Bienvenue chez Léthée

"Oui, je sens que c'est le moment de jeter un coup d'oeil en arrière, si je peux, et de faire le point, si je veux avancer.  (...) Moi je ne suis pas de ceux qui risquent de changer de chanson. Je n'ai qu'à continuer, comme s'il y avait quelque chose à faire, quelque chose de commencé, quelque part où aller. Tout se ramène à une affaire de paroles, il ne faut pas l'oublier, je ne l'ai pas oublié."

 

L'innommable, Samuel Beckett, Editions de Minuit, Paris, 2004, p. 81.

 

 

Vendredi 16 mai 2008
"Un moment de fraternité.

(...)
Il est des infractions qui déchaînent contre le fautif une fureur collective surprenante chez des êtres si paisibles dans l'ensemble et si peu attentifs les uns aux autres en dehors de la grande affaire."

S. Beckett, Le dépeupleur.
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Jeudi 15 mai 2008
"Les femmes accouchent à califourchon sur la tombe."

S. Beckett
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Lundi 12 mai 2008
Je n'ai toujours pas fini L'art de la joie, que j'ai encore interrompu pour lire autre chose. Cette fois, il s'agit de L'espèce fabulatrice de Nancy Huston, offert ce week-end par deux amies. Voici le quatrième de couverture, comme un avant goût de ce que je viendrai dire lorsque je l'aurai terminé, d'ici peu :
-Ils disent, par exemple : Apollon. Ou : la Grande Tenue. Ou : Râ, le dieu Soleil. Ou : Notre Seigneur, dans Son infinie miséricorde. Ils disent toutes sortes de choses, racontent toutes sortes d'histoires, inventent toutes sortes de chimères. C'est ainsi que nous, humains, voyons le monde : en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les autres grands primates. Notre imagination supplée à notre fragilité. Sans elle - sans l'imagination qui confère au réel un Sens qu'il ne possède pas en lui-même - nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les dinosaures. N.H.-
Pour L'art de la joie, nous verrons donc plus tard !

par lethee
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Mercredi 7 mai 2008

Aya-chan est une jeune fille qui habite un orphelinat tenu par ses parents. Elle est donc la seule enfant de l’institut dont on puisse dire qu’elle n’a pas « besoin » d’affection. C’est dans ce contexte qu’elle découvre peu à peu les premiers sentiments de désir. Jun, un orphelin qui vit depuis 10 ans dans la demeure, est l’objet de tous ses regards, tous ses moments de liberté, toute son attention. Tandis qu’elle l’observe inlassablement plonger dans la piscine, que son regard se glisse tout entier entre les muscles du jeune homme et l’eau  ruisselante et enivrante de ses plongeons, un désir bien mystérieux se tisse dans ses tissus nerveux. Dans l’incompréhension de ses nouveaux sentiments et pulsions, le personnage se découvre un goût particulier pour le sadisme. A mi-mots, l’indécent et le vile est esquissé en souplesse. La naïveté de l’adolescence  aveugle cet être en devenir qui ne voit pas, dans ses obsessions, qu’on l’observe également de très près.
Pour acheter La piscine, c'est ici.

A suivre : L'art de la joie, de Goliarda Sapienza

 

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Lundi 21 avril 2008

Présentation de l’éditeur : Dans la chaleur étouffante du bush australien, Mathilda, treize ans, fait ses adieux à sa mère. Quelques voisins sont rassemblés autour de la tombe, pour rendre un dernier hommage à cette femme courageuse. Un peu à l'écart, le père de Mathilda n'a qu'une hâte : que tout cela se termine afin qu'il puisse vendre le domaine de Churinga. Mathilda, elle, comprend que les choses ne seront jamais plus comme avant... Cinquante ans plus tard, Jenny découvre le journal intime de Mathilda. A mesure que progresse sa lecture, l'angoisse l'assaille... A-t-elle bien fait de venir s'installer à Churinga ? Par son atmosphère envoûtante, la force de ses personnages, cette saga australienne s'inscrit dans la lignée des chefs-d'œuvre de Colleen McCullough.

 

 

 Attention, il s’agit bien là d’un réel talent. Plusieurs preuves indiscutables à cela : j’ai conseillé ce livre à 7 personnes. Toutes l’ont dévoré, adoré, lu avec beaucoup d’enthousiasme et ce, après le premier chapitre. L’auteur sait capter l’attention de son lecteur dès l’introduction, majestueuse tout autant que mystérieuse. Plus encore : ce livre vous poursuit des semaines durant après sa lecture !

L’autre raison, c’est le mode de narration. Nous sommes dans un récit tissé par deux voix : celle d’un journal, celui de Mathilda, et celle de la vie de Jenny, qui lit le journal et découvre la vie de Mathilda en même temps que nous. L'écriture est à la fois simple, agréable, et vraiment très imagée. Le désert australien vous apparaît comme si vous l'aviez visité. L'auteur vous permet d'admirer ses couleurs, ses odeurs, ses bruits, ses silences..

L’histoire est surprenante et pourtant pleine de ficelles bien connues.  L’intrigue mêle deux histoires d’amour à une génération d’intervalle (celles de Jenny et Mathilda) et le destin d’un domaine potentiellement damné, nommé Churinga. C’est aussi l’histoire de deux familles rivales du fin fond du bush. C’est un ouvrage très moral, qui paradoxalement offre une des plus tortueuses tragédies modernes, comme on en voit rarement aujourd’hui dans ce domaine. Les acteurs sont happés dans un destin qui leur échappe et le lecteur, ravi par cette lecture aisée mais talentueuse, ne peut que frémir à l’avance pour Mathilda et Jenny.. C’est un livre à consommer sans modération, à la hâte, sur un banc ou dans son lit, en vacances ou entre deux cours, à la retraite ou dans la vie active ! Il serait dommage de se priver, surtout, d’une lecture aussi agréable, et d’une rencontre aussi envoûtante : Mathilda est vraiment surprenante.

 Pour acheter La dernière valse de Mathilda de Tamara McKinley, cliquez.

par lethee publié dans : Lectures 2008
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