientôt.

A demain pour l'entretien avec l'auteur, ici-même.
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Par Léthée
Mercredi 3 juin 2009

Je suis toujours très contente lorsque cela arrive, et donc, ça mérite grandement d'être signalé :
Il y a quelque temps je vous parlais de Combat de l'amour et de la faim, de Stéphanie Hochet, et vous en vantais les mérites. Quelques semaines plus tard, nous apprenions que le livre obtenait le Prix Lilas 2009.
Voici maintenant que
Lou, qui a lu mon article ainsi que celui d'Ameleia, a fini par se procurer le livre, le lire, l'apprécier et... en faire à son tour un excellent article que vous pourrez lire ici.
Voilà de quoi m'aider à terminer cette belle journée le sourire aux lèvres.

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Par Léthée
Mardi 2 juin 2009
A propos de
Petit déjeuner avec Mick Jagger
de Nathalie Kuperman

La mère dort : alors la fille veille. Et si bien, au fond, qu'elle voit ce qui n'est pas, comme la plus salutaire des apparitions. Voici encore un ouvrage bien singulier de Nathalie Kuperman, qui offre à son personnage la possibilité d'une présence fiable au sein même de son imagination.
N'est-ce pas là l'image du refuge de la littérature ? L'adolescente, Nathalie, vit seule avec sa mère. Mais sa mère est-elle vraiment là ? N'est-elle pas elle-même perdue dans ses obsessions, son désespoir, échouée sur une plage d'incapacités ?
Tandis que la mère fuit mentalement leur vie, la fille s'invente un autre monde, un refuge qui laisse toutefois sa place au doute. Dans ses brèves hallucinations en effet Nathalie trouvera toujours la faille, le moment de s'interroger sur la loyauté des ses yeux, de sa tête. Mick Jagger dort dans la pièce d'à côté, elle lui prépare son café : mais est-il seulement vraiment là à ronfler tranquillement pendant qu'elle guète son amour ?
Mick Jagger comme confident, c'est tout de même énorme ! Mais au fond, il fallait quelque chose d'aussi insaisissable, d'aussi éclatant pour masquer l'indigne et l'inquiétant, tout en laissant la porte ouverte sur une réalité toujours présente, juste cachée, là, derrière le poster.
On retrouve chez Nathalie Kuperman ce rapport étrange à la mère, où la folie est à la fois objet condamnable, sujet de culpabilité et modèle de vie. L'auteur peint ce jeu « border-line » de la fille funambule, qui oscille sur son fil sans jamais pencher tout à fait à droite ni à gauche, sans jamais être acquise au ciel, ni promise à la piste.
Voici donc une introspection dans l'adolescence qui fait figure de haute voltige, et qui touche son lecteur dans le mil.
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Par Léthée
Lundi 1 juin 2009
... en attendant demain.


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